CHAPITRE II
les folz sont rovs , les rovs sont fous ; Coroiiiie ou bonnet vcrd en teste, Sceptre ou niarolle pour la fesie, EnseniWe mieuK que chiens et loups.
Rovs sont folz de guerre et de chasse , Folï sont rovs de (|ui les pourchasse : Doue folz sout rovs et ro)s sont fous. La Danse des Folz.
L'hôtel des Tournelles, dont il n'existe plus d'autres vestiges que quelques noms de rues percées sur la grande étendue de terrain qu'il occupait \is-a-vis l'iiotel Saint-Paul, près de l'ancienne porte Saint- Antoine, appartint d'abord au chancelier d'Orgemont et h son lils, cvêque de Paris sous les règnes de Charles V et Charles VI; ensuite au duc de Berri, puis au duc d'Orléans, jusqu'à ce qu'il passât en la possession du duc de Bed- Ibrt, régent du royaume pendant les guerres civiles.
Le duc de Bedl'orl le lit décorer avec une magnilicence royale, et l'agrandit encore de plusieurs arpents, quoique ce palais fût déjà composé de différents hôtels vastes et splendides, renfermés dans une seule enceinte fortifiée. Charles VII et Louis XI , qui y logeaient de préférence , dépensèrent de grosses sommes pour sou embellissement, et en rendirent le séjour commode et agréable. C'est lii cpie moururent Louis XII et Henri IL
On l'appelait hôtel den l'ounielles, 'acau.se du nombre prodigieux doses tours, grandes et petites, rondes el carrées, en pierres et en briques, il créneaux et a aiguilles , qui de loin le faisaient ressemblera une immense cathédrale gothique. Les tours et les girouettes étaient autrefois des attributs de la ])uissance féodale; aussi les rois el les seigneurs s'en montraient-ils fort jaloux.
L'hôtel des Tournelles, que Charles IX commenvaa démolir en 1505 , était si considérable, que six mille personnes pouvaient y être logées k l'aise, quand le roi et la cour y résidaient, et que l'on comptait dans ses murailles hautes, crénelées et embastionnées, une vingtaine de chapelles, quantité de juéaux, douze galeries, un labyrinthe, deux parcs plantés d'arbres, six jardins potagers et un champ labouré.
Le roi François I" arriva de Blois à l'hôtel des Tournelles, dans l'après-
bKS bfctX FOUS. 1 1
diiiée du 15 janvier 1524. il avait l'ail ce voyage de Blois sous prétexte de visiter le trésor de son épargne, lecpiel y était gardé par son trésorier Duval, mais réellement pour donner quelques jours a sa maîtresse la belle Françoise de Foix , comtesse de Châteauhriant, qui redoutait moins les médisances de la cour que la furieuse jalousie de son époux.
Le roi, le visage pâle et fatigué, descendit de son coche que traînaient des mules caparaçonnées, et, sans se soucier des saints, des bonnetades ei des Dieu rjard' , dont chacun se faisait devoir de l'importuner, il traversa , d'un air préoccupé , la presse des gentilshommes, valets et gardes empressés sur son passage, s'enfonça seul dans les détours connus du labyrinthe ^ et parvint à la tour de Bedalus , qui lui servait de bibliothèque et de maison de plaisance.
Etant entré dans la salle basse, voûtée en arceaux, où les fenêtres étroites, a treillis de lil d'archal et à vitraux peints d'images de saints, interceptaient la clarté du jour en plein midi, le roi, avec un soupir prolongé, se jeta sur un tréteau de bois sculpté.
François I" était d'une belle et majestueuse ligure, sauf la forme démesurée de son nez , qui le faisait désigner par le surnom populaire de François-(jrand-nez. Sa barbe noire, relevée en pointe, prêtait à sa physionomie un caractère espagnol que ses yeux noirs et vifs ne démentaient pas. Il avait volontiers le sourire sur les lèvres, pour mettre "a découvert des dents blanches et bien rangées, et, plus volontiers encore, il étalait avec complaisance des mains charnues et parfaitement belles, qu'il chargeait de lourdes bagues d'or. Son pourpoint et ses chausses sans braguette étaient d'étoffe de soie bleue et blanche, couleurs de madame de Châteaubriant, sa maîtresse; et sa toque de velours noir, a plumes , avait un nœud de rubis-balais entremêlés de perles indiennes ; sa collerette de dentelle et ses souliers de satin complétaient un habillement dont la fraîcheur n'égalait pas la richesse; car, chagrin de quitter son amie pour les affaires de son gouvernement, il n'avait pas changé de costume depuis son départ de Blois, et même, dans les châteaux où il s'arrêtait la nuit , il s'était couché sans vouloir se déshabiller.
« Il semble, disait-il durant la route à son lecteur favori, Pierre Duchâtel, que celui-l'a qui s'en va loin de sa mie, laisse au lieu d'où il vient la plus grande part de son cœur, et, durant l'absence, rude par-dessus tout, ne vit plus quasi que de souvenir.
