CHAPITRE XXII
L'Eglise romaine et l'esprit moderne.
Pontificat de I^on XIII. Politique conciliante à l'égard de la République. Elle a échoué. Léon XIII a-t-il été un pape libéral? Comment il a confirmé le Sgtlabus. Seule la tactique a changé. Perpétuité du divorce entre l'Eglise et les sociétés modernes. L'Eglise réduite à la défensive. Ses difficultés intérieures. Tendances réformatrices dans le Jeune clergé en France. Le Congrès de Bourges. L'Ecole large. Séminaristes sociaux. Des infiltrations protestantes : y Américanisme ; le Kantisme; la critique biblique. Cas de l'abbé Loisy. Les apostats. A quel prix l'Eglise maintient l'unité de foi.
De même que Pie IX, Léon XIII fil naître, à ses débuts, de grandes espérances. Un esprit nouveau présidait à la direction de l'Eglise, esprit de prudence conciliante qui tranchait heureusement avec Tintransigeance et le fanatisme du précédent pontificat. Le nouveau pape semblait avoir un sentiment plus juste des aspirations du temps présent. Son intelligence, élargie par le culte des bonnes lettres, assouplie par Texpérience des afi^aires politiques, devait s'ouvrir à bien des idées que Pie IX avait condamnées, faute de les comprendre.
Longtemps Léon XIII ne sembla point décourager les tendances réformatrices que quelques catholiques de foi ardente et d'esprit généreux défendaient en Europe comme en Amérique. Tout en combattant le socialisme révolutionnaire, le pape se montra, dans sa fameuse encyclique sur
la condition des ouvriers, préoccupé pourtant de la question sociale. Il cherchait à indiquer aux fidèles la voie la meilleure pour travailler au rapprochement des classes et à Tamélioration du sort des prolétaires. En cessant de s*opposer directement aux grandes forces qui soulèvent le monde moderne, TEglise ne pourrait-elle pas les capter et préparer l'avenir ?
A regard de la République française Léon XIII, conseillé par le cardinal RampoUa, alla si loin dans la voie des concessions qu'on le jugea partial. Si un tel miracle eût pu être opéré, sa politique bienveillante aurait réconcilié les deux Frances. Lorsque, sur un signe du cardinal Lavigerie, la musique des Pères blancs entonna la Marseillaise, quels longs échos cette fanfare inattendue autant que symbolique ne réveilla-t-elle point I Elle annonçait un « nouveau cours ». Les catholiques français reçurent le mot d'ordre du « ralliement », et ce leur fut un grand scandale. En rompant le pacte conclu jadis avec la monarchie et la noblesse, l'Eglise ne manquait-elle pas à sa mission la plus sacrée? Les conservateurs français protestèrent par tous les moyens en leur pouvoir. Pour se soustraire à leur devoir d'obéissance ils alléguèrent une distinction essentiellement hérétique entre les matières de foi et les questions temporelles. Le pape dut leur rappeler qu'en vertu d'une tradition constante « quand la politique est liée aux intérêts religieux, il appartient au chef suprême de l'Eglise de déterminer la conduite la plus propre à défendre ces intérêts religieux* ». Cinq fois dans le cours de l'année 1892, il répéta son injonction sous des formes de plus en plus pressantes. L'idée de réconcilier l'Eglise et la République française lui tenait si fort à cœur qu'elle était devenue le pivot même de sa politique.
Quels furent les résultats ? Une trentaine de ralliés dociles aux ordres du Saint-Siège entrèrent à la Chambre
* Lettre à Tévêque de Grenoble, 22 juin 1S92.
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en 1893. Leur influence demeura nulle. Le gros de l'armée catholique garda ses positions de combat. Avant de mourir le Saint-Père eut la douleur de voir tous ses espoirs déçus. Le conflit qu'il voulait apaiser s'était à tel point envenimé qu'aucune parole de paix ne pouvait être entendue. Et l'on semblait marcher à la rupture défînitive.
Sans doute ce pontiflcat essentiellement politique n'a pas échoué partout comme en France ; loin de là. L'Eglise lui doit bien des succès, même en pays protestants. Sa situation s'est partout raffermie. Par la dignité de son caractère personnel, Léon XIII a réhaussé dans le monde le prestige moral de la papauté. Dans la forme, il a été aussi conciliant que son prédécesseur s'était montré raide et cassant. Partout, sauf en France, il a paciflé les esprits. Les querelles confessionnelles ont, grâce à lui, perdu de leur àpreté. Son influence a donc été bienfaisante et à l'heure de cette mort, si sereine et si vaillante, qui a dignement couronné une vie irréprochable, en tous pays, les hommes de toutes croyances, même les plus hostiles à la foi catholique, n'ont pu prononcer que des paroles de sympathie et de respect.
