‹ Les deux folies de Paris, juillet 1870- mars 1871Chapitre 47 sur 66 · QUELLE REVANCHE · texte numérisé non relu

QUELLE REVANCHE

Nous entendons prononcer, dans toutes les conversations, le mot de Revanche. Ce mot ne nous déplaît pas absolument, mais nous voudrions lui donner un sens raisonnable et nettement défini.

Nous n'oublierons jamais le spectacle que présentait Paris les 26, 27 et 28 février 1871.

Une paix douloureuse, mais nécessaire, venait d'être signée à Versailles par l'éminent patriote qui s'était de toutes ses forces opposé à une guerre fatale.

Les clauses du traité furent bientôt connues des Parisiens. Nous perdions la plus grande partie de l'Alsace et une portion considérable de la Lorraine ; nous payions une indemnité écrasante de cinq milliards de francs.

Mais Paris, qui avait pris naguère pour devise ces mots célèbres : Pas unpouce de notre territoire, pas une pierre de nos forteresses, pas un centime de notre argentl n'eut point, dans cette crise suprême, le loisir de songer à la ruine et au démembrement de la patrie.

Paris se préoccupait exclusivement de l'outrage dont il était menacé.

Trente mille Prussiens allaient défiler devant cette statue de Strasbourg que nos concitoyens avaient si longtemps adorée comme la madone de la République, et qu'ils venaient de recouvrir d'un voile funèbre.

A cette idée, comme on disait dans la vieille langue française, « le sang mua aux Parisiens.» Ils formèrent des barricades au hasard, surtout dans les quartiers où l'armée prussienne ne devait point pénétrer. lisse saisirent d'un parc d'artillerie et promenèrent en tout sens une centaine de canons qu'ils établirent, de guerre lasse, à Montmartre, devenu i'Aventin de Paris.

A minuit, la générale retentit, le locsin fut sonné. On se porta vers quelques maisons de détention, ou l'on élargit deux ou trois conspirateurs de profession. Puis on s'élança à la rencontre des uhlans, qui, disait-on, forçaient, en ce moment même, les barrières.

C'était un désarroi étrange. Quelques-uns criaient, au milieu des ténèbres, le grand mot de la situation : Revanche! Ils expliquaient à la foule des gardes nationaux, qui les écoutaient avec complaisance, qu'une sortie en masse pouvait leur livrer, dans deux ou trois heures, l'un des forts détachés, d'où ils foudroieraient aisément les envahisseurs. C'en serait bientôt fait de l'Empereur- Roi, du Chancelier de la Confédération, du chef d'état-major général, de tous les Prussiens et de tous les Allemands.

Qu'ad vint-il ? Les uhlans, par bonheur, n'avaient point transgressé la consigne. La sortie n'eut pas lieu, car Jes traîneurs de canons, se rabattant sur l'intérieur de la ville, n'eurent d'autre loisir que de continuer, à la Bastille et en d'autres lieux, leurs scènes de violences tragicomiques, tandis que des citoyens affligés déposaient sur les grilles de la colonne de Juillet des couronnes d'immortelles, et que les patriotes les plus dignes de ce nom, ennemis de l'émeute comme de l'ostentation, restaient chez eux absorbés par leur douleur aussi profonde que sincère.

L'armée allemande a fait son fameux défilé sous l'arc de triomphe de l'Étoile.

Venue à l'heure que déterminait la convention de Versailles, elle a battu en retraite à l'heure prévue par cette même convention.

Pendant les qnarante-huit heures qu'ils ont séjourné dans notre enceinte, les vainqueurs ont à peine entrevu les vaincus. Aucun conflit n'a eu lieu, grâce à la prudence des chefs des deux nations.

La grande manifestation parisienne a subi la loi du flux et du reflux. Aujourd'hui, en dépit des munitions dont elle dispose et des tranchées dont elle s'entoure, elle est réduite aux proportions d'une Fronde de carrefour. La disparition subite des Prussiens l'a privée d'une mise en scène indispensable. Elle n'a plus pour adhérents que des désœuvrés qui, dès demain, nous l'espérons, retourneront cultiver leur jardin.

