‹ Les deux folies de Paris, juillet 1870- mars 1871Chapitre 59 sur 66 · G6 LES DEUX FOLIES DE PARIS · texte numérisé non relu

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le but de nos efforts devra être de recouvrer un jour l'intégrité de notre territoire, comme de nos facultés. Mais, avant d'y parvenir, nous serons longtemps encore placés en face d'un problème plus pressant à résoudre : « éviter une rechute avec ses suites : nouveau démembrement, nouvelle Commune, et, finalement, vassalité, tribut, etc.. »

Une telle situation commande une ligne de conduite. U y a une méthode à suivre, que nous résumons ainsi : lo Comme il n'y a de solutions efficaces, en politique, que celles qui sont implicitement contenues dans les éléments mêmes des questions à résoudre, ce sont ces éléments, c'est-à-dire toutes les faces de la réalite dans son devenir perpétuel et multiple * qui doivent être pour nos hommes de gouvernement l'objet d'une étude, d'une in-

1 . If. Virchow disait récemment : « La pensée que l'univers entier est en état de développement est une idée toute allemande. L'idée èvolutionniste (genetische Gedanke) peut, croyons-nous, être appliquée à la politique. — Qu'il nous soit permis, à ce sujet, de rappeler la tentative récente que nous avons faite dans ce sers : L'Aristocratie romaine et le Concile (Paris 18 70, Thorin éditeur). Nous remercions M. Philarète Chasles de l'accueil chaleureux qu'il fit à cet essai dans une de ses leçons au collège de France (24 janvier 1870); M. Erne&l Havet, de sa bienveillante adhésion; M. de Kozière, membre da l'Institut, de sa critique et de sa contradiction si élevées (Revue de législation, mai-juin 1870). M. Erdàn, dans sa correspondance au journal le Temps, a cru voir dans cet ouvrage la main d'un ecclésiastique, sans doute parce que nos informations sur l'église étaient exactes.

vestigation sans fin ni trêve. Le véritable homme d'Etat n'a pas son siège fait d'avance. Son esprit est à la discrétion de la vérité, qui est elle-même en mouvement. Tout serait à craindre si quelque chose dominait en lui le besoin M-icntifique de connaître la réalité, toute la réalité.

La première obligation d'un gouvernement sérieux est donc d'instituer une immense enquête de tous les jours et de tous les instants, et d'en confier la direction, dans chaque branche et dans chaque spécialité, à des intelligences compétentes, ayant, autant que possible, démontré cette compétence par leurs œuvres. — Ce travail doit être poursuivi, en France, dans chaque département ; hors de France, dans tous les centres importants. Pour centraliser et coordonner les résultats de cette enquête sans cesse tenue au courant, il faut des hommes capables de voir et de comprendre. Rompons avec les politiques purement déclamateurs et avec les politiques purement érudits. Les premiers ont infesté la France d'idées générales fausses. — C'est là l'ivraie qui nous étouffe. — Les autres n'ont aucune idée, et ne saisissent pas les rapports des choses. — C'est de la véritable érudition mise en valeur que résulte la généralisation exacte, qui doit être le moteur de tout l'Etat.

Tant qu'on n'aura pas, dans cetesprit, organisé et distribué le travail politique, il n'y aura rien à espérer pour notre avenir. Selon les temps et selon les hommes, desac-

cidents heureux ou malheureux émailleront la trame d'une décadence assurée.

La bureaucratie intérieure (administration civile et militaire) et extérieure (diplomatie politique et commerciale), qui semble créée pour accomplir cette tâche, n'est, sauf de précieuses exceptions de personnes, qu'un véritable leurre. Elle crée l'illusion qu'on a pourvu à tout, et elle empêche d'y pourvoir. — Il faut des conseillers de gouvernement, saisis â temps des questions, chargés de les approfondir, n'ayant aucune ambition d'agir par eux-mêmes, mais capables d'alimenter l'action gouvernementale.

2° Dans cette donnée, il ne peut plus être question des partis, qui sont tous, sans exception, les produits variés et successifs de généralisations fausses, dues elles-mêmes aux lacunes et aux vices de notre éducation bigarrée. S'asservir à un seul d'entre eux , et en faire le pivot de la politique, ce serait courir à sa perte. Les balancer les uns par les autres, ce serait encore les perpétuer : ce serait maintenir, par conséquent, les causes de notre ruine, et se condamner à l'impuissance. La seule conduite à tenir, c'est de les dissoudre, en soutirant à chacun d'eux ses éléments sains et raisonnables. Peut-être doit-on espérer de leur patriotisme qu'ils voudront bien contribuer à la formation d'une majorité impartiale. On doit travailler à les convaincre de cette nécessité.

3o La majorité impartiale nous donnera le seulgouvcrnemenlnationaldésormaispossibleenFrance:la/tepu&/<V/ue

Impartiale (c'est-à-dire placée en dehors et au-dessus des partis). Évincer les trois ou quatre monarchies qui se disputent la France, c'est évincer du coup autant de formes diversement graduées de l'erreur et du préjugé politiques, autant de causes de révolutions.

En n'acceptant pas la République Impartiale, on s'exposerait à subir une République moins agréable et moins habitable. Car, si les républicains n'ont pas dans le pays la majorité numérique, ils ont la densité 1 , et l'intensité politique.

Leurs adversaires, médiocrement convaincus, ne peuvent pas même, dans la lutte, opposer fanatisme à fanatisme. Le parti clérical, en désespoir de cause, se fait lui-môme, ou se dit républicain.

4° La République Impartiale résoudra en une réforme intellectuelle cette révolution sociale dont nous menace la République ignorante et violente. — Le moyen sera l'Instruction. — Il faut que l'enseignement primaire, tout en suffisant à faire, au minimum, un bon électeur, soit considéré non comme un but, mais comme le premier échelon d'un système général de sélection combiné en vue d'aller chercher dans le peuple les vocations et les capacités naissantes pour les mettre et les soutenir chacune dans sa voie. Il y a là un moyen sans égal de pressentir les différentes valeurs et de les recruter. Chacun des de-

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