‹ Les deux frèresChapitre 64 sur 77 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

PHILIPPE, ANNE, entrant.

PHILIPPE

Arrêtons-nous ici! — Que je puisse me livrer tout entier aux doux sentimens q ue j’éprouve : — Anne ? aujourd’hui, mes regards peuvent se reposer tranquillement sur ces vieux témoins, des jeux de mon enfance: hier, j’en aurais dé-« tourné la vue. . . .

ANNE

Pourquoi ?

PHILIPPE

Depuis quinze ans, et pendant mes plus beaux jours , la discorde planait sur ce jardin , comme un nuage ténébreux : enfin , sur le soir de ma vie , l’horizon s’est éclairci, et le calme a succédé à la tempête. Mon frère fut l’ami de mon jeune âge 5 il

me sera permis de l’aimer encore ; ah! je respire plus librement.

ANNE

L’accueil qu’il a fait à sa nièce me raccommode avec lui; — je le vois bien, il n’a pas cessé d’être le bon François.

PHILIPPE

Oui, je le crois : il fut toujours bon; mais des méchans, par leur souffle empoisonné. . . .

ANNE

Ce procureur Raffer , par exemple ?

PHILIPPE

Oh ! non , non : je ne crois pas. . . .

ANNE

Il était sans cesse à vous rapporter. . . .

PHILIPPE

Anne , laissons cela. — Le cœur de mon frère a pris le dessus : — il ne sera plus insensible aux douceurs de l’amitié fraternelle. Oublions tout ce qui a pu retarder ce moment.

ANNE

Sans le bon Docteur. . . .

PHILIPPE

Ah ! quel homme ! ( regardant le vieil arbre , avec intérêt ) Anne, tiens, vois-tu nos chiffres sur l’écorce de ce vieux poirier ?

ANNE

Oui , je vous les ai vus faire.

PHILIPPE

Ils croissent depuis quarante ans avec l’ar-

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