‹ Les deux fousChapitre 6 sur 28 · VV. -- À · texte numérisé non relu

VV. -- À

Srr, LES FOLS DKS UOIS DE FRANCE. IX

empreints d'iiiu' pliilosoijliic joviale et railleuse qui (levan(,'ail le siècle.

Cependant Villon avait l'âme trop élevée et l'esprit trop indépendant pour se prêter à l'ollice de l'on du roi, îi moins qu'on W'iil force d'échanger le collier de corde contre un bonnet à grelots, la société des pendus au gibet de MonU'aucon contre celle des courtisans sous les grilles de l'Iessisiès-Tonrs. liientot il eût IVaiipé de sa marotte le roi lui-même, et il aurait fait payer ses ilattories par des coups de massue : c'est ainsi qu'il se conduisit en Angleterre, où il avait trouvé un exil honorable auprès du roi Edouard V, qui l'avait en grande privaulè. Edouard lui montra les armes de France en peinture dans sa garde-robe , et lui dit : « Vois-tu quelle révérence je porte à tes rois français '? — Vous êtes avisé et curieux de votre santé, repartit Villon; en voyant ces armoiries, vous éprouvez une peur si horrilique au ventre, que vous n'avez que faire des soins d'un apothicaire. «

Villon, banni d'Angleterre pour ce sarcasme imprudent, repassa eu France, sans que la vieillesse l'empêchât de follirr comme en son jeune temps. Il excellait;! jouer le rôle du diable dans les wuslères, et il se vengea cruellement de frère E^tienne Tappecoue , sacristain de l'abbaye de Saint- Maixent , ipii avait refusé "a la troupe diabolique une chape et une étole pour habiller Dieu le père. Le malheureux Tappecoue, qui était allé a la quête, fut assailli par les joueurs, n caparaçonnés de jjcaux de loups , de veaux et de brebis; passemenlés de fêtes de moutons, de cornes de bœufs et de grands havets de cuisine; ceints de grosses courroies, auxquelles pendaient grosses cimbales de vaches et sonnettes de mulets; aucuns tenant en main bâtons tons pleins de fusées; autres portant longs lisons allumés. " La jument, elfrayée des hurlements, des cimbales et desartilices, s'enfuit 'a travers champs, et frère Tappecoue, qui tombale pied droit entortillé dans l'étrier, fut traîné à écorche-cul par les haies, buissons et fossés, et mis en pièces, de telle sorte que la jument ne rajiporta au couvent que le pied et le soulier du sacristain.

Lii-dessus Villon dit à ses diables : » Vous jouei'cz bien, messieurs les diables, vous jouerez bien, je vous allie, ô que vous jouerez bien! »

Charles VIIl, qui s'était proposé pour modèle de folie et d'héroïsme Alexandre, roi de Macédoine, préférait 'a des fous vêtus de soie et armés de marottes certains fous plus aventureux, habillés de fer et chevauchant la lance en arrêt. On ne lui connaît pas nu seul fou de séjour, c'esl-'a-dire attaché à sa maison royale et couché sur l'état de sesolliciers.

Son dédain pour les fous en titre d'olHcc venait peut-être " de sa petite stature et débile complexion, » qui aurait pu prêter matière a quelque maligne allusion fournie par la taille exiguë et l'apparence chétive de ces êtres incomplets; peut-être aussi la franchise téméraire d'un fou causa-t-elle la disgrâce du bonnet a grelots, s'il est vrai que Piabelais ait représenté Charles VIII sous les traits de Piclirocole, qui, « ne se contentant de son grand, très-ample royaume et si étendu, voulut avoir celui des Deux-Siciles et par ce moyen se faire couronner empereur de tout l'Orient. »

Une querelle s'élève entre des bergers et des /"oi/ar /ers (marchands de galettes) : la guerre s'allume entre le roi Gargantua et le roi Pichrocole. Celuici , dont le nom indique le caractère bilieux et emporté, tient conseil avec ses généraux sur les opérations de la campagne; l'ambition et la flatterie font marcher si précipitamment les projets de l'assemblée, que déjà la France est subjuguée, l'Espagne est conquise , puis l'Italie, et la Turquie, et l'Asie, et le monde entier ; d'un mot, on force des villes, on détruit des

X KSSAI IIISTOKIOIK

armées, on traverse des mers, ou IVaiichit les colonnes d'Hercule. Voici Barberousse tiui se rend esclave du vaimiucurel se fait baptiser! voila les biens elles terres des vaincus distribués aux compagnons du béros !

