‹ Les deux folies de Paris, juillet 1870- mars 1871Chapitre 25 sur 66 · CONQUÊTE ROMAINE ET CONQUÊTE PRUSSIENNE · texte numérisé non relu

CONQUÊTE ROMAINE ET CONQUÊTE PRUSSIENNE

Guerre de la science contre l'héroïsme : voilà comment nous résumerons l'expédition de César dans la Gaule ancienne et l'expédition de de Moltke dans la France moderne.

C'est au même peuple, en définitive, que ces deux capitaines ont eu affaire. On a montré, depuis longtemps,

que le Gaulois se survivait à lui-même dans le Français. Oui ne nous reconnaîtrait dans le portrait que Caton l'ancien traçait de nos lointains ancêtres : acriter pugnare, argute loqui. « Il n'y manque absolument que la science, disait un jour aux élèves de l'École normale un. regretté professeur, et cela m'effraie. »

Néanmoins, dans l'espace de dix-neuf siècles qui sépare les grands événements dont nous parlons, que de transformations avant que la marque originelle prévalût définitivement !

Rome, avec son aristocratie, donna à notre nature légère une certaine consistance. Imitateurs et flexibles, nous primes sa langue, son droit, ses traditions, et en partie ses mœurs. Lorsque déjà notre caractère était visiblement détrempé, survint la féodalité qui fut un lourd, mais salutaire alliage.

La monarchie française fit un amalgame de ces éléments hétérogènes, et l'on eut, en littérature, en politique, comme en stratégie, une époque classique, le dixseptième siècle.

Depuis la Révolution française, nous n'avons gardé de Rome que les traditions administratives, de la féodalité que le point d'honneur, et nous sommes livrés, sans défense, avec nos qualités et nos défauts originaires, au sens pratique et à la science implacable des Prussiens.

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