‹ Les deux famillesChapitre 19 sur 20 · POLITIQUE ET RENCONTRE IMPRÉVUE · texte numérisé non relu

POLITIQUE ET RENCONTRE IMPRÉVUE

Que l'homme vertueux ne désespère jamais , car jamais il ne sera délaissé complètement de la Providence, à l'heure où il se croit oublié par elle , c'est l'instant où elle travaillepourlui avec succès. '

^Recueil de Maximes) ,

Cette année 4 808 devait être l'époque d'aue grande catastrophe : celle de la chute de la maison royale en Espagne; en France, au contraire, elle verrait consolide^' la monarchie impériale, par la création d'une

noblesse fondée sur des bases singulières et qui n'existerait que tout autant qu'elle serait appuyée sur l'opulence.

Napoléon, en instituant des titres, voulut que tous ses nobles fussent riches; en cofiséquence, le de'cret du premier mars, le 8 suivant, créa des princes, des ducs, des comtes, des barons et des chevaliers; le fils aîné, seul titulaire, devait succéder a la noblesse du père , donl les autres enfans resteraient roturiers. Des armoiries furent concédées, chaque blason particulier était accompagné d'un franc-quartier, qui design. lit le litre du possesseur , litre également annoncé par le nombre déplu- .mes et de lambrequins qui ornèrent la toque peu élégante, parlaquelleon remplaça les couronnes féodales.

Cette noblesse combla de joie les parvenus qui Toblinrent ; elle humilia les an-

ciens gentilshommes» qui on l'imposa et à qui elle fut refusée, ou qui ne daignèrent pas la demander. Assurément, au nombre de ceux-ci, on aurait compté messieurs de Foix-Pamiers, que d'ailleurs la médiocrité de leur fortune eût ':eule empêchés de se mettre en avant; mais, à la surprise générale du pays , le baron de Pamiers reçut un diplôme de comte , dont le majorât de trente mille francs de revenu et accordé également par la munificence impériale , était assis sur des forêts situées dans les départemens de l'Aude et del'Arriége. Le grand-bailli de Morée, que Napoléon se ressouvint d'avoir vu à Malte , reçut un titre pareil , et le vidame de Tarascon, nommé baron de l'empire, trouva sous le même pli son diplôme de chambellan ; 1 archi-chancelier, Cambaccrès , instruisit aussi par le courrier, Sylvèrç absent , que

Sa Majesté Impériale et Royale venait de le nommer auditeur au conseil d'état.

A la récepMon des faveurs qui auraient comblé de joie une autre famille, celle de Pamiers ne laissa éclater qu'une douleur tropsincèrej très attachée à la race royale pour passer à l'ennemi, elle aurait refusé ce qu'on lui donnait, sans s'embarrasser des conséquences d'une telle conduite , si ce jour-là aussi, et par la voie du marquis de ... , que l'on savait être le correspondant de S. M. Louis XVIII pour le département de la Ilaule-Garonne , il n'était également parvenu au baron de Pamiers, une lettre de S. M. T. C. qui enjoignait, dans l'intérêt personnel des Bourbons, à lui et h tous les siens, d'aciepter cl de remplir les titres, lionnenrs , charges, fonctions, gr;idc-, tic. , que le ^(>ii\ ornement de fciit et piovisoirg !cui- a( corderait.

Ce commandemcnl irétonna pas moins la noble maison, que le resic qui avait provoqua le loiil. Celte première question qu'on a^ita ne put être décidée d'aborci ; le Bitron, sa femme , mesdemoiselles de Lavaui , de Salles, de Sainte-Gabelle, s'imaginèient que le duc de Montézuma avait fait agir la cour d'Espagne; le Grand- Bail'.i Cl le Vidame, au contraire , songèrent a un autre solliciteur qu'ils ne nommèrent pas par prudence, et ceux -'à avaient deviné lu vérité : c'était le Sénateur, lui, comte égaiemeat de Saint-Lizier, qui, prolilanl dc;^ notes de désignation du préfet, di; procureur-général de Toulouse, avait en} ployé son crédit oour faire participer aux nouveaux titres , s-n père , son oncle, son frère et son neveu.

