‹ Les deux folies de Paris, juillet 1870- mars 1871Chapitre 58 sur 66 · I. E VRAI SENS DE LA RÉVOLUTION DE l · texte numérisé non relu

I. E VRAI SENS DE LA RÉVOLUTION DE l

Composés d'hommes politiques éminents, grâce à une véritable sélection sociale ; saisis de questions pressantes,

mais longuement étudiées, les États-Généraux transformés en Assemblée constituante avaient accompli à Versailles, pour le compte de toute la France, une révolution qui aurait pu être aussi féconde qu'elle était nécessaire. Par l"abolition des privilèges, des coutumes, des corporations, des corvées, ils affranchirent non-seulement la bourgeoisie, comme le répètent aujourd'hui les démagogues, mais encore les ouvriers et les paysans. Le grand principe moderne fut posé : l'égalité. Mais il aurait fallu lui donner un sens.

Malheureusement, excité par des novateurs fanatiques, le peuple, surtout à Paris, se mit à jouer, dans les rues, un drame sanglant. Il crut follement que les journées du 20 juin, du 10 août, du 2 septembre, du 21 janvier, du 3 1 mai, etc., le conduisaient à l'égalité. L'idée de niveler les classes sous la hache du bourreau trouva de nombreux partisans. Mais le but ne fut pas atteint. On ne réussit qu'a immoler, immédiatement après le roi et les seigneurs, les auteurs de la Révolution, qui seuls auraient pu en maintenir et en développer les résultats: les Malesherbes, les Bailly, les Vergniaud, etc. On alla jusqu'à sacrifier l'élite des savants et des littérateurs : Lavoisier, André Ghénier, etc.

La réforme politique et sociale fut noyée dans le sang. A l'issue de la Terreur, il n'y eut plus qu'un seul régime durable, le despotisme. On continua de parler avec emphase de la l'évolution de 1 7 8 0 ; on eut même la préten-

tion d'affranchir les nations de l'Europe du joug qui pesaient sur elles.

Cette Révolution nouvelle dont se chargea Napoléon Bonaparte n'eut pas, même un seul jour, le sens commun Des serfs, forcés ou volontaires, entreprenant de délivrer le genre Immain par le massacre du genre humain : quoi de plus absurde et de plus navrant? Ainsi comprise, la révolution devait provoquer la réaction, non-seulement en France, mais en Europe. Il nous fut dès lors impossible de nous retrouver nous-mêmes. Nous devînmes parlementaires, non pas par choix, mais par impuissance, par anémie. Toutes les fois que nous nous senttmes rétablis ou convalescents, nous eûmes hâte de recommencer notre tragique histoire. 11 suffit de rappeler ces dates funèbres : 1815, 1848, 1 870. Nous perdîmes complètement de vue le développement régulier de nos ressources matérielles intellectuelles et morales, que l'égalité bien entendue nous eût assuré.

Quelle est donc cette égalité qui n'a été encore ni appliquée ni même définie? Est-ce l'égalité devant la loi? Il y a Longtemps qu'on ne s'en occupe plus, tellement elle est ■•• dans nos mœurs.

Est-ce l'égalité en dehors de la loi? Évidemment non, car nos révolutionmiires modernes, qui bouleversent à leur gré la loi, prétendent que l'on se conforme à celle qu'ils décrètent illégalement.

Eetree l'égalité du savant et de l'ignorant, de l'oisif et du

travailleur? C'est là, en effet, l'égalité à laquelle, à travers des chemins tortueux, tendent les communistes. Mais ce n'est pas là notre égalité, celle qu'impliquait la Révolution de 4789.

La véritable égalité, c'est celle qui, après avoir, dans la nuit du 4 août, supprimé tous les avantages et toutes les infériorités qu'entraînait une noble ou une basse extraction, assurerait à l'universalité des citoyens le bénéfice d'une instruction complète.

Ainsi comprise, l'Egalité mettrait en valeur tous les individus, les forcerait à produire, au profit de l'État comme à leur profit personnel, l'œuvre dont ils sont capables. Avec cette égalité, point de déclassés, mais un classement rigoureux d'après l'intelligence et l'activité de chacun.