Mais est-il juste de dire que Léon XIII ait été un pape « libéral »? Est-il juste de dire qu'il ait ébauché le rapprochement espéré entre la papauté et la civilisation moderne, et préparé ainsi une évolution du catholicisme que verra s'achever le siècle qui commence?
Pour se bercer de telles illusions, il faut oublier cette vérité essentielle que l'Eglise romaine n'a pas la faculté de se rétracter. Dépositaire de l'immuable vérité, ce qu'elle a prononcé une fois est valable pour l'infini des âges. Cette doctrine primordiale rend l'Eglise prisonnière de son passé. Et il en résulte en particulier ceci : Un pontiflcat dogmatique tel que celui de Pie IX exercera sur les destinées futures du catholicisme une influence illimitée. Un pontiflcat politique, tel que celui qui vient d'arriver à son terme, peut n'avoir que des conséquences passagères.
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Léon Xni a changé quoi? La méthode tactique, les procédés de gouvernement. A cela se borne son « libéralisme ». Non seulement il n a pas effacé un iota des dogmes édictés avant lui, ce qui eût été hors de son pouvoir; mais, en en toute occasion, il a pris soin de les rappeler, de les confirmer, avec une rigueur que Pie IX n avait point dépassée*. « A cette immense multitude d'hommes, a-t-il dit dans son encycli(|ue Inimorlale Dei, Dieu lui-même a donné des chefs avec le pouvoir de les gouverner. A leur tète il en a préposé un seul, dont il a voulu faire le plus grand et le plus sur maitre de la vérité et à qui il a donné les clefs du royaume des cieux. » L*humanité gouvernée par des chefs de droit divin, soumis eux-mêmes au pape, souverain des souverains, telle est restée la conception politique du libéral Léon XIII. Elle condamne radicalement la doctrine de la souveraineté populaire. « Quiconque, insiste-l-il, a le droit de commander, ne tient ce droit que de Dieu, chef suprême de tous. » Et il ajoute, pour bien préciser sa pensée, et pour montrer nettement le vice capital de FEtat moderne :
(( De celte sorte, on le voit, TEtat n'est autre chose que la nuiltitudc maîtresse et se gouvernant elle-uième et dès lors que le peii])le est censé la source de tout (iroit et de tout pouvoir, il s'en suit que FEtat ne se croit lié ù aucune obligation envers Dieu, ne professe olliciellenient aucune religion, n*est pas tenu de rechercher quelle est la seule vraie entre toutes, ni d'en préférer une aux autres, ni d'en favoriser une principalement, mais qu'il doit leur attribuer à toutes l'égalité en droit, à cette lui seulement de les empêcher de troubler Tordre public. Par conséquent chacun sera libre de se faire juge <le toute question religieuse, d'embrasser la religion qu'il préfère ou de n'en suivre aucune si aucune ne lui agrée. De là découlent nécessairement la liberté sans frein de toute conscience, la liberté absolue d'adorer ou de ne par adorer Dieu, la licence sans borne et de penser et de publier ses pensées *. »
* Voir sur ce sujet un excellent article de M. Puaux, dans la Revue chrétienne du 1" novembre 1902, et Seignobos, Histoire politique de VEurope contemporaine, p. «75 cl suiv.
* Lettres apostoliques H, 35.
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La liberté de conscience I Cesl Thérésie capitale que Rome ne pourra jamais admettre, car de cette hérésie dépendent toutes les autres. La liberté de conscience, c'est la condition première de toutes les libertés modernes. Et il demeure à tout jamais impossible à la papauté de reconnaître ce principe. « En théorie, déclare Léon XIII, il est nécessaire de s en tenir avec une adhésion inébranlable à tout ce que les pontifes romains ont enseigné et enseigneront et toutes les fois que les circonstances Texigeront d'en faire profession publique. Particulièrement en ce qui touche aux libertés modernes, comme on les appelle, chacun doit s'en tenir au jugement du siège apostolique et se conformer à ses décisions. »
Et quelles sont ces décisions? Léon XIII les a formulées à nouveau en 1888 dans son encyclique Libertas qui, malgré son titre, est surtout une paraphrase du Syllabus, Léon XIII condamne d'abord la liberté des cultes, « cette liberté si contraire à la vertu de religion, liberté qui repose sur ce principe qu'il est loisible à chacun de professer telle religion qu'il lui plaît ou de n'en professer aucune. Le devoir c'est d'embrasser la religion vraie, celle qu'il faut suivre à l'exclusion des autres, celle que Dieu a prescrite et qu'il est aisé de distinguer, grâce à certains signes extérieurs par lesquels la divine Providence a voulu la rendre reconnaissable ; ainsi une telle liberté n'est plus la liberté, mais une dépravation de la liberté, la servitude de l'àme dans l'abjection du péché ».
