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CHAPITRE XII

La Contre-Révolution.

L'esprit théocraUque reprend sa forme traditionnelle. Il tente de rétablir Tunité de la France sous l'autorité de la monarchie de droit divin et de l'Eglise. Toutefois la Restauration ne peut détruire toute l'œuvre de la Révolution. Les principaux éléments de l'ordre social révolutionnaire sont conservés. La Charte consacre le principe d'égalité. Après les Cent-fours, la réaction s'accentue. La chambre introuvable. Le parti prêtre. Charles X. Une théocratie moins religieuse que politique. L'Eglise a mission de tenir le peuple dans l'obéissance. Prosélytisme officiel. Ses résultats négatif^ Il remet en faveur la philosophie du XVIII"* siècle. Le courant tourne. Retour offensif de la France révolutionnaire. Elle triomphe dans les Journées de juillet.

Sous la Restauration, on vit respritthéocratique dominer de nouveau en France et reprendre sa forme catholique traditionnelle. Une fois de plus, un parti puissant rêva de réduire par contrainte la nation à Tunité de foi. Il ne réussit pourtant point à appliquer dans leur rigueur les théories de Joseph de Maistre et de Bonald. Si les émigrés, retour d'exil, combattaient la Révolution avec toute la passion sectaire des Jacobins, ils n'avaient point leur vitalité plébéienne ni leur énergie.

«Les Bourbons reviennent, a dit Lamennais, ils reparaissent au milieu d'un peuple nouveau, entourés des solennelles antiquailles de l'ancien régime, de prélats anticoncordataires, pleins des idées serviles d'autrefois, ennemis

de tout ce que n*avaît pas vu leur jeunesse, fiers de n'avoir rien appris depuis quarante ans ; de vieux abbés dont Tambition moisie dans Texil infectait les antichambres du château ; des valets à genoux devant d'autres valets : tout cela se remuait et fourmillait à la cour des fils de Louis XIV, comme des vers dans un cadavre. »

La monarchie théocratique à laquelle le terrain semblait si bien préparé fut réduite à l'impuissance par l'esprit étroit et pusillanime des hommes du « parti prêtre ». Toutefois Louis XVIII, au début, déçut les espérances des ultras. Quel que fût son zèle à se montrer le digne descendant de Saint-Louis et le « fils aine de l'Eglise », il conservait trop encore de l'esprit du siècle sceptique qui l'avait élevé. Metternich , d'ailleurs , avait exigé , au nom des alliés, qu'il instituât un régime constitutionnel. Son premier acte important fut contraire à l'établissement de cette théocratie que rêvait son entourage. Par la Charte qu'il « octroya à ses peuples » le 4 juin 1814, Louis XVIII consacra quelques-unes des conquêtes essentielles de la Révolution, et confirma dans ses principaux éléments le nouvel ordre social qui avait été institué ^ Tout en maintenant les anciens et les nouveaux titres de noblesse, la Charte reconnaissait l'égalité de tous les Français devant la loi, leur admissibilité, sans restrictions, à tous les emplois civils ou militaires, la liberté des cultes et leur droit à une égale protection ' (la religion catholique, apostolique et romaine étant cependant déclarée religion de VEtat •), la liberté de la presse et de la tribune, l'irrévocabilité de la vente des biens nationaux. Il est vrai que ces franchises, octroyées par un monarque qui se proclamait de droit divin, demeuraient toujours révocables. Son auto-

* Art. 5 : Chacun professe sa religion avec une égale liberté et obtient pour son culte la même protection.

* Alfred Stem, Gesehiehte Europas, $eU den Vertrâgen von 1815 bis zum Frankfurter Frieden oon 1871, I, p. 47.

* Art 6 : Cependant la religion catholique apostolique et romaine est la reUgionde l'Etat.

rite absolue restait supérieure à celle de la Charte même. Il se réservait par larticle 14 le droit de déroger aux lois dans les circonstances graves et quand la sécurité de TEtat l'exigerait. Si bien que, dès 1816, Chateaubriand observait que la Charte pouvait être purement et simplement confisquée par des ordonnances royales.