On aura beau dire : Substituons le prolétariat aux lieu et place de la bourgeoisie. C'est en vain que vous voudriez transformer, par le fait duu coup de main victorieux ou d'un acte illégal, un maçon en professeur de belles- lettres, un paysan en magistrat. Mais vous pouvez, si vous êtes vous-même assez instruit et assez dévoué, élever l'ouvrier et le paysan, ou les fils du paysan et de l'ouvrier, au-dessus de leur sphère primitive. Si cette émulation se généralise, il en résultera, en vertu d'une loi économique bien coi m u<', une libre concurrence. Il y aura, à chaque nouvelle génération, un va et vient continu de bas en haut et de haut en bas. Les capacités, en quelque lieu que la nature les ait placées, se développeront et perceront. Su-

peras evadere ad auras. C'est ce que nous avons appelé la sélection sociale par la science.

Que nous sommes loin de la routine ! En dehors de quelques esprits supérieurs auxquels on fera, à moins d'une subite illumination, la part la plus petite possible dans l'État, nous ne voyons que des partis inégalement violents, mais également arriérés :

1° Les réactionnaires, vulgairement appelés cléricaux, qui voudraient rasseoir l'Europe sur ses anciennes bases : papauté, église, droit divin, privilèges, etc. Ils n'oublient qu'une chose : à savoir que le monde marche, et que les morts eux-mêmes vont vite.

2<> Les conservateurs, qui, en France, ne savent en réalité rien conserver, qui n'ont pas su empêcher la guerre, conclure la paix à temps, être présents au moment critique, et faire signifier à la République quelque chose.

3° Les jacobins, qui croient que la force brutale résout les problèmes politiques, et dont le premier dogme est que, pour arriver à leurs fins, ils ne doivent garder ni foi, ni loi, ni raison.

4o Les socialistes, qui supposent résolu ce qui est précisément en question, cette égalité que nous définissions tout à l'heure.

Les humanitaires, dont la vague sentimentalisme ou la rhétorique forcenée déclame toujours et jamais ne raison ne:

Les réactionnaires et le? conservateurs n'ont pas les mé-

mes tendances, mais ils s'unissent quand les jacobins et les socialistes, qui n'ont pas les mêmes aspirations, sont déjà coalisés. Les humanitaires servent, suivant les circonstances, d'appoint aux uns ou aux autres.

Au point de vue de l'éducation et de l'esprit, les réactionnaires, les jacobins, les socialistes, les humanitaires, sont plus distingués que les conservateurs. Ils ont à leur service des théories essentiellement fausses, mais fortement conçues et enchaînées. Mais les conservateurs ont au moins pour eux une certaine dose de bon sens. « Le bon sens, disait Descartes, est la chose du monde la mieux partagée. »Cela n'est plus vrai dans la France du xixe siècle

Quant à nous, nous le déclarons hautement, nous ne sommes ni réactionnaire, ni conservateur, ni humanitaire, ni jacobin, ni socialiste. Si nous appartenions à l'un de ces partis, nous irions à Vécole. Nous n'hésitons pas, après l'explication préalable, à nous déclarer tgaîisaieurs. Nous voulons l'égalité devant l'instruction et devant la science, c'est-à-dire que nous demandons purement et simplement l'application du grand principe posé par la Constituante.

30 mars 1871.

2oi LES DEUX FOLIES DE PARIS

AUJOURliHUI ET DEMAIN

Nous n'avons jusqu'ici rencontré personne qui ait compris le moins du monde l'étrange spectacle que nous avons sous les yeux.

G est que pour comprendre ce spectacle, il faudrait être à la fois un historien, un physiologiste et un psychologue profond.

On ne s'est pas rendu compte de l'énervement physique et moral qui devait nécessairement suivre l'épreuve horrible que nous venons de subir.

Nos politiques, soit qu'ils aient assisté au siège de Paris, soit qu'ils le connaissent par ouï-dire, auraient pu, sans être des psychologues ni des physiologistes, mais à la condition d'être historiens, prévoir, préparer ou prévenir les événements.

Nous avions réfléchi depuis longtemps déjà sur la crise politique et sociale désignée, dans nos annales, sous le nom de guerre des Armagnacs et des Bourguignons. On le sait : la bataille d'Azincourt venait d'être livrée. Les Anglais victorieux étaient maitres de Rouen et

s'avançaient vers Paris. Les dissensions civiles n'en suivaient pas moins leur cours. De hardis coups de main jetaient tour à tour hors des murs ou ramenaient dans la capitale et les Bourguignons et les Armagnacs.

