‹ Les deux folies de Paris, juillet 1870- mars 1871Chapitre 46 sur 66 · E JEC DE LA REACTION · texte numérisé non relu

E JEC DE LA REACTION

Quand donc ces tristes mots « Révolution, Réaction, » seront-ils rayés de notre langue politique?

La Révolution et la Réaction, ces deux sœurs ennemies, sont nées et mourront ensemble. Elles espèrent bien vivre

et faire longtemps leurs affaires. Nous croyons toutefois que leurs jours sont comptés.

De bonne foi, appellerons-nous Révolution ce qui se passe actuellement à Paris? Des gardes nationaux, au moment où les Prussiens annonçaient leur entrée solennelle dans nos murs, se sont emparés d'un certain nombre de pièces d'artillerie. Les lauriers des traineurs de sabre les empêchaient de dormir. Pour donner un pendant à un type célèbre, ils se sont faits, très-palriotiquement d'ailleurs, traineurs de canons. Puis, quand tout danger a été dissipé, ils se sont installés à poste fixe sur quelques hauteurs, d'où ils veillent, à leur façon, au maintien de la République.

Ces terribles artilleurs n'empêchent point Paris de vaquer tranquillement à ses affaires, mais ils troublent singulièrement le sommeil de la province.

On s'imagine un peu partout que ce sont de nouvelles journées de juin qui se préparent. La frayeur croit en raison directe de l'éloignement de la capitale. Dans la banlieue, on pense qu'il y a quelque chose ; à Orléans et à Amiens, règne une certaine appréhension indéfinissable; à Limoges et à Lille, on prononce tout bas le mot de révolution; à Tarbes et à Saint-Brieuc, on affirme que Paris est foudroyé par l'insurrection ou bien près de l'être. Nous lisons dans le Démocrate breton, journal de la Bretagne républicaine :

a L'insurrection, parfaitement armée, est maîtresse de

la rive droite ou à peu près, et le général Vinoy a dû se retirer sur la rive gauche. La suspension de la télégraphie privée, ordonnée ce matin, confirme la gravité des nouvelles. L.'émotion est grande. Cette infortune manquait à Paris. Malheureusement cela pouvait être prévu. Si les Prussiens n'ont pas désarmé la garde nationale, c'est qu'ils soupçonnaient que, dans les faubourgs livrés à toutes les excitations, à toutes les folies, la guerre couvait, lente, mais inévitable (1). »

Nous osons espérer que les ci-devant traîneurs de canons, quelque flattés qu'ils soient de paraître — à six cents kilomètres des buttes Montmartre — des foudres de guerre, — renonceront à leur jeu puéril ou patriotique (à eux de choisir l'épitlièle qui leur conviendra), pour la raison suivante :

Passer des nuits à la belle étoile, par un temps peu rigoureux, est une épreuve qui ne manque pas absolument de charmes. Procurer des cauchemars au plus bas prix à des millions de Français, est un acte qui sent son gamin de Paris. Mais fournir des armes à la réaction est presque un crime.

La réaction a gardé un silence calculé tant qu'elle a espéré que la République de la Défense nationale, simple intermède, la conduirait où elle voulait aller. Mais voici qu'elle s'aperçoit que la Piépublique est prise au sérieux

(J) Réalisée huit jours plus tard.

par le Gouvernement que l'Assemblée nationale vient de donner à la France. Elle se met donc à épier les signes précurseurs d'un orage; elle a entendu déjà gronder le tonnerre, tellement elle a besoin qu'il gronde; elle dénonce non-seulement les agitateurs forcenés qui lui permettent à elle-même de faire figure, mais encore ceux qui ne jugent pas à proros d'écraser ces agitateurs. C'est elle qui a inventé ce beau mot décapitalisation, sans doute parce qu'il ressemble à cet autre : décapitation.

Décidément la Réaction et la Révolution sont également irréfléchies. Si la Révolution travaille pour la Réaction, la Réaction travaille, elle aussi, pour la Révolution.

Nous qui ne voulons ni de Réaction, ni de Révolution, parce que nous voulons uniquement le règne du bon sens et d» la liberté, nous ne cesserons de nous élever audessus de ces partis égoïstes qui, toujours soucieux de leurs rancunes et de leurs ambitions, n'oublient jamais qu'une seule chose : l'intérêt de la Patricia mars 1871.

lN'l LES DEUX FOLIES DE PARTS

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