<i La présent était un vieux t;enlilbomme , éprouvé en divers basards et vrai routier de guerre, nommé Ecbepliron (c'est-a-dire qui a de la sagesse), lequel, oyant ce propos, dit : " J'ai grand'peur (pie toute cette entreprise sera semblable à la i'arce du pot au lait , du(piel un cordonnier se faisait riche par rêverie; puis, le pot cassé, n'eut de quoi dincr. Que prétendezvous par ces belles conquêtes? quelle sera la fin de tant de travaux et traverses?— Sera, dit Piclirocole , que nous, retournés, reposerons a nos aises. — Donc, dit Ecliepiiroii, et si par cas jamais n'en retournez (car le voyage est long et périlleux), n'est-ce mieux que dès maintenant nous reposions sans nous mettre en ces basards? »

Ce iirudent avis , renouvelé de celui de Cynéas 'a Pyrrhus, fut-il adressé à Charles VIll par un fou, i> ijui la gloire n'avait i)as tourné la tête? Ce bon petit roi (jui n'orait (juh'c de sens , au dire d'un chroniiiueur, reconnut bientôt, ajjrès les malheurs de l'expédition d'Italie , qu'il eût sagement fait d'écouter le consisil de son fou.

N'est-ce pas 'a cette époque qu'il faut rattacher l'existence d'un fou célèbre, cité par Érasme dans cette phrase : CaiUcde cl Na(/o ont-ils jamais rioi dil de plus sot? I.e nom de -V«r/o est le même ipie <'elui de Nabo , idole adorée anciennement en Palestine ; on le dériverait encore raisonnaiilemeut du bas latin migo, (pii signifie j'erre ou je chamelle.

Louis XH , de qui l'humeur enjouée et les saillies piquantes contrastaient avec la gravité austère de sa tant botine femme Anne de Bretagne, avait deux fous. Caillette et Triboulel, dont François l" hérita ainsi que de la couronne de France.

Caillette, qui ne descendait proliablenient pas d'une folle appelée Cailletia, née a Gaète et vivant vers 1 1 iO, selon Jovien Ponlan dans ses IHaloçiaes , était fameux dès l'année li!)8, puisqu'il est nommé el pourtraii au naturel dans le poi'nie latin de .buMpies Locher, intitulé ; Navis sluUifera, conijiosé d'abord en allemand par Sébastien Braudt , et traduit eu rime frauvaise par Pierre Rivière, édition de Paris, liU7, in-folio. Ce poëmc, plus remaniuable par l'idée que par l'exécution , représente le monde comme un grand vaisseau où s'eruharquent toutes les folies, pour se noyer en route ou arriver 'a bon port, sans que les fautes des passagers parviennent 'a compromettre le salut du navire, allégorie philosophique empreinte du génie allemand et imitée de la danse macabre.

La Aef des fols du monde offre le personnage de Caillette comme le patron des modes nouvelles qui furent adoptées 'a la fin du quinzième siècle. Sur la gravure, le costume de ce fou semble noir avec des taillades blanches, ÎU'espagnolc; son pourpoint est déchiqueté, surtout aux manches; ses stuiliers le sont également; ses chausses serréesdessineut bien les formes de la jambe ; il a les cheveux longs et frisés, la barbe rase, avec une chaîne d'or au col. La ligure de Seigni Joan est en regard de celle-ci pour personnitier les anciennes modes qui étaient en usage avant le temps où « les hommes se prirent îi se vêtir plus court que onc, ainsi comme on soûlait vêtir les singes, et se mirent a porter si longs cheveux , qu'ils leur empêchaient le visage et les yeux; de plus, ils portaient de hauts bonnets sur leur têtes trop miguouuement, et des souliers 'a trop longues poulaines. Or, valets, mêmement, 'a l'imitation des maîtres, et les petites gens indif-

