‹ Les deux fousChapitre 20 sur 28 · LES I)ELX FOLS. III · texte numérisé non relu

LES I)ELX FOLS. III

VOUS plaîl, a(in (|iril arrête ces piloyablos tVlats, d'aiilaiit qiio madamo ne les peut ouïr sans douleur.

— Non, ces oraisons le consolent, |>nis(|n'il n'a de recours (ju'en Dieu, reprit Diane qui l'ondail en larmes : ce que fait monsieur de Saint-Yallier est de bonne précaution; je voudrais que le roi François put entendre ces pieux concerts : il sentirait peut-être (piehpie remords de les avoir suscités ! Mais quels sont les autres (pii chantent en harmonie?

— Messieurs les gentilshommes du (hic de UourluMi, desquels l'arrêt s'en va être prononcé, réjiondit le geôlier; oh ! ils sont hien munis de prières, de façon qu'aucun n'alHe en purgatoire an sortir de ce monde ! »

Ces chants lugubres s'affaiblissaient et se confondaient en un murmure confus a mesure que Caillette, soutenant Diane d'une main tremblante, descendait avec elle le noir escalier tournant; leur guide était resté en arrière , et quand ils eurent le pied sur la dernière marche, un gros de personnes déboucha de la grand'salle, avec des flambeaux ; c'étaient des conseillers du iiarlement et des seigneurs de la cour, conduits par le chancelier Duprat ; Diane se retira dans l'enfoncement du vestibule pour leur livrer passage ; mais ces mots, jirononcés j)ar une voix qu'elle reconnut en frémissant, arrivèrent "a son oreille :

« Louange a vous, messieiiis! vous avez bien mérité du roi et de madame d'Angoiilême par votre dévoton a leurs ordres : l'arrêt contre monsieur de Bourbon est formidable ; celui contre monsieur de Saint-Vallier ne vaut pas moins. Ce dernier payera de son sang les épices du procès.

— Voulez-vous pas assister en cachette à la cérémonie de sa dégrada- ' tion? demanda le chancelier "a celui qui avait parlé ainsi.

— Ce spectacle sera pour moi jouissance du paradis, reprit la première voix avec un ricanncment féroce; car, auprès de l'exauctoration, ce n'est rien que la mort pour l'orgueilleux Saint-Vallier ! »

Ces paroles cruelles, empreintes d'une farouche ironie, furent interrompues par un lamentable gémissement, qui attira les yeux et les lumières vers l'endroit où Diane était tombée sans mouvement dans les bras de Caillette.

« Malédiction sur moi et sijr elle! s'écria le grand-sénéchal de Brézé, fixant un regard courroucé sur l'immobile el pâle visage de Diane. Qui donc a conduit céans madame mon épouse'? (pielle injure nouvelle me contraint h rougir publiquemenl? Malédiction!

— Monseigneur, dit Caillette avec une colère pleine de dignité, n'allez pas diffamer cette honorable dame; car moi, qui suis son humble et dévoué serviteur, la vengerai bien des outrages envenimés de votre langue.

— Qui donc tient co fior et assuré langage? se demandait-on de tontes parts.

— Eh! messieurs, répliqua Dujn'at, c'est maitrc Caillette, premier fol en titre d'office du roi notre sire !

— Larron, ravisseur, affronteur, cria M. de Brézé écumant et liors de lui, qui t'a baillé droit et pouvoir sur madame Diane de Poitiers, laquelle est ma femme légitime? Comment , de son château d'Anet, vint-elle 'a Paris sans mon ordre on agrément? Parle, fol enragé, sinon, messieurs les juges présents, jeté fais avaler mon épée, pour que la poignée te soit un bâillon propice à mon honneur.

— Messieurs, dit le chancelier qui aimait à railler, écartez-vous un petit, et laissez le champ libre à ces deux beaux champions, monsieur le grand-sénéchal do .Normandie contre le badin de Sa Majesté !

— Foi de gentilhomme ! rej)artil Fran(,ois P', qui percha la foule amassée autour de Diane évanouie, on cuiderait , à cette grande rumeur, que mon cousin de Bourbon a entendu l'appel de notre chancelier, et comparait à la Table de marbre! »

Le tumulte cessa tout 'a coup, et le roi, ayant aperçu d'un coup d'œil M. de Brézé, Diane et Caillette, changea de couleur, se mordit la langue, réfléchit un moment, se pencha vers Caillefte, et lui commanda d'enlever Diane sans délai; puis, de peur que M. de Brézé ne s'échappât pour suivre sa femme, il le saisit par le bras et le retint k la même place.

