‹ Les deux étrilesChapitre 44 sur 142 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

nommanl. Si Benedict avait des dettes , je croirais qu'un recors s'est grimé à la ressemblance de sir Arthur afin de l'entraîner à la prison pour dettes. Après cela, je vais peut-être le trouver chez miss Amabel, expliquant son incartade de la manière la plus naturelle du monde.

Sir Benedict Arundell n'était pas chez sa fiancée, à qui Iady Braybrooke, voyant son morne désespoir, tâchait de prouver que rien n'était plus naturel que de disparaître au moment du mariage, et que sir Alan Braybrooke, le plus galant des hommes, eût au besoin hasardé celte facétie de bon goût.

Si Benedict ne reparaissait pas lui-même, il eût pu écrire ; mais nulle lettre, nul billet, rien qui expliquât cette conduite étrange !

Les recherches de la police avaient été infructueuses : le sort de Benedict Arundell restait enveloppé dc^ ténèbres les plus mystérieuses: croire à un assassinat, cela était difficile, puisque Sidnev, élevé au collège de Harrow avec Benedict, était son ami de cœur et n'avait aucun motif d'inimitié contre lui. A un enlèvement ? à une séquestration? Dans quel but? pour quel motif? Une jalousie d'amant rebuté? mais Sidney n'avait jamais vu miss Amabel, et aucune rivalité ne pouvait exister entre lui et Benedict.

Le soir venu, la pauvre fiancée rentra dans

celte chambre virginale, dont le malin elle croyait avoir franchi le seuil pour la dernière fois. Ses femmes la déshabillèrent et la placèrent comme un corps inerte dans ce joli nid blanc où avaient voltigé tant de rêves heureux, secouant leurs ailes roses sur le front d'ivoire de la jeune fille.

Elle resta là dans la position où on l'avait mise, sa tête noyée dans ses cheveux, ruisselant comme les Ilots de l'urne d'un fleuve, sa joue pale appuyée sur son bras. On eût pu la croire morte, si de temps à autre une larme n'eût roulé sur sa chair, comme une perle sur du marbre.

— Adieu, mon enfant, dit Eleanor Braybrooke voyant que sa nièce gardait un mutisme obstiné, bon espoir !

Un imperceptible mouvement de dénégation fit frissonner les épaules d'Amabel , dont la conviction était irrévocablement formée , et qui jugeait que Benedict, n'étant pas revenu sur-lechamp, ne reviendrait jamais.

Amabel n'avait pas cru un seul instant à une perfidie de la part de Benedict; elle se sentait aimée de lui absent ou présent, dans cette vie ou dans l'autre ; elle possédait la foi inébranlable du premier amour.

Elle pleura ainsi toute la nuit, silencieusement, jusqu'à ce que le sommeil pénible du matin vînt peser sur ses paupières meurtries ; mais

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