‹ Les deux folies de Paris, juillet 1870- mars 1871Chapitre 29 sur 66 · LA FRANCE SAUVÉE PAU ELLE-MEME · texte numérisé non relu

LA FRANCE SAUVÉE PAU ELLE-MEME

La France va enfin pouvoir élire l'Assemblée nationale, dont nous n'avons cessé de réclamer la réunion depuis la mémorable révolution de Septembre.

Le rôle de cette Assemblée sera immense. Son but immédiat n'est pas de rétablir la Constitution criminellement supprimée par le coup d'État, ou de rapporter les lois vicieuses du second Empire. Elle sera, avant tout, chargée

de nous délivrer pacifiquement de l'invasion que la dynastie corse a, pour la troisième fois, déchaînée sur notre patrie, et que la République, malgré des efforts prodigieux, n'a pas pu repousser à main armée.

On a le spectacle, triste sans doute, mais imposant d'un pays qui doit à l'estime qu'il s'est conciliée, encore plus qu'à la crainte qu'il iuspire, une complète liberté électorale, sous les yeux et presque sous le fer de l'ennemi.

Plus habitués à l'héroïsme patriotique qu'au courage civil, nous braverions plus volontiers les menaces ouvertes de Guillaume Ier que les violences hypocrites de Napoléon III. Mais nous ne devons avoir aucune préoccupation à ce sujet. L'Empereur et le Chancelier d'Allemagne De nous pousseront pas au vote comme le faisait l'homme de Décembre.

Qu'on le sache toutefois, l'Empereur et le Chancelier d'Allemagne seront, dans cette circonstance, des spectateurs intéressés, très-attentifs par conséquent, tout prêts à régler leurs procédés envers nous d'après notre sagesse ou notre imprévoyance politique.

Quelle sera la conduite du peuple français si son bon sens est à la hauteur de son courage?

Il se pénétrera de l'importance de l'acte que le Gouvernement de la Défense nationale réclame de lui. Il ne jouera plus à pile ou face ses destinées. Il ne se livrera pas à la discrétion du roi Guillaume, par le scrutin de février 1871, comme il s'était livré à la discrétion de l'em-

pereur Napoléon par le scrutin de mai 1870. N'ayant pas su prévenir cette lutte désastreuse, il saura du moins y mettre fin.

Convoqué dans ses comices, il choisira ses représentants, au lieu de les demander à une coterie surannée ou à un engouement passager.

Qu'il rejette impitoyablement ces députés serviles, ces rnamelucks du despotisme, qui, après avoir maintes fois commenté avec enthousiasme ces mots mensongers : « L'Empire, c'est la paix! » ont, sur un signe du maître, voté la guerre, en étouffant des protestations généreuses. Qu'il ne jette pas davantage son dévolu sur ces démocrates équivoques qui, après avoir prêché la résistance à outrance, ont voulu, par deux fois, transformer la guerre contre l'étranger en une guerre civile, et qui, si le bon sens public ne les eût désavoués, auraient perdu et déshonoré la France ?

Plus de charlatans, jeunes ou vieux, ignorants ou lettrés, sacrés ou profanes, mielleux ou violents!

A Paris, comme à toute la France, nous dirons : Mettezvous en face du plus grave des problèmes. Pour le résoudre, prenez les hommes les plus honnêtes, les plus modérés et les plus capables. Vous leur imposerez une tâche que le patriotisme pourra seul leur faire accepter. Ils auront, en effet, à ratifier, au nom de la nation, les résultats nécessaires d'une guerre qu'ils ont condamnée dès le premier jour. Mais ces conséquences funestes seront

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