‹ Les deux fousChapitre 8 sur 28 · XVIII ESSAI HISTORIQUE · texte numérisé non relu

XVIII ESSAI HISTORIQUE

— Bon! s'il m'amène des clicvaux pour mon argent, répliqua le duc, quelle folie aurai-je faite qui mérite être mise en ton livre?

— Il n'y aura rien de içâté , repartit le bouffon ; car, s'il revient avec les chevaux, j'effacerai ton nom de mon papier et y mettrai le sien.

Triboulct, que Boncliet aurait nommé si l'anecdote avait eu rapport 'a lui, monint ]ieu de temps après l'année 1535. puisqu'un vers de Clément Marot. dans VÊpitrc du Coq à l'Aue, publiée cette année-la, parle des Mores et des .)foc/sr/i/M qui rivalisaient avec le boutfon du roi, quand la prise de Tunis par Charles-Quint eut donné au roi jjlusieurs monstres humains qu'on recrutait en Afrique pour les menus plaisirs de la royauté.

Tii ne sais pas : Tunis est prise, Trihoulel a frères el sœurs.

Les Mores du roi étaient aussi des espèces de bouffons qui chantaient des chansons étrangères el dansaient des danses grotesques. Tribouiet succomba peut-être au chagrin qu'il ressentit de se voir préférer ces visages noirs et cuivrés qui divertissaient les dames. L'auteur de sa disgrâce ne serait-il pas le nommé Ortis, que Clément Marot intitule More du roi dans l'épitaphe épigrammatique on il nous apprend (]ue ce mahométan se lit chrétien au lit de mort , et voulut être enterré en habit de cordelier, suivant un usage commun alors chez les princes, puisque le fameux Albert Pio de Carpi devint aussi cordelier après sa mort. Voici l'épitaphe d'Ortis :

Sons celle tomlie gll, et (|ni?

Un uni clianl.iit la cochiqui-.

Ci gil ((ue dure mort piqii.T

Un qni (iinntai! la rochiqtia :

Ccsl Orlis! oli ! quelles douleurs!

.Nous le vimes de Irois cnnieurs

Tout mort . il m'en snu\ii'iil cncoro

Freniièreuieiit il élait More ;

Puis, eu luihll de conleliei',

Fui tnlerrê sous ce pilier;

Kl avant qu'eût l'esprit rend»,

Tout le sien avait dépendu ( dépensé).

l'ar ainsi, mourut le fidâlre ,

Aussi lilanc eommu nu siiede pliilre.

Aussi gris ([u'un foyer ceuilreux ,

Et noir ooniinc nu hiMU dialile ou deus.

Tribouiet avait un rival plus redoutable 'a la cour de François I" : c'était un nommé Villemanocbe, ipii, dit Pasqnier dans ses lettres, " ne péchait en toutes les Ibnclions de son entendement, sinon lorsqu'il entrait sur l'espoir de ses mariages ; estimant (ju'il n'y avait grande princesse qui ne fût énamourée de lui. » Villemanocbe, a l'onV/toc duquel (élément Marot consacra un rltccitr de folie, avait dressé une généalogie imaginaire, oti il faisait descendre ses ancêtres, appelés les Pirhelins, de tontes les familles souveraines de l'Europe : armé de cette curieuse généalogie, qui est aujourd'hui conservée parmi les manuscrits de la Bibliotliè(|ue royale (fonds Colberl); vêtu d'une longue robe de docteur, il allait quêtant un(> femme auprès des grandes héritières de la cour, et cherchait 'a leur démontrer par ses harangues que la France était intéressée a perpétuer la race picheliiie.

Il Brusquet a été le premier homme pour la bouffonnerie qui fut jamais, dit Branlonie, qui lui a donné place parmi ses Hommes illustres, et nul ne lui pourrait être comparé, fût jiour le parler, fiit pour le geste, fi'it pour écrire, fût pour les inventions, bref pour tout, sans offenser ni déplaire. »

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