— Voila pourquoi, avait répondu sagement Duchâtel, le seigneur Dieu a, de ses mains, enté l'inconstance au cœur de riiomme, afin qu'il put, l)ar un nouvel amour, guérir les maux de l'ancien. »
Le roi, livré a ses tendres rêveries, était eu cet état douteux qui tient
de la veille et du sommeil, lorsque la porte massive, demeurée entr'ouverte, grinça sur ses gonds; et, dans le rayon lumineux qui se jouait sur le pavé couvert de nattes, se dessina l'ombre d'un homme immobile à l'entrée de la chambre.
« Hol'a ! cria le roi, qu'est-ce? Trois fois sot et outrecuidé, quiconque franchit ce seuil sacré sans y être convié ! j'en adjure mes franchises royales ! »
Un éclat de rire, aigre et bruyant comme une crécelle du vendredi-saint, apprit k François P' la qualité de cet audacieux importun : c'était maître Triboulet, fou en haute gamme, et bouffon en litre d'oUice. Tous les rois de France eurent des plaisants à gages, dont le ministère diflicile était de faire naître un sourire sur des visages soucieux et graves d'étiquette non moins que d'ennui. Charles V, dit le Sage, ne fut pas exempt de cette coutume, qui était répandue dans toutes les cours royales, seigneuriales et même ecclésiastiques de l'Europe.
Triboulet, qui est un personnage historique, ni plus ni moins qu'un grand-panetier ou un bouteillier de la couronne, devait avoir trente-cinq ans à cette époque. François I" n'était encore que comte d'Angoulême, lorsqu'il l'attacha a sa personne , et lui donna Michel Levernoy pour gouverneur ; car Triboulet fut d'abord célèbre à Blois, sa ville natale, par d'incroyables folies, qui mirent souvent sa vie en danger.
Dans le temps que le jeune comte d'Angoulême séjournait a Blois, Triboulet errait habituellement dans les rues de celle ville, jouant de la cornemuse, se chauffant au soleil, jouant de la langue et vivant d'aumônes, a l'exemple de Diogène le philosophe cynique. Un jour, il vit passer un page du comte , portant un message au château où étaient attendus le roi Louis XII et sa seconde femme, Anne de Bretagne. Triboulet arrêta ce page avec mille plaisants propos; et, pendant qu'il l'excitait ii rire de toutes ses forces, il lui coupa si adroitement, par derrière, son pourpoint de livrée, que celui-ci fut le dernier a s'en apercevoir.
Les pages prirent îi cœur l'insolence de Triboulet, et, tout en s'égayant sur la mésaventure de leur camarade, résolurent d'en punir l'auteur. Ils s'emparèrent donc du pauvre fou , qui se laissa garrotter sans se plaindre de ce dur traitement.
« Mes petits seigneurs, leur disait-il seulement, qui d'entre vous a vêtu l'habit et condition de mon page? »
Ces railleries et d'autres ayant blessé au vif l'orgueil des pages, ils emportèrent Triboulet hors des remparts de la ville , de peur que les habitants fussent touchés de ses cris et de ses soutfrances. Ils commencèrent à le
torturer, en lui piquant la plante des pieds, en lui brûlant les mousiaclies, et en le tirant par les cheveux.
Le plus méchant de la troupe imagina de l'élever en l'air par ses oreilles, qui étaient singulièrement longues. Un gibet se trouvait sur la route, et bientôt l'infortuné Triboulet, dont les pages clouèrent les oreilles au bois patibulaire, n'osa plus faire un mouvement, de peur de raviver ses douleurs, et fut réduit à crier a l'aide, d'une voix élouilée par les éclats de rire moqueurs de ses bourreaux , qui l'abandonnèrent aux approches de la nuit. Il serait mort de froid , de faim, et dévoré par les oiseaux de proie, si le bon Louis XII, arrivant a Blois avec la reine Anne de Bretagne, n'eût entendu de pitoyables gémissements. Le roi envoya quelqu'un pour savoir la cause de ces plaintes, et on lui rapporta que c'était nu pendu qui se lamentait ainsi.
Le mystère fut découvert aussitôt que Triboulet, secouru et décrucitié, put raconter lui-même avec naïveté les détails de son supplice. Louis XII, ému de pitié et d'indignation, consola la victime en promettant de châtier \es perce-oreilles. Triboulet demanda leur grâce, moins pour leur sauver une juste punition que pour se soustraire à de plus cruelles représailles. Le comte d'Angoulème, pour réparer la méchanceté de ses pages, créa une charge de fol en faveur de leur victime, et Triboulet, depuis sa nouvelle fortune, ne perdit nulle occasion de témoigner à ceux-ci qu'il avait la langue plus longue encore que les oreilles.
Ce fut chose remarquable que Triboulet, âgé de vingt-quatre ans lors de cet accident, devint tout a coup, d'idiot et d'imbécille qu'il était, bouffon spirituel, divertissant, malicieux et, surtout, expert courtisan.
