ACTE SECOND
B U L L E R, pénétré.
Comme Jean Buller n’a jamais rien volé il faudra donc qu’il aille en pleurant mourir dans un hospice I
LE CAPITAINE, ému.
Dans un hospice ! penses-tu que je ne pourrais pas te procurer ta nourriture hors de chez mol?
Oh! oui ; vous pourriez me jeter quelques pièces d’or, comme une aumône : mais j’aimerais mieux mourir de faim que d’accepter des secours aussi humilians.
LE CAPITAINE, outré.
Mais voyez , voyez donc , Docteur , s’il n’y aurait pas là de quoi donner la goutte à quelqu’un qui 110 l’aurait pas! ( avec la plus grande chaleur ) Il y a vingt ans , lorsque les Algériens nous firent prisonniers, et qu’ils m’eurent tout enlevé Jusqu’à ma veste , — ce drôle là avait caché plusieurs pièces d’or dans les boucles de ses cheveux. — Les corsaires ne les’ trouvèrent point. — Six mois après , nous fûmes rachetés ; nous sortîmes d’esclavage sains et saufs a la vérité, mais nus comme la main; et j’aurais été obligé de mendier mon pain de village en village % — si ce drôle là n’eût partagé avec moi ses pièces d’or ; — et maintenant il veut aller mourir dans un hospice!
BULLE R
Mon Capitaine l
LE CAP TAINE
Et lorsque mon équipage trama ce complot contre moi , et que tu me le découvris au péril de ta vie ; l’as-tu oublié , drôle (
BULLER
Vous avez fait pour cela une pension a ma mère. le capitaine.
Et lorsque nous combattions bord à bord contre les Maroquins ; que le sabre était levé sur ma tête, et que tu fis tomber le bras qui allait me la faire sauter ; l’as-tu oublié aussi? — v Ai-je fait une pension a ta mère pour cela ? — Veux-tu encore mourir dans un hospice ? hem? ( il s’adoucit tout-à-coup } et .lui tend les bras ) Viens, viens que je t’embrasse, BULLER, se précipitant dans ses bras.
Mon digne Capitaine !
LE CAPITAINE, s’essuyant les yeux.
Va me chercher la pipe.
BULLER
J’y cours,