LES DET'X FOLIES DE PARIS
Mais les conditions de l'armistice étaient-elles acceptables ?
Le Gouvernement aurait dû se bien persuader que plus on y mettrait de retard, plus l'armistice serait difficile et onéreux.
C'est pourquoi il aurait dû le négocier avant l'investissement de Paris, immédiatement après Sedan.
A Ferrières, il était déjà tardif, mais nous déclarons qu'il était possible et point du tout compromettant,
M. Jules Favre, par une méprise singulière, a perpétuellement confondu, dans son rapport, les clauses de la paix et les clauses de l'armistice.
En ce qui concerne l'armistice lui-même, il n'a pas distingué l'alternative posée par M. de Bismarck. Ainsi, pour Paris lui-même, M. de Bismarck ne s'est pas contenté de dire : « Livrez-moi le Mont-Valérien . » Il a ajouté : « Autrement, vous ne pourrez pas vous ravitailler! » — Or, au début du siège, le ravitaillement était chose secondaire.
M. de Bismarck exigeait la reddition de Strasbourg en certifiant que cette ville, d'après le calcul des ingénieurs prussiens, ne tarderait pas à se rendre. Quelques jours après, son dire était justifié. Strasbourg, consulté par nous, nous auraitrépondu de ne pas faire éebouer l'armistice par considération pour lui.
La continuation des bostilités autour de Metz n'était pas une fin de non-recevoir,du moment qu'on savait que la
INDUCTIONS 5KJ
France ne pourrait pas de quelques mois secourir cette place, et que l'on stipulait que de nouvelles arméesprussiennes ne seraient pas dirigées contre elle.
La France, à la faveur de l'armistice, aurait eu le loisir de se fortifier, de réunir des troupes au midi de la Loire, de fondre des canons et de forger des armes de toutes sortes. Elle aurait eu la facilite de faire des élections, même dans les pays occupés par les Prussiens, immense avantage, puisque le démembrement n'était pas admis en principe. — LTne Assemblée nationale se serait réunie soit à Paris, soit à Tours, et M. de Bismarck n'aurait pas pu dénoncer à la France et à l'Europe les parlementaires éprouvés qui composaient le Gouvernement, comme redoutant surtout la convocation d'une Assemblée.
Une fois l'Assemblée installée, qu'aurions-nous vu?
En Prusse, le parti politique l'aurait emporté sur le parti militaire ; en Allemagne, l'humanité aurait prévalu sur la guerre; en Europe, à l'étonnement eut été substituée la prévoyance ; en France, l'instinct de la conservation eût imposé silence à un vain point d'honneur. Peu de jours après la convocation des Etats généraux français, aurait eu lieu celle du congrès européen.
Cette assemblée et ce congrès auraient autorisé une indemnité pécuniaire, le démantèlement des places fortes, la neutralisation militaire de la Lorraine et de l'Alsace. II se
fût passé quelque chose d'identique à ce qui s'était passé N 2.
sous Louis XIV, aux conférences d'Utrecht qui terminèrent la guerre de la succession d'Espagne.
Le grand roi avait accepté la démolition des fortifications de Dunkerque et la surveillance des garnisons hollandaises dans les villes de la Barrière.
Il n'avait repoussé qu'un démembrement. La jeune République ne se fut ni déshonorée ni amoindrie en l'imitant.
La question pendante se fut bien vite généralisée. Afin d'éviter des conflagrations si contraires à la vraie science, à l'économie politique, à l'humanité, on eût conclu à une neutralisation des régions limitrophes. On eût formé un tribunal européen pour juger les différends. Le concert européen, depuis plusieurs années complètement dissous, se fût reformé sous de meilleures auspices. Il aurait trouvé une règle supérieure qui l'aurait guidé et maintenu.
On le voit : la règle historique inflexible, posée par M. de Bismarck, a imprimé à l'histoire contemporaine une déviation funeste.
L'humanitarisme de M. Jules Favre a empêché l'avènement de la vraie humanité.
Le patriotisme exigeant de M. de Bismarck a remis en question l'avenir de l'Allemagne.
Le patriotisme républicain de M. Jules Favre ne lui a pas permis d'être le plus habile, alors qu'il était le plus faible.
Les fautes du grand orateur et du grand politique ont
engagé i'Alleipagae et la France dans ces guerres de conquêtes et de revanches $ fond qui provoquent la ruine de-s vaincus et la transformation des vainqueurs «.