LA PRESSE DU PASSÉ ET LA PRESSE DE L'AVENIR
Nous voudrions, après avoir résumé l'histoire de la presse, montrer ce qu'elle doit être sous une république décidée à en faire un usage vraiment utile à la société.
C'est sous un despote qui savait combien il importe, d'occuper la curiosité française, c'est sous le cardinal de Richelieu, que la presse fit son apparition. Destinée à devenir une puissance, elle ne fut d'abord qu'un vain amusement. La Gazette de France parut alors. Pendant un siècle et demi, elle suffit aux vues du Gouvernement français.
Mais, depuis longtemps, elle ne suffisait plus aux secrètes aspirations de la France. Monseigneur, duc de Bourgogne, grand Dauphin, héritier présomptif de la couronne durant cinquante ans, pouvait bien se contenter de jeter un rapide coup d'œil sur la liste des naissances et des décès. Saint-Simon, l'aristocrate, le blâme de ce dédain excessif de la presse. La seconde partie du règne de Louis XIV vit pulluler les Nouvelles à la main, les Lanternes, dirions-nous aujourd'hui, véritables journaux d'opposition,
irréguliers, clandestins, qui faisaient à la monarchie une guerre de guérillas. Les gros pamphlets paraissaient à Amsterdam et à Londres : ils émanaient de cette France extérieure que le grand roi avait détachée de ses Etats, par la révocation de l'édit de Nantes, comme pour assurer le triomphe de l'Angleterre, notre ennemie d'alors, et de la Prusse, notre ennemie d'aujourd'hui !
Quand Montesquieu et Voltaire parurent, on tourna l'obstacle qu'on ne pouvait renverser. On donna des leçons à la France, en transportant en Perse les personnages affublés de noms Orientaux. Ou bien on soutint une lutte hypocrite, mais implacable, contre une puissance, l'Église, par exemple, en flattant une autre puissance, la Pioyauté. Il n'y avait pas encore de journaux, mais le journalisme, on le voit, existait déjà.
La Royauté elle-même eut son tour. Une véritable meute de folliculaires se précipita à Tassant de la triple enceinte. On peut relire les déclamations forcenées d'un Marat. Absence d'instincts généreux et de vraie science, déclamations à la Jean- Jacques, voilà la presse sous la révolution. Le peuple, toujours excité par elle, ne fut jamais éclairé.
L'Empire pacifia le journalisme. Il daigna l'exploiter à son profit, niais dans une faible mesure. La franche brutalité du régime ne lui permettait pas d'organiser, sur une vaste échelle, la corruption. Il frappait ses adversaires ; il ne leur opposait pas des écrivains gagés. L'en-