Cette métamorphose n'est pas le fait d'un fol de tête écorné , comme l'appelle Jean Marot , ni d'un fol en degré souverain , comme dit Rabelais.
Triboulet était de petite taille et contrefait; François I" s'étonnait qu'un si gentil esprit se fût logé dans si vilain corps. Il avait une énorme tête , avec de prodigieuses oreilles, une bouche largement fendue, un grand nez, de gros yeux saillants, sous un front bas et étroit. Sa poitrine plate et creuse, son dos laillé envoûte, ses jambes courtes et torses, ses bras longs et pendants, amusaient les regards des dames , comme s'il se fût agi d'un singe ou d'un perroquet.
Le costume du fou royal n'était pas moins bizarre que son personnage. Selon son emploi secret de procureur des plaisirs du roi , il adoptait les couleurs de la maîtresse en titre, et s'habillait de même que son maître , k la forme dos habits près. Il avait un justaucorps de soie bleu et blanc , si serré , que cet habillement faisait ressortir les dilTormités du corps, de manière à exciter le rire de quiconque le voyait pour la première fois : il por-
tait au dos les armes de France, argent et or; ces mêmes armes étaient répétées à droite et a gaurlie de ses cliansses, pareillement bleues et blanches, ainsi que sur son jjonnet en cône allongé; sa ceinture de cuir doré, a laquelle pendaient une massue, une épée de bois et une cornemuse, était le symbole de ses attributions joviales et satiriques. Une autre distinction de son office consistait dans les grelots d'argent qui ornaient sa coiffure, sa marotte et ses souliers de maroquin rouge à la poulaine : il ne pouvait faire un pas ou un mouvement sans que tous ces grelots sonnassent de concert, avec plus de bruit que n'eussent l'ait dix mulets allant au trot.
Triboulel, fier de ses fondions auprès du roi, n'eût pas changé son grotesque accoutrement contre une couronne de duc ou bien une mitre d'évèque; et il se disait le plus noble de France, en commençant le compte par la fin.
Dès que François I" eut reconnu son fou, il s'adoucit 'a l'instant, et dérida son front comme pour se mettre h l'unisson avec cet apiMre de la joyeuseté ; puis, lui présentant sa main 'a baiser:
Il C'a, mon fils, dit-il, j'ai grand'aise de te voir; sois le bienvenu ici comme partout, ce jourd'bui comme toujours.
— Maître, reprit TribouUa souillant dans ses doigls rouges de froid, le seigneur Boréus, qui l'emiiorte aussi sur les plus grands ])rinces, a gelé le sang en mes veines et les jiaroles en mon gosier.
— Or donc, foin du respect (jue tu dois 'a ma royauté ! sieds-toi contre le chauffe-doux , et fais que tes paroles dégèlent, alin que je sache de toi nouvelles de céans.
— Maître, répondit Triboulet, assis les jambes croisées sur une chaire pliante, il y a d'ordinaire en votre cour foison de gens (jui sèment du vent et recueillent de la funu'C ; vieilles édentées qui font sourdre de la fontaine de Jouvence, eau de céruse et teint de fard; pucelles (]ui le sont de nom tant seulement ; abstracteurs de quintessence, qui en amour, qui en politique , qui en affaire, voire même en matière de vieux chiffons et de souliers rapetassés : le vrai est qu'on y vit et qu'on y meurt de la sorte (|u'on a toujours fait, le plus gaiement et le plus follement du monde.
— Tel est l'ancien dicton, quia hu boira : ainsi fais-je, buvant d'une soif insatiable a la source Cupidi(|ue dont l'onde fait aimer , et je m'en reviens de Blois, plus altéré qu'au parlement; toutefois, la faute n'en est 'a ma chère dame de Chàteaubriant, qui s'accommodait grandement d'être absente de l'enfer conjugal. Cependant qu'elle filait mes jours d'or et de soie, sous le semblant de voyager a sa principauté de Bretagne, le comte son mari enrageait-il pas tout son saoul !
LES DEUX FOliS. |5
— Les petits pages lui faisaient la figue et les cornes ; les plus huppés seigneurs imitaient l'apologue évangéliquc de celui qui a une poutre en son œil et qui ne la voit , mais voit une paille dans l'œil de son compagnon.
— Quant a mes autres maîtresses, m'en diras-lu de bonnes nouvelles, touchant leur constance et fermeté ?
— Marotte! si j'étais devenu par métamorphose la jarretière d'une de ces belles qui sont moutons sous peau de tigre, encore n'oserais-je pas me faire caution de leur vertu! De vrai, sitôt votre départ, madame de Novion brûla mainte chandelle 'a l'autel de la Vierge pour requérir votie prompt retour...
— Peut-être eu égard aux avis et pénitences de son confesseur , qui est cordelier d'ordre et d'épaules?
— Madame de la Roche-Gnyon, à ce même objet, lit vœu de jeûner le vendredi de chacune semaine
— N'est-ce point pour souper de meilleur appétit avec son ami le petit chantre de Saint-Jacques-Ia-Boucherie?