Léon XIII condamne ensuite la liberté de la pensée et la liberté de la presse. « Accordez à chacun, dit-il, la liberté illimitée de parler et d'écrire, rien ne demeure sacré et inviolable, rien ne sera épargné, pas même ces vérités premières que l'on doit considérer comme un noble patrimoine commun à toute l'humanité.» Léon XIII condamne surtout la liberté de V enseignement , ou plutôt, ce qui revient au même, il entend que cette liberté soit réservée à l'Eglise seule, « l'Eglise à laquelle Dieu a réservé le divin privi-
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loge de ne pas connaître l'erreur. C'est pourquoi elle est la grande, la sûre maîtresse des hommes et porte en elle un inviolable droit à la liberté d'enseigner ». Quant à la liberté moderne de l'enseignement, elle est inadmissible, a Eu s'arrogeant le droit de tout enseigner à sa guise, en contradiction flagrante avec la raison, elle est née pour produire un renversement complet dans les esprits ; le pouvoir public ne peut accorder une pareille licence dans la société qu'au mépris de son devoir. » En somme, tous les maux dont souffrent nos sociétés proviennent de ces libertés tant vantées, « car au lieu de fruits doux et salutaires sont venus des fruits amers et empoisonnés ».
Voilà donc sur quels principes reposait le « libéralisme » de Léon XIII. Voilà comment il entendait la démocratie.
Mais s'il est resté strictement Adèle k la doctrine de Pie IX, il a, avons-nous dit, inauguré une tactique nouvelle dans sa politique ecclésiastique. En quoi consiste cette tactique? Là où ces libertés modernes n'existent pas, il faut les condamner ; là où elles existent il faut les tolérer provisoirement, encore qu'elles soient en elles-mêmes « déraisonnables et pernicieuses», il faut s'en servir «pour faire le bien, et avoir à leur égard les sentiments qu'en a l'Eglise ».
« Il est évident que les catholiques ont de justes motifs d'aborder la vie politique, car ils le font et doivent le faire non pour approuver ce qu'il peut y avoir de blâmable présentement dans les institutions politiques, mais pour tirer de ces institutions, autant que faire se peut, le bien sincère et vrai, en se proposant d'infuser dans toutes les veines de l'Etal, comme une sève et un sang réparateurs, la vertu et l'influence de la religion catholique*. »
Les catholiques doivent user de la liberté là où elle existe pour amener le triomphe « de la liberté du bien ». En termes plus crus, l'on a dit : « Ils doivent se servir des libertés modernes pour arriver à les supprimer. » Telle fut
* Encyclique Immorlnle Dei.
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la doctrine du ralliement, valable en France, non en Italie. Affaire d'opportunité. M. Jonnart l'exprimait nettement à la tribune de la Chambre française en s'écriant : « La plupart de ceux qui sont entrés ne l'ont fait que pour mieux nous mettre dehors ». Faut-il s'étonner qu'une tentative de réconciliation, entreprise dans un tel esprit, n'ait point abouti?
Le Syllabus n'est point aboli. Il a prononcé le divorce entre l'Eglise et les sociétés modernes. A moins que ces sociétés, abjurant leurs « erreurs », renonçant aux libertés fondamentales qui sont à la base de leurs constitutions, ne fassent acte et soumission envers la papauté dans tout ce qui touche au domaine spirituel — et l'on sait combien les docteurs canoniques sont habiles à élargir les limites de ce domaine, — à moins qu'elles ne laissent s'établir sur l'univers le règne de l'Eglise, rêve grandiose et chimérique qu'en des siècles de foi ne purent réaliser ni un Grégoire VII, ni un Innocent III, ce divorce demeure à jamais irrévocable. La plus habile diplomatie ne saurait mettre fin à un antagonisme aussi radical. Tout au plus peut-elle le masquer pour un temps par des compromis précaires.
Ancrée sur le sol immuable d'une tradition à laquelle elle ne peut renoncer sans se détruire elle-même, l'Eglise doit forcément rester à l'écart du mouvement général de notre civilisation occidentale. Les forces dominantes du monde moderne, la démocratie et la science, sont également contraires au principe d'autorité spirituelle absolue qu'elle représente et dont elle ne peut rien céder, même si elle reconnaissait que l'excès de son pouvoir est pour elle une cause de ruine. Sans doute elle garde l'espoir que ce temps d'épreuve prendra fin, que les multitudes égarées reprendront un jour le chemin de la repentance et que la victoire lui restera. N'a-t-il point été dit que les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle? Mais ces jours meilleurs paraissent lointains. En les attendant, tout ce qu'elle peut
faire, pour rester digne de recueillir un jour Théritage qu'elle attend, c'est d'éviter les contagions pernicieuses, de préserver son clergé de « l'esprit du siècle » en lui imposant la stricte discipline dont nous avons parlé.