SUH LES FOLS DES KOlS HE FUA?iCE. XI

féremment portaient <les pourpoints de soie ou de velours, choses trop vaines et sans doute iiaineuses a Dieu. »

On doit rendre a (laiilette une aventure que Hernier, dans VHiatoire de Blois, attribue a Triboulet, et que Bonaventure Desperiers a rapportée le premier dans ses Xouvellcs rccrcations et joyeux devis.

Les pages avaient cloué l'oreille de Caillette aun poteau, et Caillette, qui pensait demeurer là le reste de sa vie, ne disait mol : un des seigneurs de la cour passe et le voit ainsi en eonseil arec ce pilier; aussitôt il le fait dégager et s'enquiert des auteurs de cette malice pour les punir. Caillette, en sou idiolisnte , répond oui a toutes les questions et promet de reconnaître \c perce-oreille. On fait venir tous ces gens de bien de pages eu présence de ce sage homme Caillette, et on les interroge l'un après l'autre; mais chacun de nier effrontément. Allez faire dire oui à nu page quand il y va du fouet ! Caillette disait tout has : « Ce n'a pas été moi aussi! » Eulin l'écuyer demande au dernier page qui restait s'il s'avoue coupable de ce méchant tour : " Noini, nwnsierir, je n'y étais pas ! » Alors Caillette, (pii ne se souvenait plus de son oreille, s'imagine qu'on le somme de répondre 'a la même interpellation, et répète d'un air contrit : » Je n'y étais pas aussi ! »

D'après cette anecdote racontée par un contemporain. Caillette devait être un fou sans mémoire et sans passion, une espèce de brute pétrie debêtise et de bonhomie, un marmouset grotesque, amusant par sa simplicité idiote autant que par son accoutrement ridicule. ()uanl à l'étymologie de ce nom, (pii a passé dans la langue, ou balance entre caillette, petite caille ipii se laisse prendre dans les lilets où l'allire un miroir au soleil, caillette, tripe de veau ou de mouton qui sert 'a (aire cailler le lail, et même caitlelte ou cauchoise, du pays de Caux : l'analogie d'un fou avec une caille qui caquette sans cesse est frappante.

Ce nom-là s'employait au figuré, du vivant de l'individu qui le portait; car Marol écrivait en 151,"), que, s'il était jamais amoureux, il consentirait à être appelé caillette. Bèze , dans son Passacant , dit au président Lizel : « Si tu parlais ainsi, même en Sorbonne, tous tes confrères se riraient de toi comme d'une caillette. » Le proverbe traditionnel de Montpellier était fou comme Caillette; enfin ce passage de la Satire Ménippée ne laisse aucun doute sur l'origine de ce nom : « Et ce n'est pas sans cause que les autres nations nous appellent caillettes, puisque, nous, pauvres cailles coift'ées ( c'est-'a-dire comme femmelettes) et tro|) crédules, les prédicateurs et sorbonnistes nous font donner dans les rets des tyrans. »

Aujourd'hui ce mot est une injure fort usitée à Paris pour désigner une ' personne iiuliscrète, frivole et babillarde; ainsi nombre de gens ne soupçonnent pas avoir un fou pour patron.

Triboulel , le second fou de Louis XII, est plus connu par les facéties qu'on lui a prêtées et qui en feraient presque un sage, si les inventeurs d'ana n'avaient pas seuls contribué aux frais de son esprit. Le nom seul de Triboulel, formé du vieux verbe tribouler , dont il ne reste que tribulation, atteste assez la fâcheuse situation de ce pauvre insensé à la cour. On lit dans Alain Chartier : « Aux bons les adversités viennent et sont foulés et par fortune triboulés »; dans Froissard : « En Angleterre pour cette saison ils étaient tous triboulés et en mauvais arroi <>; et dans Paquier : « Triboule ménage », pour trouble ménage. Il est donc certain que ce nom n'est pas tiré du grec triballos, fainéant , ni de triballe , (}ui était sy^

XII ESSAI HISTOHiaUE

nonyme de rôtisserie h Blois, ni du latin tripula, diminutil' do tripe. Trihoulet se traduirait bien par notre mot moderne de souffre-douleur.