Ainsi, à ses débuts, la Restauration, ne tendit point à rétablir Tancien régime. Elle conserva Inorganisation sociale issue de la Révolution et l'organisation administrative établie par TEmpire ^ La nation demeura ce qu'elle était, et ce qu'elle est encore, une société égalitaire dirigée par une bureaucratie centralisée. Bien que Louis XVIII, roi « par la grâce de Dieu », datât ses actes de la dix-huitième année de son règne, pour supprimer par la pensée la Révolution et l'Empire, il ne succédait point à Louis XVI, mais bien à Napoléon. Il conservait l'ensemble des institutions impériales : les codes, la magistrature, l'administration, l'Université, jusqu'à la Légion d'honneur. 11 appelait dans ses conseils d'anciens ministres de Napoléon, Talleyrand, Fouché, le baron Louis. Il convoquait en 1814 la Chambre de l'Empire pour voter le budget. Et l'on répétait le mot historique forgé par Beugnot et attribué au comte d'Artois : « Il n'y a rien de changé en France, il n'y a qu'un Français de plus ».

Après les Cent-Jours, il y eut pourtant quelque chose de changé en France. Les alliés, maîtres de la France, prétendirent lui faire la loi. Le parti des ultras prit une influence prépondérante. Il ne se contentait point du régime mitigé de la Charte. Ce qu'il voulait, c'était une restauration non seulement politique, mais sociale et religieuse, accomplie par une monarchie absolue, une contre-révolution. Les passions religieuses se déchaînaient de nouveau, comme au temps de la Saint-Barthélémy. La Terreur blanche ensanglantait le Midi. La Chambre introuvable, élue en

* Ch. Seignobos, Histoire de VBuropt contemporaine ^ p. 96.

1815, SOUS rimpression de rinvasion étrangère fut entièrement acquise à la réaction. Cette Chambre n*était point du reste l'expression de la volonté nationale. Si la Charte avait consacré Tégalité civile, elle n'avait point reconnu régalité politique. L'exercice des droits électoraux avait été limité par un cens très élevé, si bien que seule une infime minorité de la nation participait à la vie publique. Le régime institué par la Restauration était donc essentiellement ploutocratique.

L'Eglise, et surtout la petite Eglise, conventicule formé par les vieux évêques anticoncordataires, formait le centre de la réaction. Les Jésuites reprenaient sans bruit leur oeuvre interrompue. Expulsée de France par Louis XV, entièrement abolie par Clément XIV, l'illustre Compagnie pénétra dans le royaume dès la première année du nouveau règne et fonda de grands établissements d'éducation. Les ultras comprenaient, tout comme les Jacobins, que c'était sur la jeunesse qu'ils devaient agir. En janvier 1821, la Chambre invitait le roi à « fortifier l'autorité de la religion sur l'esprit des peuples et à épurer les mœurs par un système d'éducation chrétienne et monarchique ^». Le gouvernement fit de son mieux pour se conformer à ce programme. L'Université napoléonienne était un trop puissant instrument de despotisme pour qu'on songeât à l'abolir. On s'efforça seulement de la remettre entre les mains de l'Eglise. On chargea les évêques ou leurs mandataires d'inspecter les écoles. On distribua des médailles d'or aux professeurs qui se distinguaient par leur conduite morale et religieuse. On écarta ceux qui paraissaient animés d'un mauvais esprit. Le cours de Victor Cousin, à la Sorbonne, avait été suspendu comme subversif. La Congrégation de la rue du Bac, organe essentiel du «parti prêtre)), couvrait la France du réseau serré de ses sociétés affiliées *.

' Debidour, ouvrage cité, p. 359.

■ Les historiens catholiques ont nié que la Congrégation de la rue du Bac ait exercé une influence directe sur la politique.

A tort OU à droit, le peuple voyait dans cette Congrégation, dont le prince de Polignac avait été « préfet », une sorte de gouvernement occulte ^ Louis XVIII vieillissant, inclinait à la dévotion. Il ne lui manquait qu'une Maintenon. On pensa la trouver. Les ultras s'efforcèrent de faire servir à la bonne cause sa passion sénile pour M<°*^ du Cayla. Ils eurent enfin en M. de Villèle un ministre selon leur cœur.

