‹ Les deux étrilesChapitre 80 sur 142 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

sants, boules dorées, fleurs de lotus réunies en chapelet, tout ce que la coquetterie indienne peut inventer de splendide et de suave : des marques mystérieuses faites avec la poudre de sandal se dessinaient vaguement à la base du cou parmi cet éclat phosphorescent ; et pour que rien ne manquât à la localité du costume, la jeune fille exhalait autour d'elle un faible et délicieux parfum d'ousira.

Ni Parvali, la femme de Mahadeva, ni Misrahesi, ni Menaça n'égalaient en beauté la jeune Indienne, qui s'avança vers Volmerange, pétrifié de surprise, en faisant, bruire dans sa marche ses colliers, ses bracelets et les clochettes de ses chevilles.

La poésie mystérieuse de l'Inde semblait personnifiée dans cette belle fille, éclatante et sombre, délicate et sauvage, luxueuse et nue, faisant appel à toutes les idées et à tous les sens : aux idées, par ses tatouages et ses ornements symboliques ; aux sens, par sa beauté, son éclat et son parfum. L'or, les diamants, les perles, les Heurs faisaient d'elle un foyer de rayons dont les moins vifs n'étaient pas ceux de ses prunelles.

Elle vint ainsi jusqu'au divan avec des ondulations alanguies pleines d'une chaste volupté, appuyant un peu le talon comme Sacountala sur le sable du sentier fleuri, et quand elle fut parvenue

en fiicc (le Volmerange, elle s'agenouilla et se tint dans la même attitude de contemplation respectueuse que Laksmi admirant Wishnou couché dans sa feuille de lotus, et flottant sur l'infini . à l'ombre de son dais de serpents.

Malgré toutes les raisons <ju"il avait de se croire éveillé, Volmerange dut penser qu'il était le jouet de quelque hallucination prodigieuse. Il y avait si peu de rapports entre les événements delà nuit et ce qui se passait, qu'on eût pu s'imaginer à moins avoir la cervelle dérangée, et cependant rien n'était plus réel que l'être charmant incliné à ses pieds.

Cette scène faisait à Volmerange une impression profonde. Sa mère était Indienne et d'une de ces races royales dépossédées par les conquêtes des Anglais. Les gouttes de sang asiatique qui coulaient dans ses veines, mêlées au sang glacé du Nord, scmhlaient en ce moment couler plus rapides et entraîner dans leur cours la portion européenne. Ses souvenirs d'enfance revenaient en foule; il voyait comme dans un mirage s'élever à l'horizon les cimes neigeuses de l'Himalaya, les pagodes arrondir leurs dômes, l'asoca épanouir ses fleurs orangées, et le Malini hercer dans ses eaux hleues des couples de cygnes en amour. Toute la poésie du passé renaissait dans cette rétrospection évocatrice.

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