LE? DEOX FOLIES DE PARIS
bord inspirer à Paris et à la France les plus vives appréhensions.
Toutefois la France, et Paris lui-même, ont bien vite ressenti, j'imagine, une joie inconsciente, mais réelle. Il venait de disparaître, ce sphynx qui ne nous livrait aucun de ses secrets, et dont la vue glaçait l'enthousiasme et le dévouement français. On n'avait guère combattu jusqu'alors que pour le salut matériel : on fut heureux de combattre en même temps pour un principe qui ne compterait plus d'adversaires parmi les défenseurs du pays.
Par une coïncidence singulièrement fortifiante, à la douloureuse capitulation de Metz a répondu la glorieuse victoire d'Orléans.
Nous faisons abstraction, bien entendu, des rapprochements historiques qui se présentaient à tous les esprits. Orléans, qui avait arrêté au cinquième siècle Attila, au quinzième siècle les Anglais, arrêtait enfin, au dix-neuvième, les Prussiens ! Piien de plus propre à imprimer au patriotisme un vigoureux élan. En reconnaissant, comme il convient de le faire, que ce succès n'a rien de décisif, il faut bien admettre que la guerre est entrée dans une phase toute nouvelle. Est-ce la phase de la délivrance ? Je l'ignore. Mais c'est, à coup sur, la phase nationale.
■ Bloquons les Prussiens', ayons-nous écrit, il y a un mois environ. Nos armées occupent, à uno distance suffi-
santé et dans plusieurs directions, des positions où elles se retranchent fortement. Les Prussiens bloquent et affament la capitale : la France bloquera et affamera les Prussiens! »
Nous croyons que le moment que nous appelions de tous nos vœux est enfin arrivé!
Nous espérons que MM. Trochu, Paladines, Kératry et Bourbaki, adoptant cette tactique, sauront renoncer à la guerre brillante, et auront l'art de temporiser sans perdre de temps.
Si M. Bazaine ne nous a pas appris comment on se bat et on s'immole pour une République, il nous aura du moins enseigné comment on pourrait à la longue user des forces supérieures en combinant avec opportunité la défensive et l'offensive.
Faisons comme lui, sans qu'on puisse jamais nous accuser de poursuivre un but ténébreux.
Jes lignes ne sont pas en contradiction avec celles que nous écrivions naguère touebant la conduite que doivent tenir le Gouvernement et la France. Nous pensons toujours que la République ne doit point s'arrêter à une imitation servile de 17 9 2, ni poursuivre la vengeance des injures du second Empire.
Nous croyons qu'il est désirable et qu'il est possible de
couper court, d'ici à quelque temps, aux épreuves que
traversent la France, l'Allemagne, l'humanité et la science,
par une résolution héroïque et par l'habileté diplomatique