CHAPITRE XII
sur le sommet des montagnes et ne savent pas aimer.
Cette phrase, qui ravivait les blessures de Volmerange. lui fit faire un soubresaut douloureux; ses yeux et incelèrent.
La jeune Indienne, saisissant au vol cet éclair décolère, comprit qu'elle avait touché juste et reprit de sa voix la plus douce :
— Une femme d'Europe aurait-elle causé quelque chagrin au descendant des rois de la dynastie lunaire?
Volmerange ne répondit pas, mais un profond sanglot souleva sa poitrine.
Fondant sa voix dans une intonation plus moelleuse encore, Priyamvada continua son interrogatoire :
— Est-il possible que mon seigneur, dont la beauté éclatante surpasse celle de Chandra lorsqu'il parcourt le ciel sur son char d'argent, n'ait pas été aimé aussitôt qu'il a daigné abaisser son regard sur une simple jeune fille, lui que les Apsaras seraient heureuses de servir à genoux?
En prononçant cette phrase, la jeune indienne avait noué ses bras autour du corps de Volmerange comme une jolie màlicà en fleur qui s'enlace au tronc d'un amra ; son charmant visage, rapproché de celui du comte, semblait dire, par l'éclair mouillé des yeux et la grâce compatis-
santé du sourire, combien son beau cousin d'Europe eût clé avec elle à l'abri d'un semblable malheur.
Pour foule réponse, Volmerange pencha sa tête sur l'épaule de Priyamvada, qui bientôt la sentit trempée de larmes.
— Eh quoi! dit Priyamvada en essuyant d'un chaste baiser les larmes aux paupières de Volmerange, une de ces capricieuses femmes du Nord, plus changeantes que les reflets de l'opale ou la peau du caméléon, aurait-elle trompé le gracieux seigneur, comme s'il pouvait avoir son égal dans la nature? car un homme de la race des dieux ne pleure que pour une trahison.
— Oui, Priyamvada, j'ai été trahi, indignement trahi! s'écria Volmerange ne pouvant plus contenir ce secret fatal.
— Et j'espère, répondit Priyamvada du ton le plus tranquille, le plus musical, que mon cher seigneur a tué la coupable?
— La Tamise a caché et puni sa faute.
— C'est un châtiment bien doux; dans mon pays , le pied de l'éléphant se fût posé sur cette poitrine menteuse et y eût lentement écrasé le cœur de la perfide ; ou bien le tigre eut déchiré comme un voile de gaze ce corps souillé d'un autre amour, à moins que le maitre n'eût préféré enfermer la criminelle dans un sac avec un nid