CHAPITRE XIII
tcntion sans se rendre compte de ce qu'elle voulait faire.
Elle ouvrit différentes boites d'où elle tira des poudres qu'elle disposa sur des brûle parfums de porcelaine aux quatre coins de la table ; de légers nuages bleuâtres commencèrent à s'élever en spirale et à répandre une odeur pénétrante.
— Maintenant, dit Priyamvada à Volmerange, pendiez votre visage sur cette coupe et plongez votre regard dans l'eau qu'elle contient avec toute la fixité dont vous serez capable , pendant que je vais prononcer les paroles magiques et faire l'appel aux puissances mystérieuses.
Rien ne ressemblait moins aux sorcelleries ordinaires que cette scène : point de caverne, point de taudis, point de crapaud familier, pas de chat noir, pas de grimoire graisseux : une salle vaste et splendidc, une coupe d'eau claire, des parfums et une jeune fille charmante, il n'y avait là rien de bien effrayant, et pourtant ce ne fut pas sans un certain battement de cœur que Volmerange s'inclina sur la coupe. L'inconnu alarme toujours un peu, sous quelque forme qu'il se présente.
Debout près de la table, Priyamvada récitait à demi-voix et dans une langue inconnue à Volmerange des formules d'incantation. La plus vive ferveur paraissait l'animer; ses yeux se levaient au plafond , et leurs prunelles, fuyant sous les
paupières, ne laissaient plus voir que le blanc nacre du cristallin. Sa gorge se gonflait, soulevée par d'ardents soupirs, et le feu de la prière glissait des teintes pourprées sous l'ambre jaune de sa peau. Elle continua ainsi quelque temps, et revenant à un idiome intelligible, elle dit, comme s'adressant à des êtres visibles seulement pour elle :
— Allons, le Rouge et le Doré, faitesvotre devoir.
Volmerange, qui jusque-là s'était tenu penché sur la coupe sans y découvrir autre chose que de l'eau claire, vit se répandre tout à coup dans sa limpidité un nuage laiteux, comme si une fumée montait du fond.
— Le nuage a-t-il paru ? demanda la jeune Indienne.
— Oui, on dirait qu'une main invisible a répandu une essence dans cette eau qui a blanchi tout à coup.
— C'est la main de l'Esprit qui trouble l'eau, répondit Priyamvada du ton le plus simple.
Le comte ne put s'empêcher de relever la tète.
— Ne regardez pas hors de la table, s'écria Priyamvada d'un ton suppliant , vous rompriez le charme.
Docile à l'injonction de sa brune cousine , Volmerange inclina de nouveau le front.
— Que voyez-vous maintenant ?