— Mademoiselle de Langis conçut tant de deuil de votre éloignement, qu'elle s'en est allée à sa maison des champs, devers la Tombe-Issoire , et la de son oratoire ne bouge
— Oui , je le crois, et mcssire abbé Mellin de Saint-Gelais est le beau livre d'heures qui lui dit les antiennes de Cythère?
— La femme du greffier-criminel Nicolas Malon, laquelle se plaint de n'avoir eu qu'une fois la gloire de vous entretenir , prie Dieu et ses saints que pareil heur lui advienne de nouveau
— Pour Dieu ! est-ce pas cette fine lame demeurant au Pont-au-Change? J'en fis la rencontre nuitamment , et aux flambeaux des étoiles , en temps qu'à sa fenêtre mi-ouverte elle chantait d'un ton rossignolant l'air qui dit :
Révcillez-le-moi , belle , Réveille-nii !
— Vous ne péchez par défaut de souvenir; or, recordez -vous, sire, que , pour prix de sa bonne volonté , promis fut par vous d'y retourner.
— Ainsi ferai, foi de gentilhomme! la commère est gente, accorte et bien dressée aux jeux de Cupido; outre ce, j'appréhende qu'elle est fidèle autant que fille ou femme peut l'être de soi. Va t'enquérirde l'heure et du lieu où je la puisse voir seul a seule !
— Son mari, homme de plume et de grippe, avaleur de frimas, besogne jour et nuit au procès de monsieur de Saint-Yallier, et ne fera le moindre empêchement :i aos jouissances. Sur ce, je vais avertir dame Malon, qu'un
bel h()te de nuit viondra devant sa porte crier merci, car femme surprise est plus d'à moitié prise.
— Soit, mon petit serviteur; mais d'abord, envoie céans Caillette: qu'il vienne me réconforter d'une agréable lecture.
— Votre lecteur royal , maître Pierre Duchâtel , ne tardera qu'un peu , le digne bomme !
— Nenni ; Pierre Ducbàtel n'est point mon fait, et Caillette me viendra mieux à propos.
— Caillette est au nid de la pie, sire; et, h franc parler, depuis le jour d'bier, il n'a été vu d'aucun, de même que s'il fût évanoui en l'air.
— Par la morbieu! mon fol Caillette aurait-il failli aux us et coutumes de sa cbarge, qui prescrivent aux gens de son état de ne coucber onc bors del'bôtel du roi?
— Vraiment, niessire Caillette se soucie de ses devoirs de fol en titre d'oflice comme un aveugle fait des couleurs; sans doute n'attendait-il si tôt votre retour, lequel fut subit et inespéré.
— Foi de gentilbomme! je serais mal content que ce digue garçonnet devînt rebelle, a la mode de mon cousin de Bourbon, et passât au service de l'empereur!
— En ce cas, la perle serait petite et réparable, d'autant (jiie ledit Caillette, dogmatisant, pbilosopbant et rêvant creux, est le plus triste et déplaisant bouffon qui soit encc monde sublunaire, fils dégénéré du célèbre fol Caillette, qui fut intitulé, par le feu roi Louis XII, trois fois maître es sciences gaies.
— Sur ma fi! le père ne valait tel prix que le fils, de qui on peut dire, sans errer, que sagesse et raison élisent domicile sous le bonnet 'a grelots.
— Ob! le butor que c'est! voyez s'il aura onc cure et manière de vous recueillir fine fleur de pucelle, sans épine toutefois? le vilain n'aime fille ni femme.
— Si en est-il aimé toutefois; car, en grâce, beauté, encolure et gentillesse, il précelle les plus fins muguets de ma cour; voire madame d'Angouléme l'estime mieux avenant que personne. A ce propos, dis-nous comment se porte ma vénérée mère, et aussi madame ma sœur, la Marguerite des Marguerites?
— Madame la duchesse d'Alençon n'a cessé son deuil parmi iileurs et regrets, a cause que son cber connétable s'en est allé
— Vrai Dieu! Triboulet, porte-bonnet-vert, ceci n'est point de ton métier de fol ! quiconque toucbe "a l'honneur de madame ma sieur, s'en souvienne 'a sa maie heure : je ferai couper la langue aux médisants !
— Quant a ce qui est de ma très-honorée dame d'Angoulème , sire, n'en dirai rien , de peur d'en dire trop; non pas que je la blâme d'avoir souci
LES DEl'X FOUS. 17
(le monsieur de BourI)on el d'aulros : iiendant voire éloignemenl elle n'a 1,'uère été de loisir, tant le procès des içentilshomnies, et notoirement de monsieur de Saint-Vallier, lui donne de la peine ; vrai est qu'elle se consume en soins, tout ainsi que monseigneur le chancelier Duprat...