Ces précautions ne sont pas entièrement efficaces. L'esprit du siècle est subtil ; il s'infiltre partout. On ne saurait établir des cloisons étanches qui en garantissent entièrement l'Eglise. Et c'est là le danger le plus pressant qui la menace. Des voix autorisées l'ont proclamé : « J'ai la conviction profonde, écrivait récemment Mgr Turinaz, évéque de Nancy S que les plus grands périls de l'Eglise de France, à cette heure, ne viennent pas du dehors. Ils ne viennent pas des épreuves que nous font subir et que nous feront subir encore les ennemis de Dieu, quelque graves et douloureuses qu'elles puissent être. L'Eglise de France a subi des épreuves aussi cruelles et elle en a triomphé.
» Nos plus grands périls viennent des doctrines fausses ou dangereuses qui atteignent indirectement ou directement la foi elle-même, de tentatives qui ont pour résultats de rompre les liens de la discipline, de semer dans le clergé la division et la révolte, de transformer d'une façon déplorable l'esprit et l'éducation des séminaristes et des jeunes prêtres. Si la lumière du monde se voile et disparaît, si le sel de la terre est affadi et foulé aux pieds, qui guidera et sanctifiera les peuples? » Et Mgr Turinaz affirme que les divisions intestines contre lesquelles il s'élève créent à l'Eglise de France une situation « absolument effrayante ».
Nous avons trop, dans notre monde protestant, l'habitude de considérer le catholicisme « en bloc » d'après la formule unitaire qu'il nous fournit lui-même. L'unité de foi est un idéal irréalisable tant que l'homme demeure un être ondoyant et divers. Le large courant de vie humaine que l'Eglise s'efforce de maintenir en des digues immuables, déborde sans cesse. Il reste bouillonnant et troublé
* Les périls de la foi et de la discipline dans l'Eglise de France d l'heure présente.
en ses profondeurs, et moins homogène qu'il ne semble. Aucun dogme, aucun rite, aucune hiérarchie ne réussissent à enclore hermétiquement les âmes vivantes.
Et ce ne sont pas seulement des fidèles émancipés qui échappent à Fétreinte de l'autorité romaine, mais bien quelques-uns des membres les plus ardents, les plus intelligents du jeune clergé. Ils souffrent de se sentir mis à part de la pensée de leur temps, exclus du grand labeur commun qui se poursuit autour d'eux. Si le moine peut vivre en paix dans Tombre calme de sa cellule, combien plus difficile est la situation du séculier I Car il doit aller à ce monde dont l'esprit est pernicieux; il doit le connaître pour agir sur lui. Or, dans tous les échanges humains, il y a action et réaction. Le monde réagit donc sur le prêtre et le transforme. Sans doute, on Ta pris tout enfant et on Fa séparé du troupeau ; on Ta longuement dressé par une discipline savante; on Ta affranchi des plus doux des liens humains. Lorsque enfin on Ta envoyé hors de la citadelle, équipé pour le combat, on l'a prémuni contre tous les dangers qui l'attendent. Des « retraites » périodiques lui sont imposées pour qu'il puisse revenir au camp raffermir sa confiance et fourbir ses armes ébréchées dans la lutte. 11 est à la fois humble et cuirassé d'orgueil; docile envers ses chefs et conscient de sa mission de représentant de Dieu qui le met au-dessus de l'humanité. Il est celui qui absout les péchés; il est celui qui a tout à donner et n'a rien à recevoir. Mais parfois le pauvre instinct humain que rien ne tue se réveille en lui et vient détruire la sécurité du sentiment sacerdotal si lentement acquise. Peut-être alors le prêtre s'arrêtera-t-il hésitant sur sa route, et peut-être l'entendra -t -on proférer ce cri, qui fut en scandale à Mgr Turinaz, ce cri émouvant comme l'appel d'un captif : « Ne pourrait -il pas y avoir le pèlerinage des prêtres qui iraient se faire baptiser hommes "7 » *
* Article de rabbé Dabr>', dans le Peuple français, à propos du Congrès de I^einis.
