Î50 LES DEUX FOLIES DE PARIS
Pendant qu'ils raisonnaient ainsi, leurs journaux, qu avaient reçu le mot d'ordre, prêchaient la guerre d'extermination. Les anciens adulateurs de M. Routier, les acolytes de M. de Lavalette, les associés de M. Duvernois, se livraient à un chauvinisme échevelé. Ils soutenaient qu'il y avait des vivres pour trois mois quand il en restait pour huit jours. Ils en remontraient là-dessus au Réveil et au Combat. Ces bas-finauds faisaient les énergumènes. Ils ne voulaient entendre à rien, et, dans leur colère fabriquée, dans leur lyrisme de sang-froid, ils retrouvaient quelques-uns des accents dangereux de cette école qui a tout gâché en France : le bonapartisme libéral de la Restauration.
Nous vivoDs dans un pays où l'opinion publique, noyée dans le suffrage universel, n'est en garde contre rien ni contre personne.
Faut-il s'étonner qu'ils aient malheureusement dupé trop de badauds?
Une autre disposition funeste de notre tempérament national travaillait pour eux.
Beaucoup de gens, voyant la République aux prises avec une situation désespérée, l'exaltaient perfidement en paroles, tout en la détestant, et cherchaient à l'enfermer dans l'absolue nécessité de vaincre, comme dans un cercle sans issue.
Ceux-là criaient plus haut et plus fort que les autres :
« La République ne peut se fonder que par la Victoire! « Sans la Victoire, point de République i »
Nous aussi, nous aurions voulu la République victorieuse. Mais nous ne la rejetons pas parce qu'elle n'a pas accompli ce miracle. Nous osons distinguer la République de la Victoire. Nous croyons que victorieuse, elle aurait entraîné derrière son char tous ceux que le succès fascine.
Ceux-là, en la voyant maltraitée par la fortune, ont sui\i leur penchant naturel :
Sequitur fortunam, ut semper, et odit Damnatos
Peu touchés des bienfaits de la liberté, ils se retirent d'elle parce qu'elle n'a pas battu la Prusse. Dans la défaite tout leur est égal.
Nous ne saurions trop prémunir le public contre cette classe particulière d'esprits faux. Cette manière de raisonner, si elle venait à l'emporter, nous compromettrait définitivement en Europe, en même temps qu'elle justifierait tous les reproches qu'on fait à notre frivolité morale.
Que nous reproche en effet, l'Europe? Il faut bien le dire : l'Europe reproche à la France de n'adorer que la force, d'être l'esclave du succès, d'être indifférente à la liberté; de vivre par L'amour-propre, au lieu de vivre par la conscience.
L'Europe se rappelle que la première République a été