" Loin d'être un de ces fous spirituels qui réjouissent par des bons mots, dit Dernier, bien instruit par la tradition de Blois, ou qui disent au hasard quelque chose de sentencieux , ce n'était qu'un pauvre hébété, natif du Foiz-lez-Blois. Comme les pages, les laquais et les enfants abusaient de sa misère, le roi Louis XII eut la charité de le commettre aux soins d'un içouverneur qui empêchait qu'on ne lui fit du mal. C'est pourciuoi Michel Le Vernoy paraît employé, dans l'état de la maison du roi, en qualité d'aide et de gouverneur de Triboulet. »

C'est apitaremment de ce gouverneur qu'il s'agit dans une nouvelle de Bonaventure l)es|)eriers. Louis XII devait faire son entrée dans la ville de Rouen; Triboulet lut envoyé devant pour annoncer la venue du roi: n'élait-ce pas un étrange ambassadeur? Il était le plus lier du monde en se voyant sur un beau cheval caparaçonné de ses couleius, et tenant sa marotte des bonnes fêles; il piquait, il courait, il n'allait que trop. « Il avait un maître avec lui pour le gouverner. Eh ! pauvre maître, tu n'avais pas besogne faite! Il y avait belle matière pour le faire devenir Triboulet lui-même. » Ce gouverneur lui ordonnait d'arrêter, et Triboulet, qui craif/nait les eoups (car ([uelquefois son maître lui en donnait), s'ell'orçait d'arrêter le cheval à grands coups d'éperons, haussant et secouant la bride. « N'arrêterez-voiis pas? lui criait son maître en colère. — Le méchant cheval! répondait Triboulet, je le pique tant que je puis , et encore ne veut-il pas arrêter ! »

On voit (jue les fous d'olïice étaient, comme les petits pages, sujets aux étrivières, et Triboulet, qui en avait une telle ai>préhension , ne redoutait pas moins le bruit de l'artillerie lorsqu'il accompagnait le roi "a la guerre. Jean Marot l'a placé dans un coin du tableau où il peint le siège du château de Pescaire par les Français , dans l'expédition de Venise en 1509.

Triboulel, loi ilii roi, oyant le briiil, l'horreur,

Courait parmi la clianihre en si grande IVayeur,

One, s(nis un lil de camp, do peur s'est retiré,

Kt crois iiu'cncoi'c y fut, qui ne l'en eut tiré.

N'cl ili> iMi'iïcilli' ildiic si sages craignent cnups

Oui lonl (l'Ile livnii'ur aux innocents et fous!

Trihiiulct lui un loi , de la t(He écorné.

Aussi sage a treule ans que le jour qu'il fut né,

l'otil Iruiil et gros yeux, nez grand et taille à vole (voftte),

ICsIoniac plat et long, liant dos à porter liotle :

t'haciin coiitrcresail, elianla , dansa, préclia ,

lit de tout si plaisant qu'onc lioninie ne lâcha.

La présence de Triboulet 'a l'armée n'était pas extraordinaire aloi's, quoiqu'elle fût ))eu eu ra])poi1 avec les scènes sanglantes et terribles de la guerre : la chevalerie opposait par la le rire \\ la mort, et affichait son mépris pour la vie; d'ailleurs on ne se battait pas toujours, et après les grands coups dclancc, les petits coups de langue. Pendant la bataille de Cérisolles , en 15'i'i, le marquis du Cuast, lieutenant de Charles- Quint, crutnn moment que la victoire était 'a lui, et, pour en transmettre la nouvelle 'a sa femme, il dépêcha son fou en lui baillant armes et cheval et outre lui promettant deux cents c'cus jiour prix de sa commission; mais la chance tourna et les Impériaux furent battus. Le boulfon . fait prisonnier en chemin, fut amené devant It; duc d'Engiiien, auquel il raconta l'objet de son ambassade. " Mais qiî'f'si devenu le marquis? demanda le duc d'En-

