‹ Les deux folies de Paris, juillet 1870- mars 1871Chapitre 5 sur 66 · LES BEVX FOLIES DE PARIS · texte numérisé non relu

LES BEVX FOLIES DE PARIS

de l'étude comparée de la France et de l'Allemagne contemporaines, qu'il y avait en présence deux organisations absolument inégales, nous avons pensé que tout serait compromis si l'on ne coupait pas court à la guerre. Or, on n'eût pu couper court à la guerre que si les Chambres avaient proclamé la déchéance de l'Empereur qui devait, coûte que coûte, par nécessité plutôt que par conviction, la continuer. Cette réforme n'ayant pas été opérée, nous espérions du moins que la République, venue un mois trop tard, préférerait, malgré les cris d'une multitude affolée, une paix nécessaire à un désastre certain. L'enthousiasme populaire qui n'a rien à voir avec le discernement des hommes d'État , inspira aux membres du Gouvernement de la Défense un programme fastueux qui n'avait qu'un tort, celui d'être inexécutable.

On s'engagea dans une malencontreuse imitation de 92 (du 92 légendaire). Nous protestâmes dés lors contre ces tendances fâcheuses, où 1 on vit se complaire successivement, par l'effet de leur ignorance, l'Opposition, le Journalisme populaire, l'Empereur, la Chambre, le Sénat, la Régente, plus tard la Défense Nationale et la Délégation de Tours et de Bordeaux. Nous suivions, en quelque sorte, jour par jour, la rapide déduction des événements , et nous voyions avec douleur le peuple et le Gouvernement de Paris s'enferrer dans ia politique de l'impossible.

A la nouvelle de Sedan, il nous parut évident que la dé-

faite venant s'ajouter au mépris, les pouvoirs légaux allaient tomber d'eux-mêmes.

Les pouvoirs légaux, tous les premiers, en jugèrent ainsi. Ni le Corps législatif, ni le Sénat, ni l'Empereur, ni la Régente ne firent rien, soit pour continuer la gnerre, soit pour conclure la paix, soit pour se défendre eux-mêmes. Ils semblèrent considérer comme une bonne fortune de pouvoir s'évanouir. Ils comprenaient, sans doute, qu'à partir de ce moment il ne leur restait plus de chances que celles qui pouvaient leur venir plus tard des fautes de leurs successeurs.

Leurs successeurs, ne justifiant que trop ces prévisions machiavéliques, ne surent pas, faute de science politique chez les uns, faute d'énergie chez ceux qui avaient la science, chercher la transaction voulue entre les désirs du peuple des grandes villes qui étaient dans un sens, ceux du peuple des campagnes qui étaient dans un autre, et les réalités qui, sans tenir compte des désirs de personne, dominaient la situation. Hésitant également devant la paix et devant la guerre, ils ne virent pas qu'il fallait sans délai substituer à un parlement disparu une Assemblée nationale qui eût assumé la responsabilité. Tandis que la pression des masses, à Paris, les forçait de parler sans cesse, la nature des choses, qui lors même qu'elle échappe aux regards est bientôt rencontrée et touchée du doigt, les empêchait d'agir conformément à leurs discours, dont le ttm était précisément l'action. Ils se condamnèrent

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