PHILIPPE FAIT DES TR008 A LA LUNE
francs ; mais j'étudie la manière des maîtres, j'y gagne de Tinstruction , je surprends les secrets du métier. Voilà Tun de mes tableaux , lui dit-il en lui indiquant du bout de sa brosse une esquisse encore fraîche.
— Et que mets-tu dans ton sac par année , maintenant?
— Malheureusement, je ne suis encore conna que .des peintres; mais je peux faire dix-huit cents à deux mille francs , tous frais payés. Bah ! à Texposition prochaine, je présenterai ce tableaulà ; s'il est goûté, mon affaire sera faite. Mes amis en* sont contents.
— Je ne m'y connais pas, dit Philippe d'une Toix douce qui força Joseph à le regarder.
— Qu'as-tu ? lui demanda-t-il en le trouvant un peu pâle.
— Je voudrais savoir en combien de temps tu ferais mon portrait?
— Mais en travaillant toujours, si le temps est clair, en trois ou quatre jours j'aurai fini.
— C'est trop de temps ; je n'ai que la journée à te donner. Ma pauvre mère m'aime tant qae je
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Yoalais Inî lâiner ma ressemblânee? N^en par> Ions plos.
— Eh bien ! estrce que ta t^en vas encore ?
— Je m'en vaU pour ne pins revenir, dit Philippe d'un air faussement gai.
— Ah çà ! Philippe , mon ami, qu'as-tu ? Si c'est quelque chose de graye , je suis un homme, je ne suis pas un niais ; je m'apprête à de mdes combats , et s'il faut de la discrétion , j'en aurai.
— Est-ce sûr?
— Sur mon honneur.
— Tu ne diras rien à qui que ce soit au monde?
— A personne.
— Eh bien ! je vais me brûler la cervelle.
— Toi ! tu vas donc te battre ?
— Je vais me tuer.
— Et pourquoi?
— J'ai pris onze mille francs dans ma caisse , et je dois rendre mes comptes demain. Mon cautionnement sera diminué de moitié ; notre pauvre mère sera réduite à six cents francs de rente. Ça ! ce n'est rien ; je pourrais lui rendre plus
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tard une forlone ; mais je suis déshonoré! Je ne veux pas vivre dans h déshonneur.
— Tu ne seras pas déshonoré en restituant, mais tu perdras ta place. Il ne te restera plus que les cinq cents francs de ta croix , et avec cinq cents francs on peut vivre.
— Adieu ! dit Philippe , qui descendit rapidement et ne voulut rien entendre.
Joseph quitta son atelier et vint comme pour déjeuner; mais la confidence de Philippe lui avait ôté Tappétit. 11 prit la Descoings à part et lui dit Taffreuse nouvelle. La vieille femme fit une épouvantable exclamation, laissa tomber un poêlon de lait qu'elle avait à la main , et se jeta sur une chaise. Agathe accourut. D'exclamations en exclamations la fatale vérité fut avouée à la mère.
— Lui ! manquer à Thonneur? le fils de Bridau prendre dans la caisse qui lui est confiée I La veuve trembla de tous ses membres ; ses yeux s'agrandirent , elle s'assit et tondit en larmes. — Où est-il ?'s'écriart-elle au milieu de ses sanglots. Peut-être s'est-il jeté dans la Seine !
— Il ne faut pas vous dcsespérert dit la Des-
tt« mUFTE FAIT DES TftOUft â tk LUNK.
coHip , parce que le pauvre garçon a rencotviré une mauvaise femme , et qu'dle lui a (kit faire des folies. Mon Dieu ! cela se voit souvent. Philippe a eu jusqu'à son retour tant d'infortunes , il a eu si peu d'occasions d'être heureux et aimé, qu'il ne faut pas s'étonner de sa psusion pour cette créature ; toutes les passions mènent à des excès I J'ai, dans ma vie, un reproche de eegaire à me faire , et je me crois cependant une honaêie femme ! Une seule faute ne fait pas le vice ! Et puis , après tout , il n'y a que ceux qui ne font rien qui ne se trompent pas t
Le désespoir d'Âgatbe l'accablait tellement que la Descoings «t Joseph furent ditligés de diminuer la faute de Pinlippe, en lui disant que dans toutes les familles il arrivait de ces sortes d'affaires.
— Mais il a vingt-huit ans , s'écriait Agathe , et ce n'est plus un enfant !
' Mot terrible et qui révèle combien la pauvre femoM pensait à la conduite de son fils.
— Ma mère , je t'assure qu'il ne songeait qu'à ta peine et an tort qu'il te fait, lui dit Joseph.
— Oh ! mon Dieu , qu'il rev4«ine ! qu'il vive et
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je lui pardonne tout ! 8'écria la pauvre mèrô , à Tesprit de laquelle s*offrit Thorrible tableau de Philippe retiré mort de Teau.
Un sombre silence régna pendant quelques instants. La journée se passadans lesplus cruelles alternatives. Tous les trois s'élançaient à la fenêtre du salon au moindre bruit » et se livraient à une foule de conjectures.
Philippe mettait tranquillement tout en ordre à sa caisse. Il eut Taudaee de rendre ses comptes en disant que» craignant quelque malheur, il avait les onze mille francs chez lui. Le drôle sortît h quatre heures en prenant cinq cents francs de |xlus à sa caisse, et monta froidement au jeu « où il n'était pas allé depuis qu'il occupait sa place. Il avait bien compris qu^un caissier ne peut pas lianter les maisons de jeu. Ce garçon ne manquait pas de calcul. Sa conduite postérieure prouvera, d'ailleurs , qu'il tenait plutôt de son aïeul Rouget que de son vertueux père. Peut-être eût-il fait un bon général ; mais , dans sa vie privée , il fut un de ces profonds scélérats qui abritent leurs entreprises et leurs mauvaises actions derrière le para-