Le récit que nous venons de faire nous permet de saisir sur le vif les deux grands défauts parisiens et même français qui, depuis vingt ans, pèsent si lourdement sur nous :

1° L'orgueil militaire;

2o La légèreté d'esprit.

Nous ressemblons un peu aux Anabaptistes de Munster, ou mieux encore à ces Juifs de la décadence, qui, subissant volontiers la tyrannie des Hérodes, provoquaient maladroitement les armes des Fiaviens, se laissaient assiéger, faute de quelques concessions opportunes, dans Jérusalem, succombaient par la famine, et périssaient jusqu'au dernier, en défendant, dans le Saint des Saints, le Chandelier à sept branches. On le sait, les Juifs ne purent être régénérés qu'après leur dispersion à travers le monde. Ils voyagèrent, apprirent bien des choses, et se firent, non pas cosmopolites, mais, suivant les circonstances, Lombards, Polonais, Portugais, Allemands, etc. Dans ces pérégrinations, ils perdirent jusqu'au fanatisme qui leur avait fait crucifier le Christ. « Faire ses affaires! » tel fut leur mot de ralliement, — en quoi ils ne diffèrent pas essentiellement des Anglais, des Allemands, des Américains, etc., de tous ces peuples enfin pour qui le rôle de victime n'a guère d'attraits. Nous ne croyons pas qu'ils nourrissent encore l'espoir de se venger des Romains, qui ont euxmêmes disparu depuis longtemps. Ici « la revanche » n'aurait point de sens.

11 est bien entendu que nous ne proposons pas aux Français l'exemple des Juifs. Toutefois, le bon sens est toujours de mise, et il ne faut jamais s'enferrer dans des thèses insoutenables.

Les vaincus, à quelque race qu'ils appartiennent, ont toujours une revanche à prendre. Mais quelle sera cette revanche? Cela dépend de mille circonstances, dont les unes ont précédé, les autres accompagnent, les autres enfin suivront la défaite.

Si le désastre provient de l'abaissement des caractères et des intelligences, ce sera prendre une revanche éclatante que de relever les caractères et les intelligences.

Si la ruine de la patrie est due à l'indignité des chefs, ce sera prendre une revanche que de s'évertuer à les bien choisir désormais, afin de n'avoir pas à répéter constamment ce cri, si en honneur chez le peuple dont nous parlions tout à l'heure : « Nous sommes trahis! lapidons-le! » Que si l'on est en présence d'un ennemi qui ne doit sa victoire qu'à la supériorité de ses élats-majors, à l'emploi intelligent de toutes les ressources de la science et à la discipline de ses soldats, ce sera prendre une revanche que de s'assurer tous ces avantages. Mais la revanche véritable, la revanche par les armes, celle que le peuple demandait hier à cor et à cri, viendra-t-elle?

Sans doute. Néanmoins, avant de jouer une pièce, il faut l'avoir composée.

Encore serait-ce une erreur que de considérer l'histoire

comme une série de revanches. A ce compte, les Ty riens, victimes d'Alexandre, les Carthaginois, victimes des Romains, les Anglo-Saxons, victimes des Normands, attendraient encore leur revanche.

Nous-mêmes, nous n'avons pas pris sur les Anglais notre revanche de Trafalgar, de Waterloo et des traités de Paris (1763-1815). Nos voisins nous ont enlevé brutalement nos possessions de l'Inde et de l'Amérique, et nous ne soDgeons même pas à les revendiquer.

11 n'en peut être de même de l'Alsace et de la Lorraine, qui n'étaient pas des possessions lointaines, mais des parties intégrantes de la France.

Toutefois, il y a en politique, comme en médecine, des dérivatifs.

