CHAPITRE XII
étoiles noires sur un ciel d'argent. Le nez mince, finement coupé, aux narines avivées de rose, portait à sa racine un léger tatouage fait avec la teinture de gorotchana , et, à sa cloison , un anneau d'or étoile de diamants, qui laissait scintiller à travers son cercle des perles d'un orient parfait, serties dans un sourire vermeil comme le fruit du jujubier. Ces diamants et ces perles, confondant leurs éclairs, donnaient à ce teint un peu faine la lumière dont il eût peut-être manqué sans cela. Les joues lisses, onctueuses comme de l'ivoire, s'unissaient au menton par des lignes d'une netteté idéale. Le roi Douchmanta luimême, ce Raphaël indien, n'aurait pu reproduire avec son gracieux pinceau toute la finesse de ces contours. Derrière les oreilles, petites et bordées d'un ourlet de nacre comme un coquillage de Ceylan, un tendre rameau de siricha, attaché à un nœud de filigrane, laissait pendre avec grâce sur la joue délicate de la jeune fille la houppe soyeuse et parfumée de ses fleurs. Ses cheveux, dont la raie était marquée par une ligne de carmin, se divisaient en bandeaux pour se réunir sur la nuque en tresses mêlées de fils d'or; des plaques de pierreries ressortaient sur ce fond d'un noir bleuâtre.
Sa gorge, contenue dans une étroite brassière de soie cramoisie surchargée de tant d'ornements
que l'étoffe disparaissait presque, était séparée par un nœud formé tic filaments de lolus qui brillaient comme des fils d'argent ou des rayons de lune lissés. Ses bras lins, arrondis, flexibles comme des lianes, étaient serrés près de l'épaule par des bracelets en forme de serpents pareils à ceux du dieu Mabadoa, et au poignet par un quintuple rang de perles. Ses mains, d'une petitesse enfantine, avaient la paume et les ongles teints en rouge, et des anneaux de brillants scintillaient à leurs phalanges; un cercle d'or constellé d'améthystes et de grenats emprisonnait sa taille souple, nue du corset à la hanche, suivant la mode orientale , et fixait les plis d'un pantalon d'étoffe bariolée qui, arrêté aux chevilles, laissait voir jaillissant d'un amas de bracelets de perles et de cercles d'or, ornés de petites clochettes, deux pieds mignons aux talons polis, aux doigts chargés de bagues et colorés en rose par le benne , comme les joues d'une vierge qui rougit de pudeur. Une écharpe nuancée d'autant de couleurs que l'arc-en-ciel ou la queue du paon qui sert de monture à Sarawasti, et dont les bouts passaient sous la ceinture d'or, jouait à plis caressants autour de ce corps onduleux et mince comme une tige de palmier. Sur la poitrine ruisselait, avec un frisson métallique, une cascade de colliers, perles de toutes couleurs, chaînons bruis-