LES DETX FOLIES DE PAT'.IS
L'Assemblée avait, durant les négociation*, accordé pleine confiance à M. Thiers, qui, avant les hostiliu-s. avait prévu tous nos àésustres? a M.. Erue6t Picard, qui avait conseillé d'une manière si opportune la paix après Sedan et après Metz; enfin à M. Jules Favre, qui avait ménagé un armistice salutaire.
ja elle ne tarda pas à s'impatienter quand elle vit M. Tliiers par expérience. M. Ernest Picard par un partait bon sens, M. Jules Favre par une inébranlable conviction, décidée à maintenir la République. Le pouvoir exécutif, qui ne voulait à aucun prix entendre parler de décapitalisation, avait in extremis consenti à priver le Palais-Bourbon de -ies hoirs de rigueur. Il accorda aussi à grand'peine a ses maîtres le renouvellement de l'état de . la suppression de certains journaux, et une action vigoureuse et prompte contre Montmartre.
Certes, on ne saurait lui reprocher d'avoir installé
semblée a Versailles, puisqu'il n'était pas assez fort
dans Paris pour la soustraire a un attentat. Mais il a
montré une grande irréflexion quand il a voulu de liante
lutte supprimer \! insurrection passive.
Il y a deux jours, sous ce titre : Aujourd'hui et demain, nous avons énuméré les raisons qui devaient empêcher le -d'un coup de main légal mais inopportun. Xous ne reviendrons pas sur ce sujet.
On a dit que l'Assemblée et le pouvoir exécutif se seraient déshonorés s'ils avaient traité lu maladie de Paris
par la douceur. C'est là une fausse manière de raisonner. En effet, les médectoi mettent leur point d'honneur non pas a employer des remèdes violents, mais à guérir ceux qu'ils sont chargés de soigner. Les hommes d'Etat, qui
sont des médecins politiques, doivent à tout prix éviter la méthode de Strafford, qui prétendait « faire rentrer à coups de fouet ses adversaires dans le bons sens. ><
L'Assemblée, depuis la retraite du Gouvernement à Versailles, s'est encore méprise plus d'une fois. Le dédain avec lequel elle a accueilli les cris de Vive la République ! pouvait avoir les mêmes conséquences que le fameux banquet des gardes du corps. Elle n'a pas su trancher avec décision la grande question pendante, celle de l'organisation de Paris.
Nous adressant au pouvoir légitime de Versailles et au pouvoir usurpateur de Paris, nous leur dirons : Laissez là vos rancunes mesquines. N'oubliez pas qu'au milieu du conflit entre la France et sa capitale, l'arbitre, que dis-je? le maître serait fatalement l'empereur d'Allemagne, si un accord raisonnable et rapide n'éloignait pas un danger de plus en plus menaçant. Le Comité central n'a pas qualité pour imposer des conditions à la Erance ni môme à Paris. Mais l'Assemblée est mise en demeure par les circonstanees de faire les concessions que l'intérêt général réclame. Qu'elle accorde à Paris une municipalité investie d'attributions larges, mais nettement définies; une constitution de la garde nationale qui, sans mettre les pouvoirs de
l'État à la merci de quiconque saurait forcer les portes de l'Hôtel-de- Ville, assure la liberté et la dignité des citoyens. Que le maintien provisoire de la solde, la prorogation des échéances, la diminution notable des loyers, prépare, au lieu de l'entraver, la reprise du travail. Que les élections soient fixées à une date qui, sans concorder avec celle du Comité central, se trouve néanmoins très-rapprochée.
Qu'on agisse ! La Prusse, qui avait fini par reconnaître la République et l'indépendance française, peut céder à une inquiétude réelle ou à un calcul machiavélique. Cette France, déjà démembrée, devenue bientôt insolvable, elle peut vouloir la garder tout entière. Le moment est venu de redire avec gravité ces mots forcenés : « Catilina est aux portes de Home, et l'on délibère t » et de lancer, avec une variante terrible, la fameuse apostrophe de Mirabeau ? « La Prusse est là; elle menace de consumer vous, vos propriétés, votre honneur : et vous délibérez ! »
26 mars 1871.