Tout était possible en France alors comme aujourd'hui. A la tète de la Commune, le bourreau Capeluche remplaçait le boucher Caboche. Le tiers-état, mécontent dïin gouvernement qui avait subi une défaite honteuse et qui s'apprêtait à signer une paix nécessaire, laissait passer avec une égale indifférence la justice du roi et la justice du peuple. Le Bourgeois de Paris, chroniqueur bien connu, retraçant une émotion, ou, pour nous servir de son expression, une alarme comparable à celle dont nous sommes les témoins ahuris, s'écrie : « Et n'estoit homme nul qui. en cette nuyt ou jour, eust osé parler de raison ou de justice, ne demander où elle estoit enfermée. »

Nous voudrions indiquer d'une manière aussi succincte que précise : 1° ce qui a rendu possible la révolution éphémère du 1 8 mars : 2« ce qu'est le Gouvernement non moins éphémère de l'Hôtel-de- Ville; 3° ce que sera définitivement, à l'issue de la crise que nous traversons, le Gouvernement que l'Assemblée a donné à la France.

I. Les causes qui ont provoqué la révolution éphémère du 1 8 mars sont les suivantes :

1° Vataxie où nous a plongés un siège long, pénible et malheureux :

2o Le ressentiment de la défaite ;

3° La difficulté d'une reprise générale du travail, étant données les habitudes nouvelles contractées, la fatigue nerveuse et rabattement des âmes;

4o La grave question des échéances, qui, en menaçant J'immense majorité des citoyens d'une ruine immédiate, les désintéressait, pour ainsi dire, du maintien de l'ordre dont ils n'avaient que faire ;

5° L'ajournement de la République;

6o La décapitalisation ;

7o L'emploi que l'on a fait à la légère des moyens énergiques contre ce que nous avons appelé l'insurrection passive de Montmartre, lorsqu'on avait à sa disposition un remède lent mais infaillible, le seul que nous ayons conseillé d'employer, la lassitude.

Obéissant aux inspirations de l'Assemblée nationale, très-patriotique, à coup sûr, mais mal renseignée sur l'état de Taris, le Pouvoir exécutif a voulu procéder au rétablissement de l'ordre avec une armée démoralisée, sans avoir groupé préalablement autour de lui la garde nationale, composée en majorité d'hommes d'ordre et de sens, mais qui, à ce moment même, se reposait intra muros ou extra mur os.

On le voit, l'insurrection du 4 8 mars sVst accomplie dans les mêmes conditions que le scrutin du 8 février. La plaie s'étant aggravée en quarante jours, on a eu, au lieu d'un simple vote de défiance, une protestation armée.

Triste cl bien condamnable protestation, à coup sûr, et

qui, comme la Fronde contre Mazarin, se terminera par la réintégration sans conditions (mais non sans concessions) de l'autorité légitime.

Trois cents entrepreneurs de la misère publique ont réussi à ameuter trois cent mille ignorants en leur répétant cette devise magique :

« Revanche! Droit à la solde! Commune! République sociale en France et dans l'univers. »

Mais le vigintivirat, qui n'est pas sans se rendre compte de la situation, s'est trouvé bien vite embarrassé de sa victoire. Bien qu'il fût installé à l'Hôtel-de-Ville, les Prussiens n'en étaient pas moins aux portes de la capitale, maitres d'une partie de nos forts et de toutes nos routes : la revanche n'avait donc aucun sens.

Il en était de môme du droit à la solde, puisque les caisses étaient à peu prés vides.

Il en était de même de la République sociale en France et dans tout l'univers, car la France, qui pense tout autrement, mettait Paris en quarantaine, refusant de correspondre avec lui, même par le télégraphe.