(I Messieurs, dit-il sèchement aux assistants, allez chacun ;i vos affaires , et me laissez aux miennes. Mon cousin de Luxembourg, vous me tiendrez bon compte de ce (pii sera fait. Demeurez toutefois, mon cher de Brézé : nous avons de quoi deviser ensemble. »

Pendant cette allocution. Caillette, 'a la faveur de la presse qui se portait en ce lieu-l'a, avait dérobé madame de Brézéîi l'attention générale, avec l'entremise des archers de la garde du roi ; il la coucha dans la litière, sans qu'elle eût repris ses sens, et les larmes de Diane coulèrent longtemps après son retour au labyrinthe.

Cependant le chancelier et sa suite étaient rentrés dans la graiid'salle du Palais; messire Charles de Luxembourg, comte de Boussy et de Ligny, accompagné des gens du Parlement, montait 'a la prison du comte de Saint- Vallier ; les lumières et les voix s'éloignèrent, et M. de Brézé resta seul, furieux et palpitant sous la robuste main de François I".

" Monsieur mon grand-sénéchal de Normandie, dit le roi après un intervalle de silence, (jui vous émouvait d'une si grosse colère? faisiez-vons querelle à mes gens du Parlement, de ce que monsieur de Saint-Vallier ne fut condamné qu'h la dégradation, a la torture et ii la peine de mort?

— Sire , répondit d'une voix éteinte M. de Brézé, ne savez-voiis [las la juste cause de mes emportements ?

— Vraiment ! fut-ce quelque taon ou mouche bovine qui vous picpiail à ce point?

— Alors, mon très-révéré seigneur, pouripioi me distraire de châtier la plus grande vilaine, et de revenger mon honneur conjugal"?

— Envers et contre qui , s'il vous plaît, mon bon serviteur?

— Sire , sire , ma déloyale épouse, la fausse Diane de Poitiers vint exprès en cette ville pour faire l'anivre de ma honte! bailloz-moi licence de la poursuivre, avant qu'elle s'échappe, cette Hélène ravie par un audacieux Paris !

— Oui-dà ! monsieur, la chose (jue vous diles esl moult à voire avantage, madame votre épouse étant telle que me l'aviez dépeinte, laide, sotte et dégoûtante.

— Oh! uenui , ne le croyez pas , sire : elle est si belle et si cliarmanle que dame Vénus serait envieuse eu la voyant.

— Foi de gentilhomme ! mou cousin, s'il en est ainsi, elle l'emiiorte d'autant sur votre première femme, madame Catherine de Dreux, et je vous loue d'un si galant choix.

— Laissez -moi aller, sire; l'injure est énorme, la punition sera (elle, et d'outre en part je passerai mon épée au corps de cette méchante el adultère femme.

— Hola ! monsieur , avez-vous la mémoire si courte qu'ayez oublié la lâcheuse histoire de feu monsieur votre père, Jacques de Crézé, lequel ayant par noire jalousie occi§ son épouse madame ma cousine Charlotte de France, lille naturelle du roi Charles septième et d'Agnès Sorel, fut jugé à mort en l'année 1 i81 ?

— Hélas! sire, force m'est d'en avoir bonne remembrance, puisque monsieur mon père ruina ses grands biens jionr le payement d'une amende de cent mille écus d'or au rachat de la peine capitale.

— Tel cas put échoir sous le règne de Louis onzième; mais, moi régnant, monsieur, tous les trésors d'Asie et d'Amérique n'auraient valeur sullisante pour acquitter le prix du sang.

— C'est le fait d'un roi ami d'équité, sire, et n'y contredirai-je point; mais quelle vengeance me faut-il tirer d'une infidèle qui a pollué la couche de son seigneur et maître?

— Monsieur, un procès en impuissance vous fut intenté naguère (il fait bon ici rougir "a cause de l'ombre du lieu); donc, ledit procès n'ayant eu sa lin légale, m'est avis qu'il devait avoir telles suites et conséquences en affaire amoureuse.

— Sire, vos paroles sont rudes, el vous n'usez rie merci amonrecianl.

— Certes , monsieur, vous n'êtes mon parent ni ami pour recourir 'a mon indulgence, lorsque vous-même paraissez tant impitoyaMe envers le pauvre comte de Saint-Vallier, votre beau-père?

