‹ Les deux fr`eresChapitre 4 sur 37 · S^a cotxa^poniancc bc ^o^epÇ ic '^ahttc · texte numérisé non relu

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fOS deux premiers chapitres ont fait connaître Jose])h de Maistre comme homme puhlic. Nous voudrions maintenant le montrer dans l'intimité, et pour cela, nous n'avons qu'une chose à faire, produire ses lettres, — quelques-unes du moins, car il en a écrit un nombre incalculable. Beaucoup ont été perdues ; on en découvre de nouvelles tous les jours. Dans son grand ouvrage sur le comte de Maistre, François Descostes en a publié de charmantes et complètement inédites. Pour nous, forcé à nous borner, nous mettrons sous les yeux de nos jeunes lecteurs tout ce que contiennent de plus intéressant les deux volumes intitulés : Lettres et opuscules du comte Joseph de Maistre, publiés par son fils Rodolphe. Nous suivrons l'ordre chronologique, en ayant soin toutefois de commencer par les lettres adressées aux membres de la famille, qu'il convient de séparer des autres.

Devons-nous rappeler ici que les lettres de Joseph de Maistre sont un modèle du genre épistolaire et que le style en est tout à fait remarquable comme les pensées et les sentiments ? Voici du reste à ce sujet l'opinion de quelques bons juges.

(c Les lecteurs inattentifs ne soupçonnaient aucunement les trésors (|ue recèle sa correspondance, — surtout les lecteurs ([ui ne connaissaient de ses ouvrages (jue les fragments soigneusement découpés par une critique malveillante. Pour les uns, le comte de Maistre n'était qu'une sorte de faux voyant^ tranchant du prophète et lançant des

oracles que le temps, à bref délai, se chargeait de démentir: iioiir d'autres, qu'un ianati(|ue larouciie, un terroriste blanc, rêvant d'asseoir dans le sani;- une royauté arbitraire, asservie elle-même à une théocratie ombrageuse.

» La méprise durait depuis un demi-siècle, quand la publication des pa[)iers de famille est venue éclairer l'écrivain d'un jour nouveau et commander pour l'homme non plus seulement l'admiration et le respect, mais la sympathie: « L'homme supérieur, dit Sainte-lieuve, et, de plus, l'homme excellent, sincère, amical, père de l'amilie, s'y montre à chaipie page, dans toute la vivacité du naturel, dans tout le piquant de l'humeur et, si l'on peut dire, dans toute la gaité et la cordialité du génie. C'est le meilleur commentaire et le plus utile correctif que pouvaient recevoir les autres écrits si distingués, mais un peu altiers, du comte de Maistre. On apprendra de près à révérer et à goûter celui qui nous a tant de fois surpris, provoqués et peutêtre mis en colère. Ce puissant excitateur de hautes pensées politiques va devenir une de nos connaissances j)articulières, et, peu s'en faut, un de nos amis. »

» Cette correspondance est proprement un charme. Elle attire et elle retient. Où qu'on la prenne, on peut compter qu'on n'y trouvera rien de banal ni de terne, point de déclamations ni de longueurs, et qu'il y aura dans la moindre page tantôt de <|uoi penser, tantôt de quoi être ému, tantôt de quoi s'épanouir, toujours une saveur distinguée et sui (jejieris, comme le bouquet d'un vin exquis. La même hauteur de vues, — je n'ai pas besoin de dire la même fermeté de convictions, — s'y rencontre que dans les écrits destinés au public ; mais il s'y joint une liberté d'allures et une sorte de détente familière où l'écrivain se repose et nous avec lui. Et puis, avec un ton et une grandeur de manières qui trahissent à chaque ligne le gentiiiiomme, mais le gentilhomme exempt de toute morgue et de toute petitesse, c'est un abandon, une grâce décente, une tendresse virile avec ses amis, une courtoisie de chevalier avec les femmes, un enjouement sérieux et une autorité sûre d'elle-même avec ses enfants, une sen-

sibilité qui ne s'épargne aucune des tristesses de la vie et un courage chrétien qui se relève sous toutes les épreuves, un dédain de toutes les choses petites et un don de deviner sympathiquement toutes les choses délicates, une politesse dans la discussion et une franchise dans le conseil, une richesse de couleur et une abondance de saillies, par-dessus tout un sentiment, — une religion, — de fidélité et d'honneur, qui le classent dans les plus hautes régions de l'humanité, dans une grandesse où les plus grands sont simplement ses pairs. Et s'il est permis, après l'avoir fréquenté dans cette intimité de sa vie, d'avoir deux avis sur telle ou telle de ses opinions ou de ses thèses, on ne saurait en avoir qu'un sur l'homme, sur son merveilleux esprit, sur son grand et tendre cœur, sur son très noble et très pur caractère ^ »

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