LA FAMILLE BRIDAU
fit alor» à Issoudun. Cependant , en ces circonstances, Rogutn avait fait réfléchir le chef de division sar les intérêts compromis de sa femme. Cet homme supérieur pensa que, s'il mourait, Agathe se trouverait sans fortune. Il voulut alors examiner Fétat de ses affaires. 11 trouva que , de ^795 à 4805, ils avaient été forcés de prendre environ 30,000 francs sur les 50,000 francs effectifs que le vieux Rouget avait donnés à sa fille , et it plaça les 20,000 francs restant sur le grand-livre. Les fonds étaient alors à 45^, sa femme eut done environ 2,000 livres de rente sur TÉtat.
Veuve, madame Bridau pouvait donc vivre honorablement avec six mille livres de rentes. Toujours un peu femme de province, elle voulut renvoyer le Domestique de Bridau , ne garder que «a cuisinière et changer d'appartement ; mais son amie intime qui persistait à se dire sa tante, madame Descoings vendit son mobilier , quitta son appartement et vint demeurer avec Agathe , en faisant du cabinet de feu Bridau une chambre à coucher. Ces deux veuves réunirent leurs revenus et se virent à la tête de douze mille francs de
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rente. Celte conduite seod^le simple *el naturelle : mais rien dans la vie n*exîge plus d'attention que les choses qui paraissent naturelles. On se défie toujours assez de Textraordinaîre. Aussi voyez-vous les hommes d'expérience, les avoués^ les juges , les médecins, les prêtres attacher une énorme importance aux affaires simples. On les. trouve méticuleux. Le serpent sous les fleurs est un des plus beaux mythes que Tanliquité nous, ait légués pour la conduite de nos affaires. Combien de fois les sots disent pour s'excuser à leurs^ propres yeux et à ceux des autres : C'était si simple que tout le monde y aurait été pris.
En 1809, madame Descoings , qui ne disait point son âge, avait cinquante neuf ans. Nommée dans son temps la belle épicière , elle était une de ces femmes si rares que le temps respecte , et devait à une excellente constitution le privilège de garder une beauté qui néanmoins ne soutenait pas un examen sérieux. De moyenne taille, grasse^ fraîche, elle avait de belles épaules, un teint légèrement rosé. Ses cheveux blonds , qui tiraient sur le châtain , n'offraient pas. ,. malgré la cata-^
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«trophe de Descoîngs, le moindre changement ^e couleur. La Descoings était friande ; elle aimait a se faire de bons petits plats ; mais, quoiqu'elle parût penser à la cuisine, elle adorait le «pectacle et cultivait » un vice enveloppé par elle dans le plus profond mystère : elle mettait à la loterie ! Ne serait-ce pas cet abtme que la mythologie nous a signalé par le tonneau des Danaides? La Descoings, on doit nommer, ainsi une femme qui jouait à la loterie , dépensait peut-être un peu trop en toilette , comme toutes les femmes qui ont le bonheur de rester jeunes longtemps ; mais hormis ces légers défauts, elle était la femme la plus agréable à vivre, elle était de Tavis de tout le monde, ne contrariait personne ; elle avait une gaietédouce et communicative. Elle possédait encore une qualité parisienne qui plaît infiniment aux commis retraités et aux vieux négociants, elle entendait la plaisanterie. Si elle ne s'était pas remariée en troisièmes noces, ce fut sans doute la faute de Tépoque. Durant les guerres de Pempire, les genrà marier trouvaient trop facilement de jeunes filles belles et
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riches pour s'occupar des femmes de soixante ans.
Madame Descoings voulut égayer itoadame Bridau : elle la fit aller souvent au spectacle et en voiture , elle composa d'excellents petits dîners, elle essaya même de la marier avec son fil^ Bixion! Hélas ! elle lui avoua le terrible secret profondément gardé par elle , par défunt Descoings et par son notaire. La jeune, Télégante Descoings, qui se donnait trente et quelques années , avait un fils de trente-deux ans nommé Bixiou , déjà veuf, major au 21® de ligne, qui périt colonel à Dresde, laissant un fils unique. La Descoings ne voyait jamais que secrètement son petit*fils Bixiou , et le faisait passer pour le fils de son premier.mari et d'une première femme. Sa confidence fut un acte de prudence : le fils du colonel, élevé au lycée impérial avec les deux petits Bridau, y eut une demi-bourse. Ce garçon , d^jà fin et malicieux au lycée , s'est fait une certaine réputation comme dessinateur et comme homme d'esprit.
Agathe n'aimait plus rien au monde que ses