— Trêve! vous dis-je, messire le fol; il me pue d'ouïr parler de cet inique procès, qu'il vaudrait mieux, à m'en croire, pendre au croc jusqu'à l'année des trois carêmes : madame ma mère est un peu bien imprudente de faire condamner de si braves gentilshommes; mais ce n'est le lieu de ces reproches, et je me lave les mains de ce qui doit advenir. Or, ça , Triboulet, fais le ministère de Caillette, et me lis, haut et clair, les vieilles chansons du Châtelain de Coucy, lesquelles duisent aux. cœurs énamourés. »
Triboulet choisit , parmi les livres peu nombreux rangés dans un coffre sculpté, un manuscrit in-folio, relié en bois couvert de velours bleu avec fermoirs d'argent aux armes el devises du roi Charles V ; il ouvrit les pages de vélin blanc rehaussé de lettres en or el en couleur, d'arabesques légères et de miniatures du plus bel éclat; et, tandis que le roi se laissait aller 'a ses imaginations amoureuses, il lut tout d'une haleine (car la ponctuation est presque nulle dans les anciens manuscrits) une chanson, où le Châtelain met sa dame sons la protection de la Sainte Vierge.
« 0 l'aimable poétiseur ! s'écria François I" : il avait certes bu l'onde Aganippide, et montait Pégasus plusadextrement que son grand cheval de bataille.
— Sainte cornemuse! interrompit Triboulet, qui n'était pas le moins habile des courtisans : votre Majesté rithnioie trop mieux que ce vieil troubadour, et Âpollo vous lit coucher certain jour avec lesneuf pucelles ensemble.
— L'œstre poétique me tient a celte heure, et vite plume, encre et papier! »
Triboulet s'empressa de présenter le manuscrit et ce qu'il fallait pour écrire; le roi se recueillit un moment , barbouilla d'encre le visage adulateur de son fou, et, sur la marge du livre, inscrivit avec force abréviations, selon le genre d'écriture du temps, ce neuvain, plein d'une galanterie religieuse ou plutôt d'une naïve impiété :
Le Châtelain de Coucy locilait Une oraison à la Conceplion Immaculée, et tout bas s'incitait D'aimer sa dame en pure affection.
Lors tout :i coup ii part il se recorde Qu'il a joule de nuit avec icelle , Et dit : « 0 Dieu! si la miséricorde
Tôt à ma mie un bel enfant accorde ,
Voudras-tu pas la refaire pucelle? »
« Par l'àme de mon épéc de bois ! reprit Tril)Oiilet se frappant le front dii revers de la main, j'ai foi désormais en la métempsycliose, car les esprits d'Homérus et Virgiliiis ont passé dans le vôtre, et vous rimez a la façon d'Aristotelès.
— Est-ce pas madame d'Alençon qui s'en vient a la tour de Dédalus? Assurément, c'est elle-même. Ce pendant que madame ma sœur et moi deviserons de nos allaires secrètes, va-l'en devers la grellière requérir galante entrevue, au plus tôt qu'il lui sera possible.
— Sire, du temps (pie vous jouerez le rôle du greflier avec son bonnête femme, il ne vous coûtera davantage de me signer une ordonnance pour être payé à votre Épargne, vu que , soit des fous , soit des sages, argent a toujours bonnet au poing, comme prêt à prendre congé.
— En vérité! Donc, en mon nom, mande à Preudliomme qu'il le paye ensuivant tes mérites. "
Tribonlet lit une gambade, un éclat de rire, et disparut avec un bruit de grelots qui s'éloignait avec lui.
Madame Marguerite, ducbcsse d'Alençon, arrivait par une autre issue du labyrinthe.
Cette princesse, qui fut aussi célèbre par sou esprit que par sa beauté, était alors âgée de trente et un ans , et paraissait n'en avoir que vingt. On s'étonnait de sa singulière ressemblance avec son frère; mais aussi sa figure était-elle moins remarquable par la délicatesse des traits féminins, que par un air majestueux qui commandait le respect, inspirait la confiance et possédait un charme de séduction inexprimable. Ses yeux doux, quoique fiers, avaient des regards enchanteurs, et son noble sourire s'harmoniail avec le son suave de sa parole.
Depuis la fuite de Bourbon , madame Marguerite , que les beaux seigneurs de la cour avaient trouvée insensible 'a un sentiment plus vif que l'amitié, fut étonnée elle-même du changement opéré en toute sa personne. Ce n'étaient pas les poursuites hardies de l'amiral de Bonivet qui triomphaient de sa chaste froideur : elle avait montré, en résistant "a cet audacieux favori, que la volonté d'une femme qui n'aime pas est plus forte que la violence d'un amant itoussé au désespoir. Néanmoins, la duchesse d'.Vugoulénie, sa mère, ne fut pas plus désolée qu'elle, sinon plus irritéede la trahison du connétable : Marguerite prit le deuil et se renferma en ses appartements, cherchant la solitude et oubliant les jeux, les bals, les promenades et les tournois, dans une retraite consacrée aux larmes, à la prière et 'a l'étude; son frère et Caillette, premier fou du roi , étaient les seuls hommes qu'elle eût plaisir a voir, dans les accès de cette misanthropie ;
LES DEIX FOIS. l!î
elle ne recevait pas niènic son mari (liiarlos, iluc d'Alonçon) iiu'eile n'avait jamais aimé et qu'elle se prenait a haïr.