Quant à l'univers, ou, si l'on veut être tant soit peu modeste, à l'Europe, l'Europe a montré depuis longtemps que le sort de la France impériale,monarcbique ou républicaine, lui était assez indifférent. Mais restait la Commune. Voilà pourquoi MM. Assi et consorts sont venus nous dire, à la stupéfaction de leurs adhérents : Nous ne ferons la guerre ni à la Prusse ni à la France. Nous n'imposerons la Repu-

blique sociale ni à la France ni à l'Europe. Nous ne pillerons point Paris. Tout au plus ferons-nous des réquisitions; car il faut que le peuple vive, même quand, par notre faute, il ne travaille pas. Paris sera une commune indépendante, une ville libre, étrangère à la France, au milieu de laquelle je ne sais quel sot hasard l'a placée. En cela, elle n'aura les avantages ni de Hambourg, ni de Brème, ni de Lubeck. Elle aura plutôt les inconvénients de Francfort que la Prusse vient d'englober. Mais qu'importe ! Si notre projet se réalise, Paris se dépeuplera infailliblement, et nos boulevards pourront devenir des champs de culture. Votre bonheur, dans tous les cas, sera sans égal, car vous aurez pour dictateurs les chefs de l'Internationale, Assi et consorts ! »

Vraiment, il ne valait pas la peine de faire tant de bruit pour si peu de chose! Nous craignons qu'un si mince profit ne paraisse, même aux plus fervents, trop chèrement acheté au prix de l'assassinat de ce républicain intègre qui fut par deux fois commandai) l supérieur de la garde nationale. La mort de Clément Thomas, nous ne cesserons de le répéter, même sous la menace de ses assassins, est comparable à celle de l'amiral Coligny. Elle eût pu être le prélude d'une Saint-Barthélémy de la démagogie, si Vataxie, à défaut de bon sens publie, ne s'y fût opposée.

Le comité de la Fédération, qui siège à l'IIotel-de- Ville, n'existe pas et n'a jamais existé pour nous. Nous appe-

LA CRISE ÏB9

Ions de tous nos vœux le retour du Gouvernement de l'Assemblée nationale. Il n'a pas chancelé un seul instant en France. Le supposant rétabli, même à Paris, nous lui dirons : Nous vous avons signalé avec autant d'impartialité que de déférence les fautes commises. Nous vous tracions, il y a un mois, une nouvelle théorie politique que vous avez trouvée trop savante, et qui concluait ainsi : « Les partis, disparaîtront, ou la France disparaîtra. » Vous ne nous avez pas écoutés alors, car vous conserviez encore des arrière-pensées de restauration monarchique. Aujourd'hui, la vérité politique éclate à tous les yeux. Vous comprenez qu'entre les grandes villes trop révolutionnaires et les campagnes trop réactionnaires, il n'y a plus qu'un lien possible : la République. La République, pour les hommes d'affaires, sera une cote mal taillée. Pour la plupart de nos représentants, la République sera un mariage de raison. Or, la raison, qu'on ne l'oublie pas, est de mise partout, même dans le mariage. Tirons la leçon des événements. Un simple si^ne de vie donné par l'orléanisme a mis le socialisme en branle.

Nous ne voulons ni de l'un ni de l'autre. Nous repoussons tout, sauf la République modérée et parlementaire, qui n'est pas un parti, mais une solution impliquée par les données de la situation.

Nous disons République parlementaire, qu'on l'entende bien, et nou république sociale ou République cléricale. Nous demandons la République telle que la comprennent

ceux qui veulent, outre le respect de tous les droits, la libre discussion des idées, un contrôle rigoureux des affaires de l'État et la diffusion des lumières.

Nous dirons plus particulièrement au pouvoir exécutif : « Vous hésitiez à faire des réformes administratives sérieuses, et l'on pouvait croire que les vieux errements du Consulat et de l'Empire auraient vos préférences. Surtout vous vous attardiez aux questions de personnes. La vieille tactique parlementaire, avec son éternel balancement de partis disposant chacun d'un personnel complet, troublait un peu votre admirable sens pratique.

» Avocats, vous ne vouliez guère vous entourer que d'avocats. Hommes d'Etat, il vous fallait un cortège d'hommes d'Etat héréditaires. Des amitiés anciennes ou récentes vous semblaient le plus solide fondement de votre édifice politique. Quant aux pures capacités, on pouvait croire que vous vous contenteriez de leur donner, de temps à autre, en tapinois, des audiences secrètes, ou que vous leur réserveriez les emplois subalternes et les sinécures. Vos illusions sont, je l'espère, dissipées. Aussitôt le calme rétabli, vous réunirez autour de vous une élite digne de vous seconder.