Sllt LES FOIS DES ROIS DE FRANCE. XIII

ghieii. — Je crois, répondit le fou, (iiie le marquis a voulu gagner luimême son argent, et qu'il est allé avant moi porter la première nouvelle de sa victoire. »

Le portrait que Jean Marot trace de Triboulel n'est pas plus flatteur que celui que Rabelais en a fait, lorsque Panurge, après avoir récité avec Pamagruel les litanies de ce fol à vingt-cinq mrra/.s' dont les vinijt-qualre font le (ont , le consulte pour savoir si lui , Panurge, doit se marier ou non.

Triboulet étant arrivé îi Blois, on lui donna " une vessie de porc bien enflée el résonnante à cause des pois qui dedans étaient, plus une épée de bois bien dorée, plus une petite gibecière, faite d'une coque de tortue, ])lus une bouteille dissée pleine de vin breton el un quarteron de pommes. Triboulet ceignit l'épée et la gibecière, prit la vessie en main, mangea une partie des pommes el but tout le vin; Panurge le regardait curieusement et dit : « Encore novis-jeonc fol qui ne bût volontiers et a longs traits. » Ensuite il lui exposa clairement son affaire; mais, avant qu'il eût achevé, Triboulet lui appliqua un grand coup de poing entre les deux épaules, lui rendit en main la bouteille vide, le nasarda avec la vessie, et prononça cet oracle en branlant la tète : Dieu '. Dieu ! fol enragé, gare moine, cornemuse de Buzançai.

L'a-dessus il s'éloigna pour secouer sa vessie, en se délectant au mélodieux son des pois, et refusa d'ajouter un seul mot. Panurge l'ayant pressé de questions, le fou tira son épée de bois pour l'en frapper. « Bien fol est-il, dit Panurge, cela ne peut se nier; mais plus fol est celui qui me l'amena, et moi très-fol qui lui ai comniuni(|ué mes pensées. »

Alors Pantagruel interprète la prophétie à sa manière, en disant que Panurge est bien fou de se marier sur ses vieux jours, qu'un moine troublera son ménage et le rendra ridicule comme une cornemuse. Mais Panurge explique à son avantage les paroles de Triboulel, en se glorifiant d'èlre fou puisque tout est fol, en assurant que le moine ne sera qn'uu moineau semblable à celui qui chérissait la Lesbie de Catulle, et en se réjouissant d'être prédestiné à ouïr les sons de la rustique cornemuse.

Triboulet avait acquis, ])ar ses faits et gestes, une réputation si populaire qu'on disait proverbialement, pour témoigner le peu d'estime qu'on faisait de quelqu'un : Je m'en soucie comme de Triboulet.

Triboulet ne fut sous Louis XII qu'un pauvre imbécile, toujours tremblant au claquement du fouet de son gouverneur, toujours en querelle avec les pages qui le bafouaient; mais sous François I" il devient un personnage, il a son franc-parler sans crainte des étrivières , il siège dans le conseil du roi, il se moque de son maître el de toute la cour; c'est Diogène dans son tonneau, tenant tête 'a Alexandre.

Il faut avouer que les auteurs d'anecdotes ont babillé Triboulet de toutes les guenilles des fous et des badins de son siècle; ainsi , telle repartie dont on fait honneur a l'élève de Michel Le Vernoy a été traduite de l'espagnol ou de l'italien. Il est donc certain que bien des folies ont passé sur le compte de Triboulel, qui leur a prêté la sauvegarde de son nom, de même que les anciens rhapsodes rendaient Homère responsable de leurs vers, et s'incorporaient à la gloire du chantre de V Iliade. Cependant on peut citer quelques-unes de ces réponses attribuées à Triboulet comme des modèles du genre d'esprit qu'on attendait d'un fou en titre d'office; vienne ensuite

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