Son visat;e amaiii;ri semblait plus paie au contraste du noir éclatant de ses cheveux; elle avait les yeux baissés, et, si elle venait par hasard à les soulever languissamment, ses regards humides, sous de longs cils, brillaient comme a travers un voile. Elle était bien changée depuis le temps des fêles j où elle se montrait radieuse et superbe, 'a côté du duc de Bourbon, qili se faisait remarquer par sa mine; et pourtant, elle semblait plus belle encore, et pour ainsi dire voluptueuse de tristesse.
Elle portait le deuil, c'est-'a-dire une robe de laine violette, sans broderies, a corsage plissé, à larges manches, et traînante pardevant; sa jolie tête embéguinée d'une sorte de cajiuce en même étoffe, son cou et ses oreilles dégarnis d'ornements d'orfèvrerie, ses mains et ses pieds cachés dans les plis de ce sombre vêtement, concouraient 'a faire d'une Fille de France une espèce de tille-repentie.
Elle entra d'un pas grave dans le cabinet , et poussa les verroux de la porte qu'elle referma derrière elle.
« Dieu vous gard' ! madame ma sœur, dit affectueusement François I". C'a, une accolade pour célébrer la bienvenue de votre frère , seigneur et foi !
— Dieu soit loué de votre retour, si obtempérez à me bailler des grâces pour étrenues !
— Vrai ! quelle grâce est-ce que vous souhaitez, vous (pii les avez toutes?
— iMon cher frère et sire, souffrirez-vous pas (jue très-dignes et trèshonorables gentilshommes soient mis à mal par votre parlement, qui, nonobstant vos désirs, incline à la clémence ;'
— J'entends; le cœur vous crève de ce que les amis de ce déloyal Bourbon pâtissent d'avoir été iidèles a icelui , par trop grande inhdélité envers leur premier maître, lequel je suis après Dieu? Vous me voyez marri de votre marrisson; mais il ne me (haut qu'on les condamne ou absolve, et ce qui se fera en cette affaire appartient du tout à madame notre mère ; donc, avisez 'a la persuader, ma sœur, s'il vous plaît.
— Hélas ! ces pauvres gens seraient châtiés selon leurs œuvres , étant bannis de ce royaume , et voila qu'ils sont jugés crimineux de lèse-majesté et condamnés "a mort, si vous n'octroyez lettres-patentes de grâce à leur gros repentir.
— Quant 'a ce qui est du bannissement , certes je ne leur ferai cette joie de les rejoindre 'a mon connétable espagnolisé , et de doubler d'autant le nombre de mes ennemis ; mais, par ma foi de gentilhomme ! leur sort est dans les mains de madame d'Âugoulème, qui est bien intéressée à user de tant de rigueurs. Essayez, s'il se peut , de l'induire à compassion ?
— Madame notre iiK^re ( comme il appeit a mon morlel déplaisir) outre si fort la haine, qu'elle avancerait le jugement dernier, pour sa vengeance avancer pareillement; mais, pouvez-vous pas rendre vains les grands efforts d'icelle, en ne signant ni scellant l'arrêt inique de ces misérables?
— Dieu me damne! je voudrais, pour être libre de cet ennui, que ces gens eussent jà souflort la peine de leur condamnation, notoirement le sieur de Saint-Vallier, qui dame haut son innocence et si m'importune.
— Monsieur mon frère, je répondrais sur ma tête que ce vieil homme est blanc et net de tout méfait! En somme, je vous adjure fraternellement d'imiter le seigneur Christ, lequel, de sa croix , pardonnait h ceux-lk qui le crucifièrent.
— Il serait mal séant que je déniasse ceci a ma bonne et améc sœur ; parqnoi, je vous atteste de ne permettre l'exécution à mort d'aucun, sans votre consentement, et, de ce, vous baille ma foi de gentilhomme.
— C'est témoignage manifeste qu'aimez votre sœur, et je sais mainte et mainte personne qui vous guerdonneront d'un grand merci. Ma grande reconnaissance ne vous faudra pas, mon très-honoré frère , et madame votre épouse, la reine Claude, ne demeurera aussi en arrière jiour vous congratuler....
— Fi ! ôtez ces mauvaises bêtes d'à présent!... Ma toute belle Marguerite, je vous requiers de dévêtir ces accoutrements de deuil ; car nul de nos parents , j'imagine , n'est décédé depuis ?
— Oh ! non pas; mais j'ai fait un vœu , et le tiendrai jusques au bout, à moins d'eu porter la peine en l'autre vie.
— Dites, je vous prie : mon fou Caillette est-il quelque part où vous sachiez?
— Hier il est parti , afin , disait-il , de venir emprès Evreux assister sa vieille mère, qui s'en va trépasser de maladie.