La direction générale de la police et la préfecture de police furent livrés à des affiliés de la Congrégation de la rue du Bac. Le cabinet noir contrôlait les correspondances privées. Par ses lois draconiennes sur la presse, le ministère entreprit d'arrêter la propagation des maupaises doctrines. Des imprimeurs furent condamnés pour avoir réédité les ouvrages d'Helvétius et de d'Holbach *. Le cours de Guizot, après celui de Cousin, fut suspendu. Pour quelques huées d'étudiants on procéda à la dissolution de l'Ecole de médecine ; puis on la réorganisa en excluant onze professeurs mal pensants. L'Ecole normale fut supprimée pour cause de mauvais esprit. La grande Maîtrise de l'Université, rétablie, fut confiée à l'abbé Frayssinous, évêque in partibus d'Hermopolis. Et tout cela ne sufAsait pas encore aux ultras. L'Université n'était pas assez épurée à leur gré. Ils l'accusaient d'irréligion, de sacrilège, de la plus révoltante immoralité. Lamennais dénonçait ses établissements comme « les séminaires de l'athéisme et le vestibule de l'enfer ».

Lorsqu'à Louis XVIII succéda Charles X, le parti prêtre eut enfin le prince qu'il lui fallait. Sur le trône, le roi resta l'homme de Coblenz. Respectueux de toutes les traditions, il se fit oindre en camisole et alla toucher des écrouelles. Les émigrés eurent leur milliard '. Et les Chambres votèrent enfin la loi du Sacrilège proposée sous le règne précédent. Elle instituait un crime nouveau, le déicide. Celui qui, « volontairement et par mépris de la religion », aurait

* Debidour, ouvrage cité, p. 363. — * Iliid., p. 371. I^i du 27 avril 1825.

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profané des vases sacrés ou des hosties, serait puni de la peine des parricides. Conduit au supplice, pieds nus, la tète couverte d*un voile noir, il devrait subir, avant d*étre décapité, Tamputation du poing droit.

Cette loi montra surtout Tincapacité politique du parti au pouvoir. Elle fut plus absurde encore que barbare ; car» dans ses dispositions principales, elle resta sans application ; une clause stipulant que le crime devait être public pour emporter la condamnation capitale lui avait enlevé toute portée pratique. Elle eut donc surtout le caractère d*une démonstration de principes. Mais elle n*en souleva pas moins la conscience populaire. Car elle montrait clairement jusqu*oit était descendue la France et quelle était la mesure des hommes qui détenaient le pouvoir. Les chefs de lopposition parlementaire. Benjamin Constant et Royer- Collard, avaient fait entendre leur grande voix qui éveilla de longs échos dans le pays. Royer-Collard surtout prononça à cette occasion son plus éloquent discours. Il protesta « contre un principe absurde, impie et sanguinaire» évoqué des ténèbres du Moyen-Age, des monuments barbares de la persécution, faisant descendre la religion au rang des institutions humaines, armant l'ignorance et les passions du glaive terrible de Tautorité divine ». Puis, élevant le débat, Royer-Collard montrait l'Etat obéissant docilement à l'Eglise catholique et créant ainsi une confusion entre deux puissances qui doivent rester séparées. Mettre la religion dans la loi humaine, c'est nier toute religion. « J'ai voulu, concluait-il, inaugurer, en rompant un long silence, une vive opposition au principe théocratique qui menace à la fois la religion et la société, d'autant plus odieux que ce ne sont pas, comme aux jours de la barbarie et de l'ignorance, les fureurs sincères d'un zèle trop ardent qui rallument cette torche. Il n'y a pas de Dominique et nous ne sommes plus des Albigeois. Im théocratie de notre temps est moins religieuse que politique; elle fait partie de ce système de réaction universelle qui nous emporte. »

Royer-CoUard avait ici touché au doigt le vice radical du régime et le secret de sa stérilité. La foi véritable, qui eût été sa seule excuse et sa seule chance de succès, y faisait trop défaut. Après la rancune, le mobile déterminant était dans des intérêts de caste et de coteries bien plutôt que dans un zèle sincère pour la religion. Et l'antique erreur césarienne se perpétuait. Dans la religion c'était, encore et toujours , un moyen de domination que l'on cherchait ; l'Etat passait avec l'Eglise un contrat équivoque. Il remettait le peuple entre les mains de l'Eglise pour qu'elle le maintint sous le joug.

