‹ Les deux folies de Paris, juillet 1870- mars 1871Chapitre 7 sur 66 · LES DEUX FOLTES DE PARIS · texte numérisé non relu

LES DEUX FOLTES DE PARIS

à les faire raisoriDer avec suite ou agir avec décision d'après cette conviction. Elles n'ont pas assez de science pour discerner dans les questions d'Etat ce qui est scientifique de ce qui est arbitraire ou humoristique. Elles croient vous faire une concession en pensant juste tout le temps qu'on les occupe. Ensuite elles retournent à leurs préjugés ou à leur inclination. Et leur scepticisme frivole, en les rendant insensibles à ce qui est décisif, ne les préserve pas d'une soumission aveugle à la mode, dans les circonstances ordinaires ; au fanatisme et même à la folie, dans les grandes crises.

Ceux dont le jugement est indépendant de la foule par cela même qu'il dépend de l'évidence scientifique et qu'il peut se tenir au-dessus des passions régnantes, sont simplement dénoncés comme réfractaires. Ils sortent de l'orthodoxie commune dans un pays qui ne fait que changer d'orthodoxies et d'intolérances.

Nous cherchions cependant à quelles conditions la paix était possible pour la France, possible pour l'Allemagne. Nous rédigeâmes des bases de paix, que nous autorisaient à présenter au public, à défaut de pouvoirs diplomatiques, le -cns commun et le désir d'éviter à notre pays des désastres qui ne pouvaient flatter son amour-propre et ce point d'honneur, trop souvent confondu chez nous avec la morale, qu'en compromettant, aux yeux de l'Europe, sa réputation d'intelligence.

L'Électeur libre ne crut pas devoir nous suivre jusque-

là. Des bases de paix, publiées dans ses colonnes, à un moment où le public parisien et l'état-major allemand y cherchaient l'expression de la pensée du Gouvernement, pouvaient prendre un caractère qui n'eût pas été celui d'un simple travail de publieiste. Des deux autres journaux auxquels nous nous adressâmes, l'un, qui jouit d une autorité depuis longtemps incontestée, et qui avait souvent reproduit nos articles, recula devant la publication du mémoire déjà imprimé; l'autre, connu pour son libéralisme intellectuel, nous opposa cette raison, que « les » journaux ayant cru devoir s'entendre pour ne plus dis- » cuter la question de paix ou de guerre, il se considérait » comme lié par cet engagement. »

Nous reprîmes donc nos bases de paix et nous les remimes en portefeuille, convaincus qu'à un jour prochain la nécessité en imposerait de moins douces, et qu'on regretterait les nôtres.

L'isolement de Paris, séparé de la Province par l'investissement, ne pouvait guère nous suggérer d'illusions, parce que l'état moral et politique de la Province était connu de nous par le séjour et par l'étude. A travers lea murailles de Paris et les retranchements des Prussiens, nous voyions la Province, et voilà pourquoi, sans avoir d'informations particulières, nous publiâmes un travail où le fractionnement de la France en groupes politiques différents et séparatistes était décrit au moment où il s'opérait.

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