LA LEVÉE DE LA GARDE NATIONALE PARISIENNE
Les partisans de la Commune nous disent que son premier acte eût été de décréter la levée en masse : ils accusent le Gouvernement de retards fâcheux et de ménagements politiques envers certaines classes.
Le Gouvernement peut aisément, croyons-nous, se justifier touchant le premier des griefs articulés contre lui. En un mois, il a armé et exercé au maniement des armes
quatre cent mille habitants de la capitale. 11 les a soumis à une discipline qui tient équitablement compte des droits de la patrie et de ceux du citoyen. Paris est devenu un camp, et il n'a cessé d'être une cité libre.
Au sujet de la formation des corps de volontaires, choisis dans la garde nationale, des dissentiments se sont produits . Hâtons-nous de le dire toutefois, un grand nombre, se plaçant, sans arrière-pensée, sans rancune politique, en face de leur patriotisme, ont couru apposer au livre d'or leurs signatures. Ils n'ont point cherché de prétexte à l'abstention dans l'inaction, fondée ou non, de leurs compatriotes.
Mais d'autres se sont écriés : nous ne partons comme volontaires que si toute la compagnie, tout le bataillon, fait comme nous. De plus, nous voulons être assurés que l'on ne ménagera pas 1rs autres bataillons, pendant que le nôtre sera exposé sans ménagement. Les gens sensés ont répliqué : On n'appelle pas tout le monde, parce que les armes perfectionnées ne sont pas actuellement en quantité suffisante !
Alors les défiants et ceux qui voudraient voir disparaître les défiances, ont trouvé le compromis suivant : Au lieu de faire appel aux volontaires, ayez recours au sort, et prenez, de cette manière, dans chaque compagnie, un certain nombre d'hommes. Ou bien, commencez l'armement par les plus jeunes, et poussez peu à peu jusqu'à trente-cinq ans!
D'autres encore ont dit : « Que ces armes perfectionnées
•'l LES DE IX FOLIES DE PARIS
passent de main eu main Que chaque bataillon ait sa semaine d'honneur et de péril! Que l'on n'excepte que ceux qui rendent à l'Etat un service public, réel, vraiment utile, ouvriers ou bourgeois, peu importe ! »
Nous mentionnons ces diverses solutions. Nous nous abstenons de les critiquer, bien que nous leur trouvions plus d'un défaut. Pour nous, la meilleure solution sera celle qui mettra le plus utilement et le plus promptement possible en valeur le patriotisme parisien, et qui, par l'intime croyance de tous à une égalité parfaite devant le danger, créera une véritable fraternité, en nous débarrassant, dès cette heure, des problèmes sociaux qu'on ajournait à la paix. Point de guerre civile après la guerre étrangère ! Que cette lutte formidable nous décime, s'il le faut, mais qu'elle cimente la nation ! Que V égalité française achève V unité française.
2 novembre 1870.