Le peuple comprit. Les persécutions des déchristianisateurs l'avaient ramené à la religion chrétienne ; la propagande intéressée de la Congrégation l'en écarta. Cette propagande battait alors son plein ^ Les ultras, maîtres de tous les ministères, terrorisaient les fonctionnaires. Au mépris des lois, les Jésuites s'emparaient de l'éducation de la jeunesse. Le père Loriquet enseignait à Auteuil. Les refus de sépulture se multipliaient, parfois pour cause de jansénisme et de gallicanisme. Des parents dont les enfants concouraient pour être admis à l'Ecole polytechnique étaient mandés par la police et interrogés sur leurs principes politiques et religieux '. Le mariage légal était qualifié de concubinat. L'archevêque de Rouen faisait tenir registre des concubinaires et afficher à la porte de l'église les noms de ceux qui ne communiaient pas. Des missionnaires, escortés de musiques militaires, allaient chercher les soldats à la caserne pour les mener à la messe. La censure interdisait Tartufe et Mahomet. Elle faisait expurger Athalie !

El le résultat de tout ce prosélytisme ?

Il est toujours difficile de mesurer l'étiage des croyances populaires. Mais il semble bien que ce soit surtout à partir de la Restauration que les couches profondes du peuple ont commencé à se détacher de l'Eglise. Les missions qui

* Debidour, ouvrage cité, p. 366.

* De VielCastel, Histoire de la Restauration, XIV, p. 29.

parcouraient tout le pays, dressant sur les Calvaires des croix expiatoires de quatre-vingts pieds de haut, chantant le Triomphe de la religion sur Tair du Chant du départ, et faisant des autodafés avec les ouvrages du XYIII"^*" siècle, paraissent avoir surtout réussi à donner un regain de popularité aux philosoplies maudits. En sept ans, de 1817 à 1824, d'après un rapport du ministre de Tlntérieur, on publia en France douze éditions de Voltaire et treize de Rousseau, formant en tout deux millions cent cinquanteneuf mille volumes. Emile Zola lui-même n'a pas eu de plus gros tirage sous la troisième République.

Chateaubriand avait été exclu du ministère Villèle. La jeune école littéraire séparait sa cause de celle de la réaction monarchique et religieuse. Elle se détachait dédaigneusement d'une politique étroite et mesquine. Elle ne vivait plus que pour l'art libre ; elle secouait toute contrainte morale. Son lyrisme débordant revendiquait la liberté absolue de la pensée et les « droits de la passion ». Par cette exaltation du sentiment individuel elle inclinait à Tanarchisme de l'instinct ^ ; c'est-à-dire qu'elle reprenait le chemin de la Renaissance, et, en affranchissant l'esprit de toute règle imposée, elle le préparait à de nouvelles révolutions.

Douze années d'un régime de contrainte hésitante et maladroite ont suffi à détourner à nouveau le courant de l'opinion publique. Il est, avec la brillante opposition libérale, contre le parti prêtre. Les manifestations anticléricales se multiplient dans les grandes villes. La francmaçonnerie se reconstitue, et, pour lutter contre le clergé, lui emprunte son esprit et ses méthodes. C'est l'époque des complots et des sociétés secrètes. Les carhonari, à l'imitation de l'Italie, instituent leurs ventes mystérieuses. Tous les éléments d'opposition très divers, républicains,

* Sur les rapports du romantisme et de l'anarchie, voir la belle étude du regretta Henri Wamery dans son volume posthume Littérature et morale. Lausanne, Payot et C".

