‹ Les deux frèresChapitre 18 sur 23 · PHILIPPE FAIT DES TROUS A LA LUNE · texte numérisé non relu

PHILIPPE FAIT DES TROUS A LA LUNE

cœur, et lui dit à Toreille en Fembrassant : — Tu me donnes une seconde fois la vie !

La DescQÎngs trouva le moyen de servir un ex^ cellent dîner, d'y joindre deux bouteilles de vieux vin, et un peu de liqueur des Iles » trésor provenant de son ancien fonds.

— Agathe, il faut lui laisser fumer ses cigares ! dit-elle au dessert. Et elle offrit des cigares i Philippe.

Les deux pauvres créatures avaient imaginé qu'en laissant prendre toutes ses aises à ce garçon, il aimerait la maison et s'y tiendrait, et toutes, deux essayèrent de s'habituer à la fumée do tabac qu'dles exécraient. Cet immense sacrifice ne fut pas même aperçu par Philippe.

Le lendemain Agathe avait vieilli de dix années. Une fois ses inquiétudes calmées, la réflexion vint , et la pauvre mère ne put fermer Tœil pendant cette horrible nuit. Elle allait être réduite à six cents francs de rente. Gomme toutes les femmes grasses et friandes , la Descoings, douée d'une toux catarrhale opiniâtre , devenait lourde. Son pas , dans les escaliers , retentissait

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comme des coapB de bûche. Elle pouvait mourir de moment en moment , et avec elle disparaissaient quatre mille francs ; ii était donc ridicule de compter sur cette ressource. Que faire? que devenir? Décidée à se mettre à garder des malades plutôt que d'être à charge à ses enfants, Agathe ne songeait pas à elle. Mais que ferait Philippe, réduit auK cinq cents francs de sa croix d'officier de la Légion d'honneur? Depuis onze ans, la Descoings , en donnant mille écus chaque année, avait payé presque deux fois sa dette. Elle immolait Içs intérêts de son petit-^fils à ceux de la fainiUe Bridau. Tous les sentiments probes et rigou« reux d'Agathe étaient froissé3 , et , au milieu de ce désastre horrible, elle se disait : Pauvre gar» çon , est-ce sa faute? il est fidèle à ses serments. Moi , j^ai eu le tort de ne pas le marier. Si je lui avais trouvé une femme , il ne se serait pas lié avec cette danseuse ! Il est si fortement constitué ! La Descoings , en vieille épicière , avait aussi réfléchi à la manière de sauver l'honneur de la famille. Au jour elle quitta son lit et vint dans la chambre de son amie.

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— Ce n^est ni à vous ni à Philippe à traiter cette affaire délicate , loi dit-elle]; nos deux vienx amis sont morts , mais il nous reste le père Des«* roches qui a une bonne judiciaire , et je Tais aller chez lui ce matin. Desroches dira que Philippe a été TJctime de sa confiance dans un anû qu'il a Mlgé ; que sa faiblesse , en ce genre , le rend tout à fait impropre à gérer une caisse. Ce qui lui arrive aujourd'hui pourrait recommencer.

Philippe préfère donner sa démission , et il ne sera pas renvoyé.

Agathe , en voyant Tbonneur de son fils mis à couvert par ce mensonge officieux au moins aux yeux des étrangers , embrassa la Descoings qui sortit arranger cette horrible affaire. Philippe avait dormi du sommeil des justes.

— Elle est rasée k vieille ! dit-il en souriant, quand Agathe lui apprit pourquoi leur déjeuner était retardé.

Le vieux Desroches, le dernier ami de ces deux pauvres femmes, et qui, malgré la dureté de son caractère, se souvenait toujours d'avoir été placé par Bridau, s'acquitta, en diplomate consommé.

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(le la mission délicate que lai confia la Descoings. 11 vint diner avec la famille, avertir Agaihe d'aller signer le lendemain au Trésor, rue Yivienne, le transfert de la partie de rente vendue, et de retirer le coupon de six cents francs qui lui restait. Le vieil employé ne quitta pas cette maison désolée sans avoir obtenu de Philippe de signer une pétition au ministre de la guerre par laquelle il demandait sa réintégration dans les cadres de Tarmée. Desroches promit aux deux femmes de suivre la pétition dans les bureaux de la guerre, et de profiter du triomphe du duc sur Philippe chez la danseuse pour obtenir la protection de ce grand seigneur.

— Avant trois mois , il sera chef d'escadron dans quelque régiment de cavalerie, et vous en serez débairassées.

Desroches s'en alla comblé des bénédictions des deux femmes et de Joseph. Quant au journal, deux mois après , selon les prévisions de Finot , il cessa de paraître. Ainsi la faute de Philippe n'eut, dans le monde, aucune portée. La maternité d'Agathe avait reçu la plus profonde blés-

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sure. Sa croyance en soa fils une fois ébranlée, elle vécut dès lors en des transes perpétuelles , mêlées de satîsfaetions quand elle voyait ses sinistres appréhensions trompées. Ijorsque les hommes doués d'une force corporelle et du courage physique, mais lâches et ignobles au moral comme Tétait Philippe, ont vu la nature des choses reprendre son cours autour d'eux, après une catastrophe où leur moralité s'est à peu près perdue, cette complaisance de la famille ou des amitiés est pour eux une prime d'encouragement. Ils comptent sur l'impunité. Leur esprit faussé, leurs passions satisfaites les portent à étudier comment ils ont réussi à tourner les lois sociales, et ils deviennent horriblement adroits. Quinze jours après , Philippe , redevenu l'homme oisif , ennuyé , reprit donc .fatalement sa vie de café , ses stations embellies de petits verres, ses longues parties de billard au punch, sa séance de nuit au jeu où il risquait à propos une faible mise et réalisait un petit gain qui suffisait à l'entretien de son désordre. En apparence économe pour mieux tromper sa mère et la Des-

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