— Est-il pas médecin ou apothicaire, lui, qu'il la veuille retarder de mourir? 0 maître fou ! i)eiise-t-il (]ue son oflice soit d'aller au loin visiter vivant ou défunt, ce pendant que besoin est qu'on me divertisse?
— Eh ! mon cher François, vous avez d'autres bouffons à votre commandement; et, au contraire, la mère de Caillette n'a fils, parent ou ami, hors celui-là. »
Un page , vêtu à la mode espagnole ou italienne qui commençait h s'introduire en France, parut, salua respectueusement, et avertit le roi que des députés du Parlement de Paris sollicitaient une audience , et l'attendaient dans la galerie de Flora.
« Pour Dieu! dit François 1", s'adressant h sa sa>ur , je ne suis guère
impatient d'apprendre a quel objet Messieurs de mon Parlement se veulent consulter a moi ?
— Yoirement , dit-elle , faut-il pas que le roi séant en son lit de justice, l'arrêt soit prononcé contre monsieur de Bourbon et ses gentilshommes ?
— Oui-da ! la chose n'est urgente, et ce jourd'hui j'ai l'esprit mal propre a vaquer aux affaires d'État. A peine me voila revenu et reposé, que des fâcheux s'en viennent me semondre de songer a ma royauté! ainsi est-il de la moutarde après diner. »
Cependant , François 1°' se leva négligemment du tréteau sur lequel il était étendu, rajusta la belle ordonnance de son habillement, et, tendant la main a madame Marguerite, la conduisit, d'un marcher insouciant, par les sentiers obscurs et tortueux de Dédalus, jusqu"a la galerie de Flora, mal éclairée par (pielques gros chandeliers.
Cette galerie , longue de cent pieds , s'ouvrait sur un parterre que l'hiver avait dépouillé; de ce côté, elle était fermée par des portières 'a vitraux colorés, qu'on enlevait pendant la saison des chaleurs; les murs et le plafond, peints assez grossièrement, représentaient une allée d'arbres fruitiers, des ceps de vignes entrelacés en berceaux, et des fleurs de mille sortes; le plancher, dallé de mari)re vert, figurait un tapis de gazon; l'architecte avait, dans le goût du temps, dédié ce lieu 'a la déesse Flora et 'a la sainte Vierge, dont les images raides et naïves, en pierre de liais peinte et dorée, surmontaient le manteau de deux hautes cheminées. La galerie n'avait retenu que le nom de la divinité païenne, et le roi Louis XH, qui avait imaginé cette décoration champêtre , se plaisait a l'animer par des volières de û\ d'archal, remplies d'oiseaux différents de chant et de plumage.
Le premier président, Jean de Selve, en robe d'écarlate fourrée d'hermine avec mortier de velours noir , et deux conseillers pareillement en robe d'écarlate, avec le chaperon rouge fourré d'hermine, furent amenés par le chancelier Duprat devant l'estrade où le roi s'était assis.
Ils s'inclinèrent profondément, et M. de Selve prit la parole :
Sire, votre féal et amé Parlement ayant conclu le procès de messire Jean de Poitiers, seigneur de Saint-Vallier en Dauphiné, s'offre 'a prononcer ledit arrêt, au jour de demain, en un lit de justice. Votre Majesté y séant avec les princes et les pairs, et sur ce, ledit Parlement vous invite à y aller vers deux heures de relevée, si mieux n'aimez y envoyer monseigneur le chancelier en votre lieu et place.
— Je vous loue, messieurs, i\ cause de votre zèle et dévouement 'a mon service ; monsieur mon chancelier n'aura charge de me représenter en ce
beau lit de justice, que moi-même tiendrai pour l'exemple des traîtres et félons a venir. Donc, annoncez ma venue à messieurs du Parlement ; et vous, monsieur notre chancelier, faites savoir aux princes et aussi a mes pairs que la cérémonie se fera demain a l'heure dite.
— Monsieur le président, ajouta madame Marguerite en tremhlant, k quelle peine sont condamnés le sieur de Saint-Vallier et les autres?
— Madame, reprit M. de Selve, ayez fiance et bon espoir en la justice pt clémence du roi notre sire.
— Madame, répliqua le roi, laissez faire a mon Parlement qui, en matière de lois et coutumes, est au-dessus de l'aréopage athénien. »
Pendant que le président et les conseillers se retiraient, on vit paraître d^qs la salle, avec un grand bruit de plaintes, de larmes et de sanglots, TrJboulet, ayant la figure ensanglantée, les cheveux en désordre, les chausses déchirées, les grelots arrachés, et tenant a la main les débris de sa marotte et de sa cornemuse. Un rire universel répondit à ses lamenti|tions.
« Ou'est-ce? demanda François I" riant jjIus fort que tous ; Triboulet, mpfl ami, a-t-il jouté en champ clos avec Huon de Bordeaux, Renaud de iffintauban, Lancelot du Lac, ou tel autre preux de l'antique chevalerie?