Dans un temps plus ou moins éloigné, l'Allemagne peut, si nous paraissons l'oublier, cesser d'être prussienne. Les cadres de la vieille Europe peuvent, d'un jour à l'autre, se rompre. L'économie politique peut prendre enfin le pas sur le militarisme. Et alors, l'Alsace et la Lorraine, qui, en dépit de nos lamentables défaites de Sedan, de Metz, d'Orléans, du Mans et de Belfort, auront conservé leur position géographique, entre la Meuse, la Moselle et le Rhin, peuvent servir non plus de séparation, mais de lien entre la France et l'Allemagne réconciliées.

Certes, il serait triste de penser qu'après les malheurs accumulés durant ce dernier trimestre, nous dussions

avoir une France abaissée dans une Europe qui ne vaudrait pas mieux que celle d'hier.

Mais il faut se garder de croire que la France ne puisse se relever qu'en exterminant une ou plusieurs nations de l'Europe.

La France recouvrera ce qu'elle a perdu, ou l'équivalent de ce qu'elle a perdu, si elle se montre digne d'un pareil retour de fortune.

Qu'elle sache qu'il y a des vues, ou fausses, ou impossibles à réaliser, ou indignes d'être poursuivies.

Qu'on n'oublie pas non plus que, pour parer à toutes les éventualités, il nous faut une France complète, apte à faire tout ce qu'elle aura le désir ou l'obligation d'accomplir.

C'était une France bien incomplète que celle de Napoléon III ! L'empire militaire et l'opposition humanitaire ne cadraient pas avec les alternatives des événements (la paix ou la guerre).

Voilà pourquoi nous manquions absolument d'organisation.

Tout notre mal est venu de là.

Lorsque deux nations voisines, également prévoyantes, maintiennent au dedans l'accord entre les classes et sont prêtes à repousser toute attaque venant du dehors, il n'y a pas de conflit possible. Mais si une seule s'est assuré ces avantages, celle qui s'en est privée a tout à craindre, car elle est à la fois l'objet de la tentation et du mépris de sa

rivale. On ne croit pas nuire à l'humanité en mettant Lors la loi un peuple qui a perdu le respect de lui-même.

Nous avons, dans tous les cas, un exemple à éviter et un exemple à suivre.

L'exemple à éviter est celui de la généreuse Pologne, qui, s'entétant dans le désir, légitime sans doute, mais aveugle, de prendre sous un bref délai sa revanche, a été, à chaque nouvelle protestation contre ses tyrans, saignée à blanc et finalement terrassée.

L'exemple à suivre est celui de la Prusse parcimonieuse, qui s'est bien gardée de défier immédiatement son vainqueur, mais qui ayant échappé peu à peu à son étreinte, s'est lentement refaite, a substitué au vieil organisme brandebourgeois un organisme allemand aux ressorts d'acier, et l'a, en temps opportun, progressivement mis en mouvement et à l'épreuve. La Prusse est parvenue à grouper autour d'elle toute la race germanique. Pourquoi ne grouperions-nous pas autour de nous (ainsi que nous l'avons indiqué dès les premiers jours de là République) toute la race latine?

Mais une pareille œuvre exige du temps, de l'étude, du sang-froid? Sans aucun doute. Et voilà pourquoi nous craignons qiie la France ne sache pas l'accomplir.

Les amis de la France craignent, et ses ennemis espèrent, qu'elle ne saura pas mettre à profit le répit qui lui est donné; qu'elle ne saura pas travailler, qu'elle ne saura pas réfléchir.

On redoute et l'on souhaite chez le peuple français ce que nous appellerons Yatrophie cérébrale. On le voit tféjà, travaillé par le masaniellisme, se complaire dans le drame, transporté, des ais d'un théâtre et du domaine de la fiction, dans le domaine de la réalité et sur le pavé de nos rues !

Dans cette hypothèse, que nous voulons croire irréalisable, les Parisiens finiraient par tenir le milieu entre les truands du moyen âge et les lazzarone contemporains. Di omen avenant !

La mise ert scène a tout perdu chez nous depuis quatrevingts ans. La prise de la Bastille eût suffi, et largement. Par malheur, nous voulons, à tout prix, avoir des histoires françaises illustrées.