— Sire, estimez ce qu'il convient de (iiire en celte occurrence : madame de Brézéa déserlé secn'tenieiil mon cliàteau d'Anet, et s'est rendue 'a Paris contie ma volonté, seion quelque méchant dessein contraire 'a ma gloire.

— Or, il convient, monsieur, que reveniez en voire château d'Anet, pour y attendre madame de Brézc, sans vous plus soucier de rien;

— Vous raillez, siro; car, ce pendant, (pie lera-l-elle, dont je n'aie vergoi^ne ?

— Oui-d'a, monsieur, après que vous avez poussé à la mort monsieur de Sainl-Vallier, cette belle dame s'en va priant qu'on accorde la vie sauve h son malheureux |tèie.

— Ce n'est pas l'effet de ces j)rières que je crains; car j'ai pour garant un beau serment de Votre Majesté, que le comte verra la place de Grève.

— Donc, liez-vous eu la parole royale, tant imprudente lut-elle, el départez proinptemenl i)onr votre ifrand'-sénéchausséede Normandie. ADien \ous coinmaud' !

— Sire, certainement, ma déshonnête épouse retrouvée, j'obéirai bientôt a Votre Majesté...

— Non , "a cette heure, moulez 'a clieval el pi(piez des deux, loul d'une traite, jusques'a voire maison d'Auel : lel e.sl mon bon plaisir.

— Sire, permellezque ce voyage soit pour demain; car point ne sais-je où madame de Brézé est allée...

— Parlez, vous dis-je, monsieur mon ami : les chevaux sont sellés, et s'il est besoin de vous réconforter, moi-même vous verserai le coup de l'étrier. A propos, en témoignage de ma grand'eslimcje veux que l'amende de cent mille écus d'or, payée au roi jiar feu Jacques de Brézé, retourne en vos colTres, s'il vous plail.

— Ail! sire, quels sont mes mérites pour une si haute et tant imprévue faveur !

— Or ça, vile, en selle, el force éperons! car ce soir, le couvrefeu sonné, si vous demeurez près de la ville ou dedans, je vous déclare rebelle cl vous reliens captif en ma grosse tour du Louvre. Dieu vous gard' ! »

— Sire, vos boutés passent vos cruautés, et quoiqu'il me coûte, voici que je pars !

François!" appela imi)étueuseme)it son capitaine des gardes, et beau-

LES DEUX FOUS. tl§

ooiip Ao monde vini aussitôt à cet apiiel , non sans craiiulro qno la iiersonne royale conn'il (iiiekiiic danger : jugos, liiiissiers , avocats , archers, gentilshommes et princes s'agitèrent piMe-mèle autour de François I", qui tenait toujours le bras de M. de Brézé.

« Cliappuys, dit le roi en élevant la voix de manière a être entendu de tous les assistants, j'apprends que monsieur notre grand-sénéchal de Normandie souhaite retourner en sa juridiction; mais il emporte de si grosses sommes d'argent, qu'il n'ose se mettre en roule, de peur des brigands et routiers qui battent les chemins. Donc, dans l'intérêt de son salut et de sa bourse , je te prie d'élire cinquante de mes gardes armés de toutes pièces, pour accompagner ledit seigneur sénéchal jusques a son château d'Anet; orçà, ne tardez d'une minute 'a ce faire?

— Sire, répondit le capitaine Cliappuys s'inclinantjnsipi'a terre, messire le grand-sénéchal sera eu sûreté sous mon escorte, fût-il porteur des trésors rie votre épargne, et point ne m'éloiguerai-je de lui à la dislance d'une demi-pique.

— C'est un louable dessein, reprit le roi; adieu vous donne , monsieur de Brézé, et une accolade!

— Sire, répliqua celui-ci dont la voix tremblait ainsi que tout son corps, en mon absence, n'allez pas omellrç la foi jurée devant le crucifix, touchant la vengeance 'a tirer du sieur de Sainl-Vallier!... »

François ï" se tut et tourna le dos 'a M. de Brézé, que le capitaine Chappuys entraînait d'un autre côté, sans lui laisser le temps de recommander Diane a la loyauté du roi. Mais, avant de quitter Paris, le grandsénéchal fut réintégré dans les deniers provenant de l'amende payée par sou père, et bientôt après, ce triste mari, accablé de fâcheux pressentiments, galopait sur la route de Dreux, en compagiiie de cinquante soldats bien montésel bien armés, qui legardaient àvuecommeun prisonnierd'Élat.

