CHAPITRE XII
un gourou, un être divin. Quand clic se releva, ses yeux étaient remplis de larmes comme deux calices de lotus emperlés par la rosée matinale.
Ce groupe était d'un effet charmant. Cette jeune créature, aux mouvements gracieux, aux formes arrondies, aux vêtements somptueux, formait un contraste comme cherché à plaisir avec ce vieillard sec, anguleux et fauve; on eût dit la personnification de la poésie à côté de la personnification du fanatisme.
Cette scène étrange avait distrait le comte des événements de la nuit; tout ce qui s'était passé dans la chambre nuptiale et sur le pont de Blackfriars lui produisait l'effet d'un cauchemar fiévreux chassé par les douces clartés du matin ; il se demandait si lui, Volmcrange, s'était bien réellement marié la veille et avait jeté sa femme coupable dans la Tamise. Cet avertissement, ces lettres, cet écroulement de bonheur, cette catastrophe horrible, le laissaient presque incrédule, et il restait là rêveur, à regarder Dakcha et Priyamvada.
Dakcha, revenu de son exaltation, rentrait peu à peu dans la vie réelle et perdait son ailinspiré ; ce n'était plus que le vieillard parcheminé dont nous avons tracé plus haut le portrait. Le prophète avait disparu ; il ne restait plus que
l'homme, et l'homme dit au comte avec un sourire obséquieux :
■ — Maintenait que Votre Seigneurie sait qu'elle est chez le mouni Dakcha, de la secte des brahmanes, je puis me retirer. Des ablutions à faire, pour me purifier des souillures qu'un saint même ne peut éviter dans ces villes infidèles, m'obligent à rentrer dans ma chambre orientée. Priyamvada restera avec vous, et son entretien vous sera plus agréable sans doute que celui d'un vieux brame épuisé par la pénitence.
Après avoir dit ces mots, Dakcha laissa retomber l'épaisse portière dont il avait soulevé le pli, et disparut.
Priyamvada, se groupant aux pieds de Volmerange avec la grâce d'une gazelle familière, lui prit la main, et, levant vers lui ses yeux brillants sous leurs lignes de surmeh, lui dit d'une voix pleine de roucoulements mélodieux :
— Qu'a donc mon gracieux seigneur? il semble triste et préoccupé; ne serait-il pas heureux?
Un soupir fut la seule réponse de Volmerange.
— Oh ! personne n'est heureux, continua Priyamvada, dans ce climat maudit, sur cette terre ingrate où les fleurs ne peuvent éclore qu'emprisonnées sous verre avec un poêle pour soleil, où les femmes sont pâles comme la neige