‹ Les deux folies de Paris, juillet 1870- mars 1871Chapitre 44 sur 66 · LA VRAIE DÉCENTRALISATION · texte numérisé non relu

LA VRAIE DÉCENTRALISATION

Les événements dont nous venons d'être témoins montrent, d'une manière irréfragable, que centralisation et organisation ne sont pas absolument synonymes. La France, qui était sous Napoléon III le pays le plus centralisé de l'Europe, était, en même temps, l'un des moins bien organisés.

11 nous faut, pour conjurer la décadence de la France, Yorganiser au point de vue politique comme au point de vue militaire.

Nous voudrions aujourd'hui, non pas résoudre, mais simplement poser cette question capitale, d'où dépendent notre salut et notre grandeur future.

Nous ne touchons pour le moment qu'à l'organisation intérieure de la République française.

C'est l'administration française que nous avons en vue.

Qu'on ne l'oublie pas, — le préambule de la Constitution de 1852 nous le rappellerait au besoin suffisamment, — l'administration française, telle que nous l'avait léguée le Consulat, servait d'assises au despotisme.

Nous pourrions conclure immédiatement que le despotisme ne sera pour toujours mis en déroute que lorsque l'administration aura été largement modifiée.

On célèbre beaucoup notre incomparable unité française; mais cette unité n'exclut pas un certain morcellement politique qui empêche l'établissement d'une véritable opinion publique.

Lorsque la Constituante, sur la proposition de Sieyès, supprima les anciennes provinces et créa les départements, il fallait faire disparaître des divergences locales qui heureusement n'existent plus.

La division du territoire en préfectures devra être maintenue longtemps encore; mais il y aura lieu probablement à restreindre le nombre des sous-préfectures, qui seraient, dans le nouvel état des choses, des sinécures.

On sait le développement effrayant des sinécures en France. Nous leur ferons la guerre en temps utile.

Dès aujourd'hui, nous disons que les sous-préfectures ne seraient plus que des sinécures, du moment qu'on aurait accordé aux municipalités l'autonomie à laquelle elles ont droit.

Sachons également nous rappeler que ces emplois adini-

nistratifs n'ont été créés qu'à une époque où les communications étaient rares et difficiles, et où il fallait que l'État eût partout des représentants autorisés et sédentaires .

Que de changements sous ce rapport ! Nous avons les télégraphes qui, en quelques heures, transmettent du centre aux extrémités les décisions supérieures de l'Assemblée ou du Pouvoir exécutif. Nous avons les chemins de fer qui, avec une rapidité non moins surprenante conduisent les délégués de l'Assemblée ou du Pouvoir dans la ville qui réclame leur présence.

Il faudra, mais plus tard, songer à reconstituer les provinces, où il sera .loisible d'installer des gouverneurs qui contrôleront les préfets et les empêcheront de s'ériger, comme naguère, en potentats.

On aura à réformer les conseils de préfecture, à organiser des conseils provinciaux, etc.

Ni routine, ni témérité ! telle sera, nous n'en doutons pas, la devise de l'Assemblée nationale et des ministres qui agiront sous son contrôle. Complétons cette devise de la manière suivante : Pas de symétrie hors de propos. Nous-mêmes nous n'avons pas en vue une suppression de tous les sous-préfets de France et de Navarre.

Il conviendra de tenir compte, en tout, de l'opportunité, des besoins permanents ou transitoires, etc. Quand le moment sera venu, nous étudierons, à ce point de vue, uotre géographie industrielle et politique, et nous tire-

rons de cet examen approfondi de précieuses inductions. Nous ne traçons pas un programme. Mais nous serions heureux de voir la presse, redevenue sérieuse et pratique, s'emparer de ces importants objets d'études. Pour engager les lecteurs à s'y intéresser, nous ferons briller à leurs yeux ce mot qui. lui aussi, dans un pays ruiné par des aventuriers, pourrait servir de devise aux hommes d'État sérieux : L'économie bien entendue.

10 mars 1871.

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