Qu'en est-il résulté? On a fait, non pas les affaires du pays, mais la guerre civile et la guerre étrangère. A l'intérieur, les partis se sont multipliés et perpétués; au dehors, les haines se sont accumulées contre la France. Notre grande Révolution eût pu être le signal de l'invasion de la science dans la foule. Elle n'a été que le signal de l'invasion des barbares dans la vie politique.

Combien plus sensée était la France de l'ancienne monarchie qui, évitant en tout le tragique, écrivait sur les murs d'un cimetière de jansénistes :

De par le roi, défeûse à Dieu De faire miracle eu ce lieu.

Après avoir été pris si souvent au même piège, gardonsnous de recommencer à tout propos notre histoire contemporaine.

Dans le demi-siècle qui vient de s'écouler, que de sottises n'a-t-on pas fait commettre au peuple français en lui jetant le mot de Revanche! qui a le don de l'électriser.

C'est en prononçant ce mot de revanche, qu'au lendemain de l'occupation de Paris par les alliés, Napoléon n'a eu qu'à débarquer en Provence pour faire voler « l'aigle impériale de clocher en clocher jusqu'aux tours de Notre- Dame. » Cette aventure criminelle nous conduisit à Waterloo, dont les lugubres conséquences sont connues de tous; mais Waterloo lui-même donna à la Revanche un attrait encore plus irrésistible.

L'abolition des traités de 1815 devint la thèse favorite du peuple français. Le chauvinisme prit naissance. On ne sut aucun gré aux Bourbons d'avoir par leur médiation opportune sauvé l'intégrité de la France monarchique. On ne leur pardonna pas d'avoir sanctionné des sacrifices inévitables. Par contre, Napoléon, auteur de tous nos désastres, resta éminemment populaire. « 11 s'est assis là ! » répétait-on avec le chansonnier patriote. Les complots bonapartistes furent encouragés par cet état psychologique de la nation française. Louis-Philippe, malgré son admirable bon sens, sacrifia à l'idole populaire^ et raviva, comme à plaisir, les souvenirs les plus palpitants de ce qu'on appelait l'épopée impériale. On ne se contentait pas

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de rapporter son corps sur les bords de la Seine, « au milieu de ce peuple français qu'il avait tant aimé !» on le proclamait hautement « le souverain le plus légitime de notre histoire. »

Doit-on s'étonner que Louis Bonaparte, le neveu du grand homme, ait osé rêver le rétablissement de la couronne impériale à son profit ?

A Strasbourg et à Boulogne, il s'écriait, comme le peuple lui-même : « Revanche ! » Devant la cour des pairs, il se posait non-seulement en prétendant, mais en vengeur: « Un dernier mol, Messieurs. Je représente devant vous un principe, une cause, une défaite. Le principe c'est la souveraineté du peuple; la cause, celle de l'empire; la défaite, Waterloo. Le principe, vous l'avez reconnu ; la cause, vous l'avez servie ; la défaite, vous avez voulu la venger. Non, il n'y a pas de désaccord entre vous et moi, et je ne veux pas croire que je puisse être dévoué à porter la peine des défections d' autrui. »

Peu de jours après, il s'étonnait avec raison d'être enfermé dans la prison de Ham, tandis que les cendres de son oncle étaient reçues respectueusement aux Invalides par le roi qu'il avait voulu détrôner.

On connaît la suite. La nation, s'obstinant dans un faux point de vue, ne voulut pas avoir d'autre président de la République que l'héritier de la défaite de Napoléon.

Contraint de faire le modeste pour ne pas effrayer les

pacifiques de la France et de l'Europe, il saisit la couronne impériale en prononçant ces mots célèbres : « L'Empire, c'est la paix ! »

Mais Napoléon III et le peuple lui-même savaient bien que empire ne serait jamais synonyme de paix. Le dixneuvième siècle, à son déclin, ne permettait plus une guerre perpétuelle et universelle; le nouvel empereur, dont l'idée fixe était bien de détruire les traités de 1815, conçut le projet de venger, non pas en bloc, mais en détail, les injures de Napoléon Ier.