» Vous lui donnerez voix au chapitre. Ce n'est pas avec vous (car vous n'avez jamais été hérétiques à ce point) que nous verrions, comme sous le bonapartisme et sous la démagogie, L'incapacité native ou héréditaire mise en demeure de sauver l'Etat. Mais, perfectionnant votre mé-

thode, déjà excellente, vous nous donnerez, à côté de la représentation populaire, ce que nous avons appelé déjà la sélection politique par la science. Le savoir et le sens politique, voilà ce que vous demanderez désormais uniquement à vos collaborateurs. »

•2 3 mars 1871.

Pour tout esprit qui sait réfléchir, la guerre et la Commune se présentent comme deux ordres de faits enchaînés l'un a l'autre. A chaque acte du drame militaire correspond, par une série de contre- coups, un progrès de plus en plus marqué de la propagande et de l'action démagogiques. Sadowa avait déterminé une recrudescence de passions radicales qu'on peut suivre à la piste, dans la presse, dans les clubs, et dans les manifestations populaires, durant les années écoulées de 1867 à 1870. Reichshoffen (6 août 1870) avait déraciné l'autorité impériale. Sedan la renversa (4 septembre 1870).— Jusqu'alors on était resté honnête. — La capitulation de Metz amena à la surface tous les éléments impurs (3 1 octobre 1870). Le gouvernement ayant concédé aux émeutiers la continuation de la guerre, nécessaire à leurs secrets desseins, on eut un répit jusqu'aux désastres suprêmes (22 janvier

1871). — Le bombardement, la famine, la promenade triomphale des Prussiens à travers les Champs-Elysées, la décapitalisation de Paris, les menaces de l'Assemblée à l'adresse de la République, le départ eu masse des Parisiens paisibles coïncidant avec l'irruption daus la capitale d'aventuriers et de bandes cosmopolites, toutes ces causes, issues elles-mêmes d'une autre cause générale qui les contenait toutes en principe : la continuation de la guerre furent enfin assez puissantes pour donner la vie au fantôme de la Commune. Le 18 mars (1871) fut comme le confluent où tout ce qui précédait vint aboutir.

On aurait pu diviser et mener perdre ce courant bourbeux et torrentiel. Il fallait, avant tout, prévenir la coalition des malades et des scélérats. Le problème, de politique dans la première période, était devenu purement psychologique. Mais à de faibles politiques pouvait-on demander d'être des psychologues ? — Tout l'effort de l'autorité gouvernementale sembla se borner à marquer, pour ainsi dire, sur le cadran, le jour et l'heure de la catastrophe. On lui doit la date du 18 mars.

Dans la première phase des événements, quand le problème était surtout politique, nous avons soutenu la nécessité, au 4 septembre, de convoquer une Assemblée et d'engager immédiatement des négociations directes avec l'Allemagne, — au 31 octobre, d'accepter l'armistice que conseillait M. Tbiers. On aurait ainsi coupé Je mal à sa racine. La plupart de? griefs populaires contre le gouver-

nement et contre la société eussent été évités en principe ou singulièrement atténués (démembrement, tribut, souffrances, exaspération des esprits, etc.)

Dans Ja seconde phase, ces griefs ayant été nonseulement provoqués, mais laissés libres de produire leurs dernières conséquences, nous avons pensé qu'en présence d'un état pathologique du cerveau populaire, il fallait user de précautions et de ménagements. Nous ne poussions pas la naïveté jusqu'à croire qu'une pareille situation pouvait se trancher par un heureux coup de main, et que les dispositions d'une immense multitude d'hommes allaient changer en vingt-quatre heures. Une maladie mentale comme celle qui régnait alors dans Paris exigeait un traitement mi-parti d'habileté et de douceur. La force brutale, impuissante comme on ne l'a que trop vu le 1 8 mars 1871, a, sans doute, pris plus tard sa revanche (fin mai 1871) : mais à quel prix? Et qui oserait dire qu'elle a, pour toujours, coupé la racine du mal?

Démembrement du territoire, épuisement du Trésor public, ressentiments populaires, voilà les résultats de la politique qu'on a cru devoir suivre dans ces deux périodes.

Aujourd'hui, il ne faudrait pas croire, parce que toutes les fautes ont été commises, qu'il n'y ait plus de difficultés à résoudre. — Le patriotisme de M. Thiers nous a rendu un nouveau champ d'opérations où nous pouvons ronduirebienou mal nos affaires diminuées. Sans doute,

Page 1