Le vidame de Tarascon , au moment où la générosité délicate de son oncle, le duc

de Montézuma, lui fournissait les moyens de rentrer avec éclat dans le monde, déguisa la joie cachée que 'ui causait la clé de chambellan ; il jjarlii; peu après et s'en alla rejoindre l'empereup- à son ^lassage à Bordeaux; il s'attendait k y voii- venir Sylvère et le duc ; lais ce qui se passait par delà les Pyrénées , ne permit pas à ceux-ci de rentrer en France aussi vite qu'ils l'auraient voulu.

On sa il que par un irai lé sacrilège et conclu au détiiment de sa [);tlrie , don Gocîoï, lincpte avori de CIkiiIos IV et l'amant adullèrc de 'il rciiic d KspagDCj appelait Napoléon dai»o 'a Péninsule qn il lui aliandonnaii en retour de !a principauié des Al.;3arveï. (piil se îhiitaÎL de posséder.

Ce fils, parricide de l'Espaj^nc , avait tenté à la iin de l'année dernière, de faire

renouveler parleroi, qu'il menait, la scène sanglante qui, sous Philippe II, coûta la vie à don Carlos. La Providence lui arracîia le prince des Asturies , et: peu après , lui donna la preuve que son bon ami Napoléon le trompait; lui, se voyant perdu et reconnaissant que l'Espagne était à peu près envahie, essaya, pour prolonger son pouvoir malfaisant, d'enlever à l'Europe le roi et la reine d'Espagne et de les amener en Amérique , soit au Mexique , soit au Pérou .

On était à la résidence royale d'Aranjuez , lorsque les Espagnols découvrirent le dernier complol de leur ennemi ; la colère s'empare de cette noble nation, elle se soulève, don Godoï se cache , Charles IV abdique volontairement, et son fils aîné, le prince des Asturies, lui succède sous le nom de Ferdinand VU.

L'Espagne allait être heureuse , Napoléon s'y opposa; mettant enjeu les ressorts d'une politique odieuse, il trompa la confiance des deux rois, il les attira à Bayonne avec le reste de la famille royale, et maître de leurs personnes, usurpa violemment leurs états. Jamais acte ne fut plus blâmé que celui-là, et il restera toujours Tune des taches ineffaçables qui souilleront la mémoire immortelle de ce grand homme.

Charles IV, Ferdinand VII, les infanf , don Antonio , frère du roi , don Carlos Francisco, fils du roi , la reine d'Etrurie , sa fille, et les deux enfans de celle-ci, prisonniers, l'empereur, s'adjugeanl d'abord les couronnes de l'Espagne et des Indes, tarda peu à les donner en apparence à son frère Josejjh, alors roi de Naples; il l'envoya à Madrid, où, dans le premier

instant de l'ctonnement et de la consternation , 1 fat admis ; mais le peuple Espagnol, revenu de sa stupeur , courut aux armes e-; poussani; le cil de ''indig -cdioii et de la vengeance, h- Péninsule dcvini un seu' cliamp de bataille, d'où, en co.isvquence des chances diverses, les Français, malgré leur:i cfforls de géant, furent compléiement chassés k la fin de l'année d8'13.

La révoJutio,! française qui eut lieu en avril 181 /î, provoquée par 'ec revers delà campagne de Russie, terminales premiers malheurs de l'Espagne. Napoléon, avant que de perdre son tronc, fut contraint a rendre à Ferdinand VU , le sien. Je ne m'appesauiis pas .sui des détails trop connus, Ihistoire moderne les apprendra à ceux qui les ignoreraient j je n'en ai dit que la partie absolument nécessaire, pour

compléter l'enseirible des aventures du jeune vcomle de Pamiers.