— Mainte action de grâce pour vos bontés, sire! dit Triboulet d'un Jon et d'un air irrités, je baille le demeurant h qui en veut.
— Certainement, mon lils, la somme que t'a rendue maître Preudhomnie fut jouée par loi aux tarots, aux épingles, au glic, au passavant, ne sais quel jeu ; et ces enragés pages, t'ayant dépouillé, ont battu le plus grand fou qui soit sous ton bonnet?
— A qui avez-vous cuidé m'envoyer par guet-aitens?
— A monsieur mon trésorier, lequel n'est pas moins regardant ii mes espèces sonnantes, que si elles fussent siennes.
— Ce n'est de fausse monnaie, toutefois, dont il paye les gens ; je n'en désire pas d'autre pour mes créditeurs et leurs sacs 'a chicane.
— As-tu pas été robe, pillé et molesté des voleurs de nuit, qui se répandent de bonne heure par la ville, en ce temps d'hiver, sans lune ni étoiles ?
— Voici mon cas, que j'acquitterai en enfer et ailleurs, s'il y a lieu; je m'excuse d'avoir eu affaire à ce Preudhomme , pire (|ue Pluto ou Satanas, et la faute en soit du tout imputée à vous, qui m'envoyâtes en cette embûche diabolique. Messire votre trésorier, qui ne sera onc nôtre, besognait lunettes hautes sur le nez, et messire son singe, sis auprès, se léchant les badigoinces, me regarda, d'entrée, de mauvais œil. « Compère, fit maître Preudhomme, viens-tu quérir en ma boutique lardons et mo-
LES UlilX FOUS. 23
qiieries tMivers ma (icrsoniu'? h Dieu le conimaiid! — Monseigneur, fis-jo à mon tour, Dieu me garde de picjuer dru si jn'ud'liomme que vous êtes! mais, de la pari de Sa Majesté, je m'en vais vous dresser requête en forme, que me payiez ensuivant mes mérites indignes. — Bon ! reprit le méchant, riant sous cape ; c'est chose mal aisée et ardue que de rapporter le guerdon a ta valeur considérable. Il m'est avis que, pour le quart d'heure, lu sois payé en monnaie de singe. » Là-dessus, il incita d'un geste son grand singe a me pellauder, et icelui , iirompt "a la curée , se lançant 'a l'encoutre, m'a Irès-malement ad'olé a sa mode, malgré mes cris de merci. « Ce s'appelle monnaie de singe vert, se récriait le faux Preudhomme, et libéralement a-t-elle cours, poids et mesure avec les Triboulets. Faut qu'on la batte toujours au même coin, comi)ère ! »
A ce récit, fait le plus sérieusement du monde, les petits pages éclatèrent de nouveau en rires et en |)laisanteries, faisant la ligue et en gambadant autour du piteux conteur, qui commençait à se dépiter.
François I", d'un coup d'œil, imposa silence aux persécuteurs de Triboulet, et lui dit avec une gravité feinte :
« Monsieur le fou, à cette leçon ayez égard, et dorénavant modérez les témérités de votre langue; car tel joue avec épines, qui s'y blesse les doigts.
— Sire, répondit Triboulet, est-ce tort de dire que le plus adextre veneur est le général de vos linauces, lequel, sans engins, pièges, lacs ni glu, prend, dedans vos coffres, non lièvres, cerfs ou hirondelles, mais beaux écus au soleil, beaux moutons à la grand'laine, beaux angelots d'or, et le reste ? »
L'arrivée d'un étrange personnage mit un terme à cet entretien oij le bouffon du roi usait auq^lement de sou privilège de libre jiarler.
C'était le seigneur Corneille Agrippa, natif de Nettesheym, et depuis peu, médecin astrologue et conlideul de madame Louise de Savoie, duchesse d'Angoulême : grand et maigre de taille, il était remarquable surtout par sa figure jaunie et ridée avant l'âge, par ses sourcils toujours froncés, par ses yeux largement fendus et demi-clos, enfin par sa moue continuelle. 11 avait une espèce de chaperon de laine jaune saillant sur le front, attaché sous le menton avec un cordon de cuir, et débordé de tous côtés par d'épais cheveux roux. Son costume consistait en une robe noire, longue, ouverte sur la poitrine, et découvrant un pourpoint d'étofl'e rouge brodé de signes cabalistiques en or. Les Bohèmes de ce temps-l'a ne portaient pas un accoutrement plus bizarre : Agrippa voulait qu'a la première vue on le distinguât du vulgaire des hommes.
Il s'ap])rocha lentement de l'oreille du roi , (jui le salua d'abord avec une crainte mêlée de respect.
2l SEIZIEME SIECLE.
« Mon pèie, lui dit François 1", que vous semble des conjonclions célestes ce jourd'hui ?
— Sire, reprit Agrippa d'un accent mélangé par les neuf langues qu'il savait, madame la duchesse d'Angoulème souhaite grandement que vous la joigniez sans délai en son oratoire. Sainael Machon.
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LES DEUX KOLS. 25