Cependant messire Charles de Luxembourg, comte de Brienne, de Ligny et de Roussy, chevalier de Saint-Michel, qui avait été chargé par le roi d'ôter le collier de l'Ordre a M. de Saint-A'allier, jugé à mort dans le lit-dejustice tenu ce jour-l'a même, s'était transporté dans la Tour Carrée de la Conciergerie , et la, assisté du président Leviste, des conseillers Jean Papillon, Jean Berruyer, François Tanet, Pierre Clutin, Raoul Dumeret, et du greffier-criminel maître Nicolas Malon, il se rendit au cachot du condamné.

Ce vieillard , que la visite de sa fille avait rempli d'une joie mélangée de tristesse et d'inquiétude, gisait sur la paille humide et sentait redoubler les ardeurs de la fièvre a laquelle il était en proie.

Il savait l'honneur de Diane livré 'a la merci de François I", et celte idée faisait taire chez lui toutes les autres; il oubliait alors et sa condamnation

imminente et la peine capitale qui en serait la snile inévitable, pour ne voir que la honte entrer dans sa famille avec une maîtresse royale. Son esprit, affaibli depuis plusieurs mois par les soulfrances physiques et morales, succombait à cette crainte encore imai^inaire, et se plongeait avec désespoir dans les rêves les plus sombres.

Le départ de sa fille l'avait laissé morne et découragé, comme s'il voyait se fermer la fosse sur un cercueil , et il s'était mis a psalmodier le Deprofundis, k chanter la messe des morts ; au milieu de ces chants funèbres , il avait été pris d'un accès de fureur horrible, pendant lequel il se jetait de toutes ses forces contre la muraille, les bras ouverts comme pour étreindre un ennemi ; puis, brisé du choc, épuisé de fatigue, il s'apaisa tout a coup, saisi d'un tremblement convulsif. el se traîna en gémissant jusqu'au fumier qui lui servait de lit: il y resta sans mouvement et sans voix, on l'eût cru mort.

Lorsqu'il entendit rouvrir la porte ferrée de sa prison, il ne se releva point et ne tonina pas même la tête; il s'écria seulement d'une voix caverneuse :

<i Par mes sept tours de Pisançon! est-ce pas le médecin a tous mes maux temi)orels? Vite, bourreau, brandis ta hache et fais ton oflice avant que j'aie connu les faits honteux de ma très-chère lille... Toutefois, Ta haut les verrai-je! »

Les gens du Parlement, en robes rouges, furent introduits par l'huissier, qui annonça d'une voix éclatante: la Cour! Ils se rangèrent lentement autour du iirisonnier, else tinrent immobiles en silence ; le grelller-criminel Malon, qui n'avait pas la visière nette et la main sûre, s'assit sur un escabeau boiteux , et s'occupa machinalement a rédiger le procès-verbal, en rêvant au vin qu'il avait bu el à celui qu'il boirait encore. Le président Leviste porta d'abord la parole :

i< Jean de Poitiers, seigneur de Saint-Val lier, dites vos noms, qualités et raisons. »

Le comte de Saint-Vallier refusa de rc'pondre h cette injonction plusieurs fois répétée , et ne bougea pas plus qu'un cadavre dans la tombe : il avait les yeux fixes et la prunelle dilatée, la face grimaçante et le teint enflammé.

(c Maître Malon, continua le président, écrivez que, nous étant transportés en la Tour Carrée où était ledit comte de Saint-Vallier, l'avons trouvé couché et malade.

— Saint-Vallier, ajouta M. de Luxembourg, je suis venu, par le commandement du roi notre sire , alin de procéder h votre exauctoration de l'ordre. Grellier, lisez haut et clair les lettres-patentes de Sa Majesté, en vertu desquelles nous agissons. »

Le grcrtier-ci'iniinel toussa, cracha, éterniia selon l'usage immémorial des grediers, et déchiffrant a force de besicles l'ordonnance suivante écrite avec les abréviations du grimoire de la chancellerie, il la lut d'un ton nasillard et indécis :

« Moi, François, parla grâce de Dieu, roi de France, faisons savoir à tous nos amés et féaux les gens de la Cour du Parlement de Paris, (jue notre cher cousin mcssire Charles de Luxembourg , chevalier de notre ordre , comte deRoussyet de Ligny, a reçu de nous charge expresse de procéder a l'exaucloration etôter l'ordre audit de Poitiers, déclaré par arrêt de ce jour privé et débouté de tous honneurs, dignités, prérogatives et prééminences ; a cette cause, êtes priés d'assister niondit de Luxembourg en ce qu'il fera. Donné a Paris, le seizième jour de janvier, l'an de grâce 1524, et de notre règne le dixième. Ainsi signé par le roi en son lit-de-justice,

ROBEUTET. »

« Par mon blason sans tache! s'écria M. de Saint-Vallier, qui s'était levé sur son séant avec indignation , le roi n'a point le pouvoir de m'ôter ledit ordre sans que tous les chevaliers de Saint-Michel soient présents et assemblés.