Le congrès sacerdotal tenu à Bourges en septembre 1900, sous les auspices de l'évêque de cette ville, vint révéler à ceux qui en doutaient encore que ces aspirations à la liberté n'étaient nullement exceptionnelles dans le jeune clergé. Des paroles hardies y furent prononcées. L'un des principaux orateurs, Tabbé Naudet, y représenta le prêtre comme une sorte de « reclus moral, vivant dans un monde à part, se nourrissant d'idées mystiques et parlant un langage que le commun des mortels ne comprend pas ». Après avoir fait l'éloge du XIX™<^ siècle finissant, l'abbé Birot reconnut la grandeur de l'œuvre que ce siècle avait accomplie et exprima le regret que l'Eglise en eût si rarement pris l'initiative. Puis il recommanda à ses collègues la tolérance la plus large. « Toute erreur, dit-il, est une vérité incomplète, une vérité qui cherche à s'exprimer; on a pu dire avec raison : on ne nie jamais que le Dieu des autres; riiomme sincère qui se trompe, se trompe par rapport à la vérité absolue, il ne se trompe guère en lui-même; ce qu'il dit est faux, mais tout n'est pas faux dans ce qu'il pense, ce qu'il voit, ce qu'il affirme mentalement. L'erreur complète équivaudrait au néant de la pensée; il n'y a pas dans l'àme humaine de nuit sans quelque lumière. Dans la mesure de sa sincérité, toute pensée loyale est sacrée et divine, comme toute douleur, comme toute joie I... Oh! tout comprendre ! ^ » Admirables paroles, qu'il est doublement précieux de recueillir de la bouche d'un prêtre catholique ! Mais que cette conception de « l'erreur » est hérétique si on la juge à la lumière du Syllabus !
Sans se départir de la prudence des formes ecclésiastiques, le congrès de Bourges parut gagné aux idées novatrices de l'école des démocrates chrétiens qui s'appelait elle-même lEcole large. Cette école se réclamait de l'autorité de Léon XIIL Elle prétendait appliquer les principes énoncés par l'encyclique sur la condition des ouvriers.
• Actes du Congrès de Bourges. )>. 157.
L*ÉGLISE ROMAINE ET l'eSPRIT MODERNE 343
« Le souci d'obéir à Léon XIII, en allant au peuple, a-t-on dits fut le motif apparent de ce subit enthousiasme; mais au fond, c'était plutôt le besoin acre et profond d'échapper dans une certaine mesure à la tutelle épiscopale, la joie de faire œuvre d'initiative, d'édifier des œuvres, le plaisir de développer le « moi » bienfaisant et sacré, et enfin le bonheur sincère et puissant d'être bon ».
Si l'on en croit Mgr Turinaz, bien placé pour être renseigné à cet égard, cet esprit d'indépendance exerça des ravages jusque dans l'enceinte jalousement gardée des séminaires. Des journaux lithographies, subversifs et clandestins, rédigés par des séminaristes sociaux ^ circulaient dans les classes et les dortoirs. Pendant les vacances, des apôtres suspects cherchaient à endoctriner les jeunes lévites pour les gagner aux idées nouvelles. Mgr Turinaz se plaint à ce sujet que les curés négligent trop le devoir qui leur est prescrit « d'observer les séminaristes dans leurs paroisses, de scruter leur esprit, de surveiller leurs lectures et leurs fréquentations ».
Aux yeux du fougueux évêque de Nancy, les idées nouvelles qui menacent la foi et la discipline catholiques sont des infiltrations de « cet esprit d'initiative, de liberté et d'individualisme » qui caractérise le protestantisme et demeure sa tare ineffaçable'. Cela parait bien certain. Malgré leurs divisions si soigneusement entretenues, les deux grandes confessions chrétiennes ne sont point assez séparées pour ne pas s'influencer réciproquement. Et cette influence est bien évidente dans les trois tendances essentielles que Mgr Turinaz signale comme menaçant la saine tradition catholique : V Américanisme , l'abandon de la méthode scolastique en philosophie, et les hardiesses de la critique biblique.
Dans la grande démocratie américaine qui s'est consti-
* Article de M. Jean Serc, Mercure de France, Tcvrier 1903.
* Voir égolement, Abbé Fontaine, Les infiltrations kantiennes et protestantes dans le clergé français.
tuée autour du noyau primitif des colonies puritaines et a conservé quelque chose de leurs traditions, sinon par l'austérité des mœurs, du moins par le libre déploiement des énergies individuelles, une forme nouvelle de catholicisme s est constituée, transformée par le milieu où elle se développait. Quelques esprits généreux conçurent un instant Tespoir que cette contagion de liberté gagnerait Rome et, par Rome, le monde. Rajeunie par ce souffle puissant d'outre-mer, l'Eglise allait répudier son alliance avec les puissances du passé et sortir de son attitude purement défensive. Elle deviendrait plus agissante et chercherait le contact avec la vie générale. Elle se rapprocherait du peuple et prendrait sa cause en mains. N'était-ce pas le rêve magnifique de Lamennais qui renaissait, mûr cette fois pour les réalisations positives? Le génie des « grands évéques américains » lui avait enlin donné sa forme pratique. Un immense champ d'action s'ouvriiil devant les catholiques de France que le Saint-Siège luimême voulait réconcilier avec la République. Ils allaienl, eux aussi, préparer les voies à la «démocratie chrétienne» de l'avenir. Comme les plus ardents se mettaient courageusement à l'œuvre, guidés par l'abbé Klein, Rome parla el la cause fut entendue. Après bien des hésitations et comme à regret, Léon XIII avait condamné l'américanisme* et mis obstacle à son importation en Europe. Son successeur semble prendre à cet égard une attitude plus négative, plus nette et plus intransigeante.