1' se trouvaità Avanjuez avec son oncle, le jour où don Godoi railllt être tue. Sylvère s'eailiousiasma ainsi que le duc pour la cause dujsuiero*; lo perlidie, qui Tarracba àses.sajels, ndlgna Sylvcre et M. de Montrzumaj le prem'ei' , ayant éveillé la défiance delà police française, fut arrêté et conduit en France • mais en route, une querillas commardée par don José de Lobranos^ le dé'ivra .

Le V'com.e, cliarmo de voi 'a liberté à ron parent et rempli du (!éses;joir, enfant de sa faille, persuada que INIalhilde ne serait plus à lu», ciMiserv, le faux nom sous lequeî on lavait arrêté et qu'il avait pris afin de ne pas compromet! rc sei proches, voua son bras à la défense de la royauté légitime.

Toujours avec son oncle , menant une vie errante, n'ayant aucune nouvelle de la France, rar tous les courriers étaient interceptés , tous les deux méritèrent les éloges des coalisés et les récompenses de la Junte. Plus tard on envoya le neveu en ambassade auprès de divers souverains de l'Europe, et si leurs parens de Saint-Félix purent savoir qu'ils existaient, eux, plus à plaindre , restèrent long-temps séparés de ce qu'ils avaient de plus cher.

Au commencement de -1810 , et deux ans après que Sylvère avait quitté la France, il se trouvait aux avants-postes de la ligne militaire en Catalogne ; il commandait un régiment composé d'Allemands, d'Italiens, d'Ecossais et de Portugais, sous le duc de Montézuma , lieutenant-général du corps •d'armée.

Un corps français . amiiné par des

guides infidèles dans une embuscade , y fut presque entièrement détruit. Sylvère avait su se tenir à l'e'cart et ne prendre point part à cette affaire sanglante, dont son régiment devait seulement protéger le résultat. Tout-à-conp on vit un gros de cavalerie échapper au piège, prendre à droite et venir se heurter contre les soldats de Sylvère. Le petit nombre des militaires français abrégea le combat: enveloppés de toutes parts , ils durent rendre les armes. Un sous-lieutenant, leur chef, fut amené au Vicomte, qui, a sa vuc, poussant un cri mclé d'étonnement et de surprise, courut à lui les bras ouverts, et le serra tendrement sur son . cœur, en disant :

— Est ce vous? oui, c'est bien vous, 6 mon cher Aristide !

Celui (|ue loi no;nmait, et (jui, déses-

péré de sa mauvaise fortune, s'était laissé condaire macliinalemeiU à une mortce taine, car les Espagnols ne faisaient guère de prisonniers, releva la tête, rassembla ses idées, et k son tour, reconnaissant le Vicomte, en rendit grâce à Dieu , puisque ce serait celui-ci qui désormais déciderait de son existence.

— Je ne vous ai donc pas tué en France, poursuivit Sylvère, lors de notre duel malencontreux?

— Il est vrai, répondit Aristide; mais je ne devais pas vous échapper, et maintenant vous êtes le maître . . .

— Injuste ami, que pensez-vous? Ah!

vous êtes mon frère, car vous Tètes de Théodebert ; d'ailleurs, je vais vous mettre en présence d'un de vos anciens hôtes, et celui-là ne me pardonnerait pas de manquer aux devoirs de l'hospitalité. Ve-

nez, allons ensemble rejoindre mon oncle, le duc de Montézunia, mieux connu a Saint-Félix et aujourd'hui en Europe sous le nom de don José de Lobranos.

Aristide, doublement satisfait de ce qu'il apprenait, suivit son ami, et parvinrent au lieutenant- général de la division. Celui-là aussi reconnut de prime -abord le jeune Saint-Aurèle, et lui prouva par la vivacité de son accueil la joie que lui causait sa présence, augmentée du péril réel qu'il aurait couru sans l'heureuse intervention de Sylvère, à qui Aristide de\ait la vie.

Page 1