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CHAPITRE XII

de cobra-capello. Que ce souvenir s'efface de votre esprit comme un petit nuage balayé du ciel, comme un flocon d'écume qui se fond dans l'Océan ; oubliez l'Europe et venez dans l'Inde où les adorations vous attendent. Là, sous un climat de feu, on respire des brises chargées d'enivrants parfums ; les fleurs géantes ouvrent leurs calices comme des urnes; le lotus s'étale langoureusement sur les tirthas consacrés ; dans les forêts et dans les prés croissent les cinq fleurs dont Cama, le dieu de l'amour, arme les pointes de ses flèches, le tchampaca, l'amra, le kesara, le ketaca et le bilva, qui toutes allument au cœur un feu différent, mais d'une ardeur égale • les chants plaintifs des cokilas et des tchavatracas se répondent d'une rive à l'autre ; là un regard attache pour la vie ; la femme aime au delà du trépas, et sa flamme ne peut s'éteindre que dans les cendres du bûcher : c'est là qu'il faut vivre, c'est là qu'il faut mourir pour un unique amour. Oh ! Tiens là-bas, cher maître, et dans les bras et sur le cœur de Priyamvada s'évanouira bientôt, comme le songe d'une nuit d'hiver, ce long cauchemar septentrional que tu as cru être la vie !

L'Indienne, se croyant déjà sans doute revenue dans sa patrie, attirait Volmerange sur son sein, où frémissaient les colliers d'or, où les perles s'entre-choquaient soulevées par sa respiration sacca-

déc. Ainsi enveloppé, enlacé par les caresses hardiment virginales de cet être aux passions naïves et chastes comme la nature aux premiers jours de la création, Volmerange éprouvait un trouble profond et sentait des vagues de flamme lui passer sur le visage; son bras, sans qu'il en eût la conscience, se ferma de lui-même sur la taille cambrée de Priyamvada.

Un pli de la portière se dérangea un peu, et laissa scintiller les yeux métalliques du vieux brame.

Volmerange et Priyamvada étaient trop occupés d'eux-mêmes pour y faire attention.

— Bien, se dit Dakcba en contemplant le spectacle, il parait que l'Europe et l'Inde se réconcilient, et que Priyamvada et Volmerange veulent s'unir selon le mode gandbarva, un mode trèsrespectable et que Manou admet parmi ses lois. Rien ne pouvait mieux servir mes projets.

Et il se retira aussi doucement que possible.

— Viendrez-vous avec moi dans le Pendjab? dit Priyamvada au comte, dont les lèvres venaient d'effleurer son front.

— Oui, mais il me reste un coupable à punir, répondit Volmerange d'un ton où tremblait la fureur.

— C'est juste, répliqua la jeune fille, mais permettez à votre esclave de s'étonner qu'un homme

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