— Maître Malon, dit le président , tenez acte de cette réponse.

— Oh! reprit le vieillard dont les yeux se mouillèrent, c'est me faire tort et injustice , d'autant que n'ai nullement mérité que l'on m'olât l'ordre ; car je suis du tout innocent, selon les beaux aveux que j'ai faits, sans y être forcé, à monsieur le président de Selves.

— Saint- Vallier, repartit Charles de Luxembourg , j'ai charge et mandement du l'oi de mettre la sentence en exécution , et ce ferai. Or, dites ce que devint votre collier, que je ne vois pas pendu à votre cou?

— Répondez au roi de ma part qu'il saura bien où et comment j'ai quitté mon collier de l'ordre, lequel siérait malhun chef tranché en place de Grève.

— En ce cas, prenez cet autre collier pour l'exécution de la sentence.

— Cet autre, point ne le connais , et ne suis tenu de le regarder comme mien ; car ce n'est pas celui que le roi me bailla de sa propre main. Veuillez

• donc, s'il vous plait, me laisser Tordre, sinon la vie.

— ÎMonsieur, interrompit le président, le meilleur est pour vous d'obéir au roi , qui m'a envoyé céans avec lesdils conseillers pour assister messire de Luxembourg. Aussi bien, il nous faudrait user de contrainte, a l'effet d'exécuter la sentence portée.

— Tirez-moi de peine, messeigneurs, répliqua le prisonnier avec une noble fierté : 'a cette heure, l'arrêt de mort est-il donné contre moi? 'a quand le supplice?

l\8 SEIZIÈME SIÈCLE.

— Nous n'avons mission de vous satisfaire sur ce point, dit le président, et vous serez plus tôt que tard informé du demeurant.

— Je comprends par la que tout est dit, et ne requiers de vos bontés que la grâce d'embrasser ma iillc Diane une dernière fois ; en attendant ce, je veux de bout en bout obéira Sa Majesté, puisque c'est son bon plaisir. »

M. de Luxembourg s'approcha de Sainl-Vallier, lui mit au cou le collier de l'ordre qu'on avait apporté à cet ellet et ordonna au greflier-criminel de relire la sentence d'exauctoration. Après lecture faite, il retira le collier en le passant par-dessus la tête du condamné qui pleurait, se frappait la poitrine et baissait la tète pour cacher sa rougeur.

« Messeigneurs , disait tout haut Saint-Vallier , voici que je reçois le coup de mort; car je n'en sais pas de |)lus rude pour un bon gentilhomme.

— Signez au procès-verbal, dit alors le président eu lui présentant la plume et le parchemin.

— Maître Malon , dit tout bas à celui-ci le conseiller Tanet, viendrezvous pas soujjcr ce soir avec de joyeux confrères, avocats, juges et procureurs? on boira du vin vendangé aux vignes du palais.

— Oui-dà ! répondit l'autre, volontiers ; la séance est close et l'appétit ouvert.

— Ores, messieurs, dit M. de Luxembourg aux conseillers qui se retiraient, je m'en vais raconter h Sa Majesté comme la chose s'est passée.

— Deux mots en plus, ajouta M. de Saint-Vallier en le retenant d'un air mystérieux ; rapportez aussi au roi qu'ayant ravi l'honneur au père , il n'ôte point encore celui de la lille. »

Ayant prononcé tristenu'ut ces paroles, il poussa un éclat de rire insensé, parcourut la }>risou à ([ualre pattes, chaula un noi'l dauphinois, et frappant son front contre l'angle iliiu mur, se lit une large blessure d'où le sang jaillit h flots.

« Voyez, cria-t-il : cette vive couleur écarlat(î est propre 'a teindre la robe d'un conseiller, voire d'un président! »

M. de Sainl-Vallier était fou.

LES DlilX FUI S. I in

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