impérialistes, anciens soldats de la grande armée, bourgeois voltairiens et orléanistes, gallicans partisans de M. de Montlosier, s*unissent en haine de la réaction ultramontaine. Le drapeau tricolore leur est un symbole et leur prête le semblant d*un idéal unique. 11 évoque des gloires militaires, ternies par les hontes de Tinvasion étrangères. C'est, comme on dirait aujourd*hui, un parti « nationaliste » qui s*est constitué. Il reproche aux Bourbons d^avoir été ramenés en France « dans les fourgons des Alliés». Les souvenirs sanglants de la tragédie révolutionnaire et des guerres napoléoniennes se sont déjà atténués pour laisser briller de tout son éclat le mirage de la gloire militaire. Aux républicains eux-mêmes Napoléon apparaît comme un héros national persécuté par les ennemis de la France pour avoir trop aimé son pays. Dans la littérature, dans Thistoire, dans la conscience populaire, commence à se former cette double légende républicaine et napoléonienne sur laquelle, après Tessai de monarchie orléaniste, s'échafaudera le second Empire. Et le peuple s*accoutume à voir dans TEglise romaine, centre de la réaction, une puissance étrangère et hostile à ses droits.

Les idées révolutionnaires germent à nouveau. A la doctrine de la souveraineté absolue et de droit divin s'oppose» à des degrés divers, la doctrine de la souveraineté populaire. Pour la bourgeoisie influente et riche, elle s'arrête, selon la formule anglaise, au compromis de la monarchie constitutionnelle. Les purs républicains sont rares. Ils ne forment à Paris même qu'un petit groupe ignoré, n'ayant ni député, ni journal. Leur chef, Godefroy Cavaignac, fils d'un conventionnel, a bien en vue un retour à Quatrevingt-treize. Mais après les victorieuses journées de juillet» il reconnaîtra lui-même l'inanité d'un rêve que la nation ne peut encore comprendre.

Aux élections de 1827, l'opposition l'emporta. Charles X fit à contre-cœur l'essai d'un ministère Martignac, royaliste modéré. Le gouvernement rendit quelques ordon-

nances libérales, accorda un peu de liberté à la presse, rouvrit les cours de Cousin et de Guizot, éloigna des administrations quelques congréganistes impopulaires et déclara que le bonheur de la France ne pouvait être cherché que «dans Tunion sincère de Tautorité royale et de libertés que la Charte a consacrées ^ ». Cependant les ultras exaspérés criaient à la persécution et le roi déclarait « qu*il aimerait mieux scier du bois que d*être roi aux conditions du roi d'Angleterre ». Circonvenu par son entourage, et prenant son obstination pour de la volonté, il eut recours à rhomme des émigrés, à Polignac.

La dissolution de la Chambre n*avait eu d'autres résultats que de donner deux cent soixante-dix voix à Topposition au lieu de deux cent vingt-une. Malgré les avis du tzar et de Metternich, le roi, enhardi par la prise d'Alger et pensant avoir pour lui Tarmée victorieuse, risqua un coup d'Etat. La Sainte Vierge était apparue à Polignac — comme autrefois à Jeanne d'Arc — et lui avait ordonné de délivrer le pays des ennemis intérieurs. Se fondant sur l'article 14 de la Charte, le ministre publia les ordonnances du 26 juillet 1830 qui dissolvaient la Chambre nouvelle avant qu'elle se fût réunie, changeaient le régime électoral et supprimaient la liberté de la presse. Les journaux libéraux protestèrent et refusèrent d'obéir. « Le gouvernement, disaient-il, a perdu aujourd'hui le caractère de légalité qui commande l'obéissance. Nous lui résistons pour ce qui nous concerne ; c'est à la France à juger jusqu'où peut s'étendre sa propre résistance. » Cet appel au peuple fut entendu. Paris se couvrit de barricades. Charles X dut prendre le chemin de l'exil. Et la bourgeoisie libérale, utilisant à son profit le mouvement populaire qu'elle avait provoqué, fit monter sur le trône le «Roi-citoyen ».

* Sei^obos, ouvrage cité, p. 115.

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