I IS PBILIPPE FAIT DES TROUS A 'LA LUNE
vent de la légalité et sous le toit discret de la famille.
Philippe garda tout son sang-froid dans cette suprême entreprise. Il gagna d^abord et alla jnsqu^à une masse de six mille francs ; mais H se laissa éblouir par le désir de terminer son incertitude d'un coup. Il quitta le trente et quarante en apprenant qu'à la roulette la noire venait de passer seize fois ; il alla jouer cinq mille francs sur la rouge , et la noire sortit encore une dix* septième fois. Le commandant mit alors son billet de mille francs sur la noire et gagna. Malgré cette étonnante entente du hasard , il avait la tête fatiguée, il le sentait ; mais il voulut continuer, quoique le sens divinatoire qu'écoutent les joueurs et qui procèdepar éclairs, fûtaltérédéjà. Vinrent des intermittences qui sont la perte des joueurs. La lucidité, de même que les rayons du soleil, n'a d'effet que par la fixité de la ligne droite , elle ne devine qu'à la condition de ne pas rompre son regard ; elle se trouble dans les sautillements de la chance. Philippe perdit tout. Après de si fortes épreuves , l'âme la plus insouciante comme la
PHILIPPE FAIT DES' TROUS k LA LUNE. IIS
plus intrépide s'affaisse. Aussi , en revenant chez lui , Philippe pensait-il d'autant moins à sa promesse de suicide , qu'il n'avait jamais voulu se tuer. Il ne songeait plus ni à sa place perdue , ni à son cautionnement entamé , ni à sa mère , ni à Mariette, la cause de sa ruine; il allait machinalement. Quand il entra , sa mère en pleurs , la Descoings et son frère lui sautèrent au cou, l'embrassèrent et le portèrent avec joie au coin du feu.
— Tiens, pensa-t-il , l'annonce a fait son effet ! Ce monstre prit alors d'autant mieux une figure de circonstance que la séance au jeu l'avait profondément ému. En le voyant pâle et défait, sa pauvre mère se mit à ses genoux , lui baisa les mains , se les mit sur le cœur et le regarda longtemps les yeux pleins de larmes.
— Philippe , lui dit-elle d'une voix étouffée , promets-moi de ne pas te tuer, nous oublierons tout!
Philippe regarda son frère attendri, la Descoîngs qui avait la larme à l'œil ; il se dit à lui-même : — C'est de bonnes gens. Il prit alors sa mère, la releva , l'assit sur ses genoux , la pressa sur son