ARTI1UB
Mon cher oncle !
FRONTIN
En personne
ARTHUR
Parbleu 1 voilà déjà deux heures que je sonne Sans voir ouvrir la porte... Oh! mon oncle est ici,
Ai-je pensé tout bas.
FRONT IN
C’est un point éclairci.
ARTHUR
Je viens vous demander un service.
FRONT I N
J’écoute.
Que veux-tu ?
ARTHUR
Vous savez, hélas ! ce qu’il en coûte Pour être bien logé, mon oncle, dans ce temps Ou la maison est rare et manque aux habitants ;
Je voudrais me placer chez vous...
FRONT IN. t
Pour secrétaire?
-Mon cher, cette maison n’est point un ministère. Une maison de banque, une agence, un comptoir : C’est un hôtel garni, comme tu peux le voir.
Où mon maître, monsieur Duhamel, à son âge.
Cinquante ans, vient manger, dit-on, un héritage... Paris était son rêve, il trouvait tout enfant Que l’air provincial est un air étouffant;
Mais n’ayant pas un sou pour argenter son rêve,
Il a pendant vingt ans, sans ennuis et sans trêve. Fait la cour à sa tante, et cet acte insensé Vient par un testament d’être récompensé.
ARTHUR
Est-ce sûr ?
FRONT l N.
Pour beaucoup c’est encore un mystère.
ARTHUR
Avez-vous vu le legs ?
F RON TIN
Non, j’ai vu le notaire.
ARTHUR
Cela ne suffit pas.
FRONTIN
Mais j’ai l’odorat fin,
Et je flaire de l’or aui environs.
ARTHUR
Enfin!
La fortune a souri pour moi ! vite, une place !
Je cherche un domicile... Oui, cher oncle, de grâce, Instal lez-moi...
FRONTIN
Faut-il le redire deux fois?
ARTHUR
Pardon, je me suis mal expliqué, je le vois...
Écoutez bien ceci, mon oncle : je me nomme
Arthur, mais, sous ce nom, vous voyez le même homme,
Votre neveu Frontin, digne de ses aînés.
Les Frontins aujourd’hui sont perfectionnés;
Lorsque le maître parle, ils gardent le silence;
Le calcul a chez eux remplacé l’insolence;
Ils sont polis, ils ont des mœurs... et des gants blancs; Ils parlent à voix basse, ils marchent à pas lents;
Et lorsque les Frontins aux répliques hardies,
Les Frontins turbulents des vieilles comédies Meurent à l’hôpital, les nouveaux ont compris Qu’ils peuvent exploiter un trésor d’un grand prix,
Leur maître ! et l’exploitant d’une main caressante,
On l’écorche en détail, tout vif, sans qu'il le sente ;
Si bien que fin décembre, après les douze mois,
11 nous reste toujours de l’or au bout des doigts.
FRONTIN
Certes c’est un progrès !..
ARTHUR
Ce discours vous indique Que je veux me placer, mais comme domestique.
J'aime l'indépendance I
FRONTIN
Et l’argent ?
ARTHUR
Oui, je mets
A la caisse d’épargne, et n’y touche jamais.