Dans le domaine de la pensée spéculative, les infillra-
• Voyez en particulier sa lettre au cardinal Gibbons. Léon XHI y a déclaré a qu'il condamnait la tactique consistant à passer sous silence certains dogmes, à en changer le sens ou à en atténuer la portée dans Tespoir d'attirer plus aisément n l'Eglise les dissidents ; qu'il n'admettait pas que rexercice de l'autorité dans l'Eglise dût être restreint de notre temps au prolit de la liberté»» Les démocrates catholiques de France, en particulier M. Fonsegrive (v. la Qu'^ zaine, 1" avril 189U) ont cherché à détourner l'eiTet de cette condamnation en affirmant que les tendances nouvelles ne sont pour eux qu'une tactique politique ne touchant en rien à la pureté de la doctrine. Sur ce terrain-là, et tout en respectant les décisions du Saint>Siége, ils s'eiforcent de conUnuer leur œuvre.
l'église romalne et l'esphit modehne 345
lions protestantes ont paru plus abondantes encore et plus pernicieuses. Les novateurs ne tendent à rien moins ici qu a un changement radical de méthode. Ils prétendent bien prouver les mêmes vérités, ou à peu près, mais par des voies différentes, ne prévoyant pas eux-mêmes où ces voies téméraires peuvent les mener. Ce n'est plus dans la Somme de saint Thomas d'Aquin qu'ils apprennent à raisonner, c'est dans les Critiques de Kant * — de Kant qui, si longtemps mal connu en France , a pris, grâce à Renouvier, un empire grandissant sur la pensée française. Or Kant, c'est le microbe protestant élevé à son plus haut degré de virulence. On redoute Kant comme la peste. Mgr Turinaz qui semble ne le connaître que par ouï-dire le juge à peu près comme Musset :
Enfin sort des brouillards un rhéteur allemand.
Mgr Turinaz voit Kant partout. C'est une obsession '. Kant est aujourd'hui chargé de tous les anathèmes qui tombaient jadis sur la tête de Voltaire. Le seul salut, c'est d'en revenir à Thomas d'Aquin, c'est de s'en tenir purement et simplement à la philosophie scolastique qui demeure la vraie science. Elle seule permet « d'analyser les vérités de la foi, de les définir, de les résumer en des formules scientifiques », elle seule « fournit une argumentation qui ne laisse aucune issue à l'adversaire ». En suivant
* Cette tendance est nettement résumée dans un article des Annales de philosophie chrétienne de décembre 1901. « Depuis Kant, nous concevons la vérité sur le plan d'une certitude relative quant à nous, absolue quant à la réalité ; quiconque comprend bien ce fait comprend du même coup les droits de la critique dans tous les ordres de l'acUvité humaine. L'histoire, l'exégèse de la religion sont soumises plus que toute autre manifestation à cette loi, puisqu'elles impliquent toujours le jeu des puissances humaines, leurs développements, leurs progressions ; la religion, l'histoire, l'exégèse ne sont aflirmées que dans le milieu humain ; elles participent donc aux conditions de son épanouissement. »
* a Le grand danger est dans l'influence de la philosophie kanUste qui s'efTorce de pénétrer partout et que nous allons retrouver dans la théologie, dans l'apologétique nouvelle et jusque dans les notions essentielles de la foi. Elle fait pénétrer partout ses ténèbres et ses contradictions, elle pervertit jusqu'à la pensée française, si précise et si claire. » Les périls de la foi et de la discipline dans l'Eglise de France à l'heure présente.
