ACTE III
Et le droit de partage avec les intendants.
ARTHUR
Vous aviez tout cela, mon oncle...
FRONTIN
Et plus encore !
Que veux-tu 1 le Frontin est un être omnivore,
J’ai tout mangé ! *
Comment?
FR ON Tl Ni
Ma foi, je n’en sais rien;
C’est, je crois, un secret de famille.
ARTHUR
Très-bien 1
Je vous enrichirai malgré vous... dans une heure, Placez-moi... point de temps perdu.
FRONTIN
Soit.
ARTHUR
Je demeure
Dans la rue, ici près, numéro trois... voici Ma carte.
(Fausic sortie.)
FRONTIN, étonné.
Les valets ont des cartes aussi !
ARTHUR, revenant à gauche.
A propos!., j’oubliais!., dites, dans quelle espèce Classez-vous ce monsieur?..
FRONTIN
Duhamel ?
Fort bien!.. Est-ce
Un sot, un niais, un fat, un homme intelligent.
Un avare, un bourreau de femmes et d’argent?
Voyons.
FRONTIN
C’est un esprit d’une étoffe assez mince.
Un peu rouillé par l’air d’un château de province; Honnête, confiant, et crédule à l’excès.
Voilà ses trois défauts.
. ART IHJ R.
Je réponds du succès.
Je n’ai ni capitaux, ni coupons sur la banque,
Mais l'adresse suffit, quand tout le reste manque. L'adresse est à Paris un capital puissant,
Un million qu’on place à cinquante pour cent.
(il serre I» main de Frontin et sort lentement par la fond.)
S£ÉNE IV.
FRONTIN; Il s’asseoit et déchire la bande d’un journal.
Le règne des Froptins, hélas! va disparaître!
Paris a tout changé, tout détruit... si mon maître Ne veut plus m’obéir; si maintenant je dois Dans un gant jaune ou gris emprisonner mes doigts ; S’il faut quitter l’habit de mes aïeux célèbres Pour le frac noir du deuil et des pompes funèbres;
S’il faut me supprimer la chanson en buvant Et parler comme on parle aux grilles d'un couvent;
Si je dois, tous les soirs, faire le pied de grue Aux portes d’un théâtre, en hiver, dans la rue,
Et ne voir le spectacle et l’acteur que de loin.
Sur une affiche jaune, et placardée au coin ;
Si je dois devenir le facteur de mon maître,
Borner toute une intrigue à porter une lettre,
Et recevoir gaîment, de peur d’ôlre battu,
Des femmes de tout sexe, et de toute vertu,
Je pars, adieu, Paris! tu m’as vu!., par vengeance Contre tous les wagons, je pars en diligence,
Et je vais faire voir, dans les pays lointains,
Au dernier postillon le dernier des Frontins.
(On sonne. — Il s’assied sur le canapé.)
On sonne... C’est monsieur Duhamel... sa sonnette
(On sonne.)
M’interrompt tous les jours, quand je lis ma gazette;
• (On sonne.)
Faisons la sourde oreille, et s’il se fâche, alors Je m’insurge, il me chasse, Arthur entre, et je sors.