LE REMÈDE — PAS DE SOLUTION PRUSSIENNE
Réduite à l'imitation intelligente de l'histoire, la méthode politique préconisée par Machiavel serait encore bien imparfaite, si elle ne s'appuyait, dans certains* cas, sur la psychologie et la physiologie
Prétendre appliquer la psychologie et la physiologie à l'étude de l'histoire et de la politique, est une entreprise qui faisait sourire naguère nos philosophes et nos médecins. N'en soyons pas surpris. Nos philosophes, tout entiers à leur tâche de vulgarisateurs, ignorent le précieux trésor dont ils sont les détenteurs, et nos médecins, bien plus profonds à coup sûr, ont une sphère d'action qui n'excède pas encore les limites d'une ambulance ou d'un hospice d'aliénés.
Nous aurions voulu, en histoire et en politique, contribuer à opérer la révolution que Sainte-Beuve avait accomplie avec tant de succès dans la critique.
L'Histoire de l'empereur Héraclius et de V empire byzantin au VIIe siècle n'avait pas d'autre but.
Des hommes de mérite, voués à l'érudition en vue d'elle-
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même ne comprirent pas cette érudition en vue de la science politique.
Nous n'en suivîmes qu'avec plus de détermination la voie où nous nous étions engagés* C'est ainsi que nous nous trouvâmes suffisamment préparés lorsque commença la crise nationale que nous traversons.
Nous ne rappellerons pas ici les conseils que nous avons donnés en temps utile, à chaque nouvelle phase du sfége de Pans, conseils méconnus sans cesse, parce que personne, dans le Gouvernement et hors du Gouvernement, ne possédait les vrais éléments de la science politique.
Quand la capitulation de Paris termina brusquement une guerre qui avait duré, contre toute raison, un semestre, nous nous posâmes cette grave question :« Quelle sera la conséquence de cette terminaison si tardive, mais néanmoins si imprévue pour la foule ? »
Nous vîmes qu'il y avait là un grand problème.
Voici quels étaient les éléments qui se trouvaient en présence :
1° A Paris et dans les grandes villes, deux classes qui ont eu jusqu'ici le tort de se traiter réciproquement en ennemies : les bourgeois empressés de revenir à leurs anciennes habitudes, et les ouvriers ne sachant comment abandonner leurs nouvelles habitudes: les premiers absents, ou désarmés, ou frappés d'ataxie; les autres dé-
senchantés, surexcités par la défaite même, besogneux et défiants.
2° Dans les campagnes, des propriétaires, des paysans ahuris, ayant cru, lors du dernier plébiscite, semer la paix et ayant effectivement récolté la guerre, saisis à la gorge comme par un recors et entraînés malgré eux sur les champs de bataille, — toujours d'accord néanmoins, parce que si les propriétaires répètent que l'on ne doit pas s'occuper de politique, les paysans ne savent même pas ce que c'est que la politique.
3° Dans les campagnes comme aux portes de nos grandes villes, les armées allemandes.
Les élections pour l'Assemblée nationale eurent lieu. Nous vîmes aussitôt que Paris ne pardonnerait pas au Gouvernement de la Défense nationale de s'être laissé battre, et que la province ne pardonnerait pas à Paris d'avoir provoqué la lutte à outrance. De cette double disposition d'esprit, il résulta que Paris fit des choix révolutionnaires, et que la province fit, au contraire, des choix réactionnaires. L'antipathie qu'elles éprouvaient l'une pour l'autre redoubla. Tout ce que nous avions prévu de longue date se réalisait '.
L'Assemblée nationale, qui était, considérée dans son ensemble, le produit d'une réaction fatale, se réunit à
1. Voir plus haut le chapitre intitule : Sauvons l'unité française et la République.
Bordeaux avec la détermination bien arrêtée : lo de conclure la paix ; 2o de rétablir la monarchie.
Elle avait cent fois raison de vouloir, malgré Paris, couper court à la guerre ; elle avait cent fois tort de vouloir, malgré Paris, éluder la République. En effet, notre fureur belliqueuse était, comme on peut bien le voir, un phénomène aussi accidentel que transitoire, tandis que notre attachement à ia République était profondément ancré. Résignés pour la plupart à la paix, nous ne doutions pas que le régime républicain ne dût être la récompense de nos grandes souffrances et de nos immenses sacrifices.
Tant que l'Assemblée nationale ne s'occupa que du rétablissement de la paix, personne ne contesta son autorité. Elle-même se conduisit avec un grand bon sens et un grand patriotisme.
Mais une fois le traité de Versailles ratifié, de sa première préoccupation. : la paix, elle passa à la seconde : la monarchie. Elle commit alors fautes sur fautes, et on lui dit qu'elle ne pouvait pas être constituante. Nous prévoyions et nous voulions empêcher la grande crise dont nous sommes les témoins, lorsque, le 21 février, nous disions : Plus de partis politiques en France I Rallionsnous à la République; — lorsque, le 6 mars, nous restions fidèles à Paris capitale; — losque enfin, le 13 mars, en face de la révolution qui s'agitait, nous dénoncions le jeu de la réaction.