la méthode de Kant, au contraire, combien d*issues on laisse à l'adversaire ! On risque même de s'en laisser à soimême ^
Reste enfin le piège le plus redoutable qui soit tendu aux « intellectuels » du clergé catholique, celui qui jadis fit trébucher et tomber Renan : la critique historique. Dans ces dernières années, le débat s'est concentré sur Tœuvre , l'enseignement et la personne de l'abbé Loisy. Son cas est particulièrement instructif. Professeur d'exégèse à l'Institut catholique de Paris, de 1881 à 1893, le savant abbé s'était vu privé de son emploi, la liberté de sa méthode critique ayant excité les défiances de ses supérieurs. Le gouvernement lui ouvrit les portes de l'Ecole des hautes études. De nombreux prêtres suivaient son cours. Il les initiait aux dernières recherches de la critique biblique telles qu'elles sont exposées dans les facultés de théologie protestantes. Il leur soumettait les objections qui ont été formulées à l'authenticité des Livres saints. L'abbé Loisy ne cessait d'affirmer d'ailleurs qu'il restait fidèle à la foi catholique. En 1903, il publia son livre VEoangile et rEglise, « une apologie du catholicisme, si noble, si intelligente et si solide, dit M. Gabriel Monod, dans la Revue historique, que rien depuis Newmann n'a été publié qui soit plus de nature à faire accepter le catholicisme par des esprits éclairés ». L'abbé Loisy se posait en adversaire des idées des théologiens protestants Harnack et Sabatier. Il
* Léon XIII a également signalé le péril kantien dans sa Lettre aux catholiques français du 8 septembre 1899 :
tt Ce nous est une profonde douleur d'apprendre que depuis quelques années des catholiques ont cru pouvoir se mettre à la remorque d'une philosophie qui. sous le spécieux prétexte d'affranchir la raison humaine de toute idée préconçue et de toute illusion, lui dénie le droit de rien affirmer au-delà de ses propres opérations, sacrifie ainsi à un subjectivisme radical toutes les certitudes que la métaphysique traditionnelle^ consacrée par l'autorité des plus vigoureux esprits, donnait comme nécessaires et inébranlables fondements à la démonstration de l'existence de Dieu, de la spiritualité et de l'immorialité de l'âme et de la réalité objective du monde extérieur. Il est profondément regrettable que ce scepticisme doctrinal, d'importation étrangère et d'origine protestante, ait pu être accueilli avec tant de faveur dans un p«ys Justement célèbre par son amour pour la darié des idées et pour celle du langage. »
se montrait cependant, comme eux, pénétré de l'idée évolutive et, à cet égard, il pourrait avoir subi Tinfluence de Sabatier, qui a été si puissante sur une partie du jeune clergé français ^ Mais l'idée de relativité historique est en elle-même une hérésie aux yeux d'une Eglise qui se dit identique à elle-même à travers les siècles. Un livre qui se présentait comme une apologie de la religion catholique, fondée sur la science de l'histoire, parut condamnable à cause de sa méthode même. Le cardinal Richard, archevêque de Paris, en interdit la lecture au clergé et aux fidèles de son diocèse. L'abbé Loisy s'inclina d'abord ; mais, après huit mois de silence, il publia, sous le titre : Autour d*un petit livre, un nouveau volume qui causa un grand émoi dans le monde ecclésiastique. Non seulement l'abbé Loisy ne retirait aucune de ses thèses, mais il leur donnait une forme plus accentuée. Le Pentateuque, disait -il entre autres, n'est pas l'œuvre de Moïse : il ne faut pas chercher dans la Genèse une histoire exacte des origines du monde; le Déluge est une légende assyrienne; plusieurs livres de l'Ancien Testament doivent être considérés comme des romans religieux. En ce qui concerne le Nouveau Testament, l'abbé Loisy affirmait que le quatrième Evangile n'a pas de valeur historique et que quelques-uns des miracles c[u'il raconte doivent être pris dans un sens symbolique. Quant à l'institution de l'Eglise, elle n'a pas été prévue par le Sauveur. « L'Eglise fait suite à l'Evangile de Jésus, disait-il, elle n'est pas formellement dans l'Evangile. » La plupart de ces thèses ont été empruntées par l'abbé
* e Le christianisme, dit M. Loisy, est, en un sens très vrai, un développement du Judaïsme postexilien, lequel est un développement de la religion des prophètes, laquelle est un développement du Jahvéisme mosaïque, lequel est un développement de la religion patriarcale, laquelle a son point de départ dans la notion d'humanité préhistorique. «Cette conception n'est-elle pas très voisine de celle de Sabatier? L'abbé Loisy montre aussi l'évolution des dogmes au sein du christianisme, c Qu'est-ce que la théologie chrétienne depuis la fin du premier siècle, dit-Il, sinon un effort constant et tot^ours renouvelé pour établir une sorte d'équation ou de perpétuelle correspondance entre l'interprétation des dogmes révélés et le progrès intellectuel de l'humanité'/ » Article : Le développement chrétien depuis le cardinal Sewmann.
Loisy aux exégètes protestants modernes. En tentant de les introduire dans la théologie catholique» il posait cette ([uestion capitale : Y a-t-il une conciliation possible entre cette théologie et la science ; les dogmes qu'elle enseigne peuvent-ils être, en les présentant sous un jour nouveau, rendus acceptables aux esprits qui ne sauraient voir la vérité en dehors des principes de la méthode critique? S'adressant à un évéque d'entre ses adversaires, Tabbé Loisy disait : « L'appréciation des témoignages, Texanien des livres relèvent de la critique, et les lois de celle-ci sont les mêmes pour tout le monde, à moins que Ton ne veuille se mettre en dehors de la critique ou au-dessus. Dans ce cas. Ton tomberait facilement au-dessous. Autant vaudrait avouer qu'on nest pas en état de prendre part au commerce scientifique^ c'est ce que disent de nous certains savants non catholiques et je regrette que Votre Grandeur leur donne raison ».
