‹ Les deux folies de Paris, juillet 1870- mars 1871Chapitre 22 sur 66 · L ENIGME DC GENERAL TROC HT · texte numérisé non relu

L ENIGME DC GENERAL TROC HT

Il ne s'agit pas de savoir si M. Troclm est un homme honnête, un général instruit, et un écrivain disert II y a Longtemps que nous connaissons la droiture de ses intentions, sa science militaire et son mérite littéraire.

Il nous semble également impossible, quoi qu'en disent M. Delescluze et ses sectateurs, de nier les services éniinents rendus à Paris et a la France par le général Trochu.

Quel Parisien ayant crié, ou ayant laissé crier : A jrette de n'avoir pas lu ce livre trop tardivement populaire : VArpïie française en 1867?

Le général Trociiu aurait empêché, si le peuple l'eût connu, tous les malheurs dont nous sommes les témoins.

Qui ne lui sait gré, encore aujourd'hui, de la proclamation qu'il adressa à la ville de Paris, lors de sa nomination a la i barge de gouverneur de Paris? Il sut, dans un très long discours, passer sous silence le nom de l'empereur : oe qui était une défection à la fois habile et courageuse.

Napoléon III avait, après Reichshoffen, installé un ministère réactionnaire. La régente l'aurait maintenu, après Sedan, — si le général Trochu n'eût lancé sur l'empire vaincu, mais soutenu par tous ses affidés, la garde nationale, qui remplaça comme par enchantement les sergents de ville de M. Piétri et les gendarmes de M. Palikao. Proclamé président de la défense nationale. Trochu n'est peut-être pas seul responsable de la direction défectueuse de notre politique et de la mauvaise organisation intérieure; mais on lui doit évidemment l'ensemble des travaux gigantesques qui protègent notre enceinte et la formation d'une armée aussi solide — espérons-nous — qu'elle est nombreuse.

L'histoire, nous en sommes convaincus, dira tout cela du général Troctatt.

Mais s'arrêtera-t-elle là ?

Ce point d'interrogation devrait rendre soucieux le général Trochu.

En effet, dans ces conditions, le général Trochu apparaîtrait comme un excellent critique militaire, ayant, sous l'empire, prévu cette guerre funeste sans avoir pu l'em-

pêcher; ot ayant, sous la République, retardé la catastrophe qu'il pourrait avoir rendue inévitable.

Il serait, si Ton peut comparer les petites choses aux grandes, une sorte de Canrobert qui n'aurait pas su donner à temps sa démission et remettre à un autre la suite des affaires, après avoir accompli dignement sa propre tâche.

Nous le répétons, rien ne dit que la carrière du général Ti'ochu doive se terminer d'une manière aussi fâcheuse.

Il a fait, jusqu'ici, ce qu'il fallait faire. Saura-t-il désormais faire ce quïl faudrait faire? Là est toute la question. Là est L'énigme. Sa capacité dans le passé est évidente. Sa capacité pour l'avenir est douteuse.

Nous avons à la tête de L'armée trop peu de vrais généraux. Nous avons hors de ses rangs trop de généraux de fantaisie.

Nous voulons de la discipline chez les soldats et une initiative opportune chez les chefs.

Nous ne croyons pas tout perdu parce qu'on n'a pas fait desorties à la Xerxès. Mais nous croyons tout compromis soit que l'on sorte, soit que l'on reste immobile, si l'on exécute les opérations militaires à l'aveuglette et à contretemps.

Qu'on n'ait pas à dire un jour que Trochu, qui a su résister à l'impatience parisienne, n'a pas su décourager la patience des Prussiens.

8 janvier 1871.

Page 1