MADAME DF. L O R M F A U
A la rigueur je ne le comprends pas.
ARTHUR
Fort bien!
MADAME DE LORMEAU
Mais entre nous, je vous le dis tout bas, Les procès me font peur, et...
ARTHUR
La cause est instruite,
Je sais tout.
MADAME DE LORMEAU
J’aime mieux demain être conduite A l’autel qu’au palais.
ARTHUR
C’est Charybde et Scylla.
Deux écueils: le premier...
, MADAME DE LORMEAU
J’aime mieux celui-là.
ARTHUR
Chacun son goût.
MADAME CE LORMEAU; elle te lève.
Et puis, ma sagesse raisonne,
J’ai l’œil fin ; j’étudie et ne connais personne.
Qui mieux que votre ami Duhamel, dans Paris,
Soit digne d’honorer le peuple des maris?
C’est un bourgeois docile et naïf, digne d’être L’honorable pendant du portrait d’un ancêtre;
Un oncle, heureusement délivré de neveux, Répondant: Oui, toujours, quand on dit: Je le veux; Le mari de mon rêve. A ma première épreuve.
Comme je n’avais pas le malheur d’être veuve,
J’ai vu de mauvais jours! Maintenant, je le vois, Pour être heureuse, il faut se marier deux fois.
La première ne sert qu’à régler la seconde;
Et tout irait bien mieux, en notre pauvre monde,
Si les maris étaient assez galants toujours
Pour mourir les premiers, au printemps de nos jours.
Nous verrons ce progrès.
MADAME DE LORMEAU
Aujourd’hui, la sagesse M’apprend comment il faut gouverner sa richesse;
Je sais par quels moyens, inventés à présent,
On double sa fortune en économisant ;
J’économiserai, non pas sur ma toilette...
Sans le luxe il n’est pas une femme complète...
Mais sur le reste enfin; chaque soir, demandant Leur gain aux comptes bleus d'un habile intendant; Ouvrant l’œil sur les mains de tous mes domestiques. Et corrigeant le vol par les mathématiques.
ARTHUR
Parfait!
(a pari.)
Il faut frapper un grand coup à l’instant.
MADAME DE LORMEAU
Vous m’approuvez?
ARTHUR
Très-fort!., réfléchissez, pourtant.
Ou bien réfléchissons tous deux... Vous êtes née Pour le veuvage, ou bien pour un noble hyménée ; Non, vous ne devez pas vous chercher un mari Chez les agriculteurs fauchés dans le Berri ;
Bons bourgeois qui, là-bas, dans leur vie indolente, Cultivent la vertu, chez eux, comme une plante.
Ce qu’il vous faut, à vous... sans être nécroman.
Je le sais... il vous faut un héros de roman.
Un idéal, un type, un rêve blond, une âme Qui supprime le corps au regard de la femme.
Un poète nourri de fleurs et d’hydromel :
L’antipode, en un mot, de monsieur Duhamel.
MADAME DE LORMEAU, à part'.
Ce jeune homme appartient à la littérature I Quel œil observateur !
ARTHUR
Quant à la procédure...
MADAME DE LORMEAU
Ah I vous savez ?