La cause fut portée à Rome. Léon XIII avait paru d'abord être favorable à l'abbé Loisy. Ayant fait retirer V Evangile et VEglise de la congrégation de YIndex, il l'avait soumis à une Commission des études bibliques, spécialement instituée à cette occasion. La condamnation pourtant ne put être évitée. En instruisant cette cause particulière, l'Eglise a fait solennellement, une fois de plus, le procès de la science. Le verdict restera, dùt-il retomber sur le tribunal. Heureusement, le beau temps des autodafés est passé. Les pénalités se sont adoucies. Par ordre supérieur, l'abbé Loisy s'est vu contraint de renoncer à son enseignement de l'Ecole des hautes études. Il est condamné au silence.
Lesilence ou la révolte, il n'est que ces deux conclusions à un débat semblable. L'abbé Loisy ne semble pas avoir l'étoffe d'un révolté. Il a une intelligence calme el lucide et ' non lame orageuse d'un Lamennais. Mais combien l'Eglise se diminue elle-même en faisant taire de telles voix! Au milieu des débats violents qui se sont élevés autour de sc^ idées, nul n'a pu prononcer son nom qu'avec respect. I\
était Tespoir du jeune clergé éclairé. Nombreux étaient ses disciples connus ou inconnus. Tous ne se courberont peutêtre pas comme lui pour franchir la porte basse de la soumission. Il en est qui préféreront l'évasion.
Mgr Turinaz constate que depuis quelques années les apostasies ont augmenté en France dans des proportions inquiétantes. Le Chrétien français, organe des catholiques sortis de TEglise, affirmait en 1902 que le clergé français comptait un bataillon de cinq cents évadés — chiffre qui a notablement augmenté depuis lors — et que deux mille prêtres en fonctions étaient abonnés plus ou moins ouvertement au journal, sans compter ceux qui rachètent au numéro.
Sans doute, extérieurement, TEglise ne sera pas affaiblie par ces désertions. Elle ne reverra plus le temps des grands schismes. Mais, de crainte de se laisser gagner par l'universel mouvement des esprits, elle se condamne elle-même à l'inertie. Pour maintenir intact son idéal de continuité et d'unité de foi, elle doit tenir pour nul et non avenu tout l'effort de la pensée humaine, depuis le temps où Thomas d'Aquin a formulé le code de la vérité qu'elle tient pour immuable. Le plus éclairé de ses papes l'a proclamé luimême. Aux yeux de Léon XIII, la science ne saurait être que l'humble servante de la théologie scolastique ^ Par sa souple diplomatie l'Eglise peut bien traiter avec les gouvernements monarchiques ou républicains, mais ce qu'elle ne peut faire c'est de reconnaître, à titre définitif, l'affranchissement des esprits, ni l'affranchissement des peuples qui en est une conséquence. Elle se doit à elle-même d'ignorer tout ce qui s'est fait d'essentiel dans le monde depuis sept siècles. De ce sommeil sept fois séculaire, elle ne veut point être réveillée. Il faut sans cesse qu'elle
* La Uiéologie c ne tire pas ses principes des autres sciences, mais immé- «liatement de Dieu par la révélation. Et ainsi elle ne reçoit rien de ces sciences comme lui étant supérieures, mais elle les emploie, comme étant ies inférieures «f ses servante» ». Encyclique Prouidentissinius Deus, 18 novembre 1894.
réprime en elle-même Ténergie vitale qui, de son mouvement spontané, tendrait à la liberté. Dès qu'un sang trop chaud coule dans ses veines, elle y met la lancette.
Ainsi se maintient Tintégrité du dogme sous une formidable pression hiérarchique. Mais à quel prix? « Chez nous» écrivait Tabbé Dabry, la hiérarchie tue Vindividu... le vicaire pense par le curé, le curé par l'évêque, et Tévèque par le gouvernement », ce qui revient à dire que nul n a le droit de penser. Pour imposer une telle discipline à une société telle que la nôtre, où tous les cadres traditionnels sont brisés, où la pensée se propage par des moyens décuplés, il faut une surveillance de plus en plus méticuleuse,, une contrainte de plus en plus étroite. Tournées en dedans» les forces de TEglise s'épuisent à maintenir un anachronisme majestueux. Où en trouverait-elle pour reconquérir le monde qui lui échappe parce qu'il veut aller à la vie? Que si le peuple français, brisé par tant de luttes, devait lui revenir un jour pour reposer sa lassitude à Tombre d'une autorité tutélaire, c'est que, après l'Espagne, il reconnaîtrait que son rôle est terminé dans l'histoire du développement humain.