CHAPITRE XIII
— Un cercle coloré se dessine au fond de la coupe.
— Rien qu'un seul ?
— Oh ! le voici qui se dédouble et brille nuancé de toutes les couleurs du prisme.
— Deux , ce n*est pas assez, il en faut trois : un pour Brabma , un pour Wishnou , un pour Shiva. Regardez bien attentivement , je vais répéter l'incantation, dit Priyamvada en reprenant son attitude extatique.
Le troisième cercle parut enfin ; d'abord indécis et décoloré , pareil à ces ombres d'arc-en-ciel qui se projettent à côté du véritable, bientôt il arrêta ses contours et s'inscrivit radieux et brillant à côté des deux autres.
— 11 y a trois cercles à présent, s'écria le comte, qui, malgré son incrédulité européenne, ne pouvait s'empêcher d'être étonné de l'apparition de ces trois anneaux flamboyants, qu'aucune raison physique n'expliquait.
— Les anneaux y sont tous les trois , dit Priyamvada; le cadre est prêt. Esprits, amenez celui qu'on veut voir. En quelque partie du monde et en quelque temps qu'il ait vécu, fût-ce avant Adam, qui est enterré dans l'île de Serendib, forcez-le à paraître et à se trahir lui-même, ombre, s'il est mort, portrait, s'il est vivant.
Ces paroles, dites du ton le plus solennel, firent pencher plus avidement Volmerangc sur la
coupe. Devait-il croire à l'efficacité des incantations magiques de Priyamvada? Ses préjuges d'homme civilisé se révoltaient à cette idée, et cependant les effets déjà produits ne lui permettaient guère d'être incrédule. Son incertitude , en tout cas, ne devait pas durer longtemps.
Au fond de la coupe, dans l'espace circonscrit par les trois anneaux lumineux, Volmerange vit apparaître dans les profondeurs d'un immense lointain un point qui s'approchait avec rapidité, se dessinant de plus en plus nettement.
— Voyez-vous apparaître quelque chose? dit Priyamvada à Volmerange.
— Un homme, dont je ne puis encore discerner les traits , s'avance vers moi.
— Lorsque vous le verrez plus distinctement, tâchez de hien graver ses traits dans votre mémoire, car je ne puis deux fois détacher un spectre de la même personne, ajouta la jeune Indienne d'un ton grave.
La ligure évoquée prenait plus de précision, ébauchée sous l'eau par un pinceau mystérieux ; un éclair traversa la coupe, et Volmerange reconnut, à n'en pouvoir douter, la tête pâle et fine de Xavier.
Il poussa un cri d'étonnement et de rage; le nuage laiteux remplit de nouveau la coupe , l'image se troubla et tout disparut.