Napoléon III eut la satisfaction de prendre sa revanche de la Russie. Il prit aussi sa revanche de l'Autriche. Il songea ensuite à la Prusse et aux bords du Rhin. Mais des expéditions lointaines ayant entraîné loin du théâtre de l'action une grande partie de ses forces, il imagina de faire battre la Prusse et V Italie par l'Autriche. Il avait déjà, au grand effroi des puissances, proclamé que les « traités de 1815 avaient cessé d'exister. » Lorsque M. Thiers, dans un mémorable discours, conjura la Chambre de ne pas aggraver ces odieux traités en en poursuivant, per fas et nef as, la radiation, Napoléon III prit, à Auxerre, sa revanche de M. Thiers. et du bon sens: « J'ai envers le département de l'Yonne une dette de reconnaissance à acquitter. Il a été un des premiers à me donner ses suffrages en 1818: c'est qu'il savait, comme la grande majorité du peuple français, que ses intérêts étaient les miens, et que je détestais comme lui

les traités de 1815, dont on veut faire aujourd'hui Tunique base de notre politique extérieure. »

Les guerres de 4866 et de 1870 ont atteint le but que se proposait l'empereur. Les fameux traités ont été abolis. Mais les sinistres pressentiments de M. Thiers, à leur sujet, se sont réalisés. Et aujourd'hui, quel est le Français qui n'éclaterait de joie, si on lui disait que les traités de 1815 vont être pour toujours remis en honneur?

Il ne s'agit guère de cela pour le moment. Il s'agit de subir, tant que la nécessité V exigera, le traité de Versailles, qui nous enlève des provinces réunies à la France, non point par la Révolution, mais par la monarchie.

Nous le savons, ce n'est pas Napoléon III qui se chargera de nous répéter d'une manière intempestive le mot de revanche ! Dans sa bouche, ce mot ne serait que ridicule. Mais nous avons, par malheur, un stock de néo-bonapartisme alimenté par le jacobinisme.

Un certain journalisme nous écœure et nous alarme. A cette devise: « Revanche immédiate, » il en ajoute une autre : « Récriminations perpétuelles. » Il lance à tout propos le mot de « trahison! » Il ne cesse de répéter que si tout est perdu, c'est que, avant Sedan, il y avait un traître qui s'appelait Napoléon III, et, après Sedan, un autre traître, qui s'appelait Trochu; ne voyant pas que, dans notre décadence, Napoléon III et Trochu étaient

i. 6 mai 1866.

plutôt des accidents et des symptômes, que des causes. Quant à dire au peuple son fait, nul de ces bravi ne l'ose. Tous veulent conserver leur clientèle d'acheteurs et de dupes.

Après avoir — vers la fin de l'Empire — dévoré les contes bleus sur la guerre, du Gaulois et du Figaro, on s'arrache le Vengeur de M. Pyat, le Cri du Peuple de M. Vallès, le Mot d'Ordre de M. Rochefort, le Dernier mot de M. Blanqui '. Mauvais titres ! mauvaise marchandise! Le Dernier mot est suivi de beaucoup d'autres. Le peuple, criant, sans préparation suffisante, est exposé à braire; s'il se venge sans discernement, il peut tuer ses meilleurs amis; et s'il prend un faux mot d'ordre, il tombera encore u^e fois aux mains de la Prusse.

Cette troisième République française qui, longtemps captive des Hohenzollern, a, comme le chevaleresque François Ier, perdu tout, sauf l'honneur, — elle peut, si elle est, à l'instar du roi des gentilshommes, corrigée par le malheur, se fonder et durer. Elle doit pour atteindre ce but se proposer deux choses : 1<> bien déterminer les attributions du suffrage universel et l'instruire, afin qu'il remplisse dignement son rôle; 2° dissoudre les anciens partis politiques, afin que les forces du pays s'additionnent au lieu de se diviser.

Nous n'avons que quelques observations à faire sur ce

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