LES DEUX EOLIES DE PARIS
Ainsi l'opinion, comme le suffrage universel lui-même, est dirigée; elle n'est pas directrice. Elle approuve ou elle condamne-, elle n'agit pas.
11 en serait tout autrement si le suffrage universel, que Von ne peut pas supprimer, mais qu'on peut instruire et organiser, devenait moins docile. Nous ne lui demandons pas d'être, dès aujourd'hui, intelligent; nous ne lui demandons que d'être moins confiant.
Comme toutes les foules ignorantes, mais curieuses, il aime le drame. Il lui faut un personnage dominant et bruyant. Coup d'État et coup d'éclat, pour lui, c'est tout un. Il s'entiche plus facilement d'un homme que d'un principe, d'un mot creux et sonore que d'une réalité sérieuse. Il est la proie des charlatans. Qu'il daigne accomplir l'effort que nous réclamons de lui!
Avec son consentement, nous travaillerons dans son intérêt. Nous ferons deux choses qui sont au-dessus de ses facultés : 1° Nous dissoudrons les partis politiques 2« nous instruirons d'une façon complète tous les citoyens.
Égaré par les théories courantes, l'un des membres du Gouvernement de la Défense nationale disait naguère à ses admirateurs : « Ce serait une erreur de vouloir supprimer les partis. » Cette manière de voir est presque aussi ancienne que la politique, et nous avons voulu remonter jusqu'à sa source.
Depuis longtemps nous méditons ce passage de la Vie de
Solon, peut-être le plus grand et sans contredit le plus humain des Législateurs de l'antiquité :
« Parmi les lois de Solon, il en est une qui note d'infamie quiconque, dans une sédition, ne se déclare pour aucun parti. »
Nuiurque ajoute : « Apparemment, il voulait que nu ne pût se montrer indifférent ou insensible aux calamités publiques... Il voulait que, dès le commencement de la sédition, on s'associât à la cause du plus juste, et qu'au lieu d'attendre de quel côté se déclarerait la victoire, on secourût les gens honnêtes, et partageât avec eux les dangers! »
Athènes, qui avait inventé Y ostracisme, avait donc également trouvé Yéquilibre des partis. Elle cherchait à éviter le désarroi et le despotisme.
L'Empire romain, qui avait une organisation aristocratique avec un couronnement monarchique, ne comportait pas de séditions politiques, mais subissait des séditions militaires.
Dans les temps modernes, l'Angleterre est le mieux constitué des États, grâce à la lutte virile et sage des whigs et dus tories, qui, partisans sincères de la liberté, résolvent le grand problème politique que l'on ne saurait impunément éluder : « Agir ou temporiser, suivant l'opportunité. »
Mais, qu'on ne l'oublie pas, l'Angleterre est la mieux douée des aristocraties. La France, qui, des bras d'une