‹ Les deux Frances et leurs origines historiquesChapitre 6 sur 64 · INTRODUCTION XIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XIII

Les deux Frances sont-elles toute la France ? Certainement non. Il en est une troisième à laquelle nous voudrions réserver la première place, parce que c'est la France que nous aimons, celle à laquelle nous devons beaucoup dans le passé et qui a encore de beaux exemples à nous donner : la France du clair bon sens, de la droiture intellectuelle et morale ; Théritière de tout ce qu'il y a de meilleur, de plus sain, de plus généreux dans le génie de ce peuple si richement doué. Cette F'rauce-là a été, à travers les siècles, et demeure encore l'un des plus ardents foyers de la civilisation européenne, et si ce foyer-là venait à s'éteindre, la nuit serait près de tomber sur notre monde occidental. Elle a fait preuve à travers les ûges d'une vitalité intellectuelle merveilleuse. On la croit épuisée, elle se relève plus vaillante que jamais et plus féconde. Sa littérature compte près de dix siècles de production en pleine sève. Son art, que tant de moissons de chefs-d'œuvre n'ont point épuisé, demeure sans rival par le sens inné de l'harmonie et de l'élégance. Et qu'il fait bon séjourner en ce pays dont le ciel a la « douceur angevine » chantée par du Bellay ! Que ses horizons largement ouverts, baignés d'une lumière fine, s'accordent bien avec son vif et clair langage I Pourquoi donc, se dit-on sans cesse, tant de discordes sous un ciel si clément, pourquoi tant de haines? La vie semble si bonne ici I On y sait encore, quoi qu'ils disent, conserver le secret d'être aimable. On y cause, on y sourit. Et que les Français de vieille race savent mettre dans leurs amitiés de cordialité enjouée, délicate et réchauflantel Rencontrer sur cette terre un honnête homme est toujours un don du ciel ; s'il vient de France, le don est inestimable; car il est

honnête homme sans effort, avec grâce et avec goût. On sent en lui 1 afAnement d'un long passé de haute culture.

Oui, cette France-là dont on ne parle point assez, sans doute parce que ses sœurs tapageuses ne font que trop parler d'elles, cette France ex((uise est pourtant la vraie France. Son cœur est chaud ; son esprit est lait de clarté et <le juste mesure. Ceux qui ne Taimeraient point seraient doublement à plaindre : ils auraient Tintellect béotien et lïinie ingrate. Dieu nous garde de la méconnaître comme elle se méconnaît elle-même ! Car la France a été prise, depuis tantôt un ((uart de siècle, d'une sorte de fureur de dénigrement. 11 faut se garder de la croire sur parole, et Ton devrait sans cesse se rappeler le mot si juste : « Quand un Français dit du mal de lui-même, ne le croyez pas : il se vante ».

Pourtant, à force de se vanter de celte façon-là, les Français pourraient bien trouver, au dehors, plus de créance qu'ils ne le souhaitent eux-mêmes. Les romanciers les mieux intentionnés — Kmile Zola plus que tout autre — ont contribué à donner au monde une idée parfaitement fausse et injuste de leur pays. Par excès de sincérité, ils n'ont voulu voir que le pire. Leurs œuvres, prétendues d'observation exacte, offrent l'image d'une société parvenue, du haut en bas, au dernier degré de la putréfaction. On ne découvre pas un juste dans la Sodome qu'ils nous décrivent avec tant de complaisance. Le peuple (ju'ils nous font connaître ne saurait être, pour tous les honnêtes gens, qu'un objet de dégoût. « Hommes sans foi, femmes sans vergogne », comme Dante disait des Génois de son temps. Et l'étranger austère (pii s'en va faire ses éludes de mœ,urs françaises sur les boulevards parisiens peut bien être confirmé dans les idées que lui ont laissées ces romans-là. Même si son austérilé avait subi ({uelque éclipse momentanée, il n'en reviendra pas moins à son calme foyer plein de la plus vertueuse indignation contre les turpitudes de la a moderne Babylone ».

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