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-- Je viendrai.
— Merci! Vous êtes bonne et vraiment digne de Georges !
Blanche retourna au couvent avec le docteur.
— Monsieur, lui dit Eugénie tremblante, le colonel Castelnau m'a dit que je puis compter sur \ous... Voulez-vous me rendre un service?
— Tout ce qui dépendra de moi, je le ferai, madame.
— Dites-moi combien de temps il me reste à vivre.
Le docteur hésita.
— Si ma demande n'était pas sérieuse, je ne la ferais pas... Ne craignez rien ; je vous répète que c'est un grand service à me rendre.
Après avoir obtenu la réponse à quelques questions, Fritz dit brusquement à la religieuse :
— Vous pouvez mourir demain ; mais avec des soins convenables, vous avez encore des chances pour douze ou quinze mois.
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— Voulez-vous me donner ces soins?
— Sans doute, et 1res volontiers ; mais comment franchir cette grille ?
— J'aurai la permission de madame la supérieure... Merci! monsieur... A bientôt!
Les deux nouvelles amies restèrenl ensemble plus d'une demi-heure ; après ce temps, Blanche quitta Eugénie toute pensive et émue. Personne ne sut l'objet de cette causerie intime, mais en rentrant à Ville-d'Avray, Blanche dit à Georges :
— Eugénie t'aimait bien ; pas plus que moi cependant ; mais je me sens,bien heureuse... >*ous serons bientôt trois à l'aimer!
Georges comprit tout, et Dieu le bénissait en lui faisant goûter les suprêmes délices de là paternité.
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L'incrn lie,
Cependant il se- préparait un grand événement inouï dans les annales de l'histoire, qui allait troubler momentanément la paix dont jouisssait la petite colonie de Ville* d'Avray.
te roi Louis XVIII, aveuglé par le succès de son retour, cherchait à affermir sur son
front une couronne vacillante. Voyant dans le passé le type de la royauté, il ne tint nul compte des nouveaux intérêts, issus des secousses qui avaient agité la société française, et il ne s'occupa qu'à ressusciter les abus et les sottises de l'ancien régime.
Ses favoris outrèrent encore cette fatale tendance du monarque, et, de l 'indifférence avec lequel la nation avait accueilli le pouvoir imposé par la coalition des rois, elle passa rapidement au mépris.
Rien n'est mortel pour un gouvernement en France comme le mépris. La haine lui vaudrait mieux.
Le Français, sur l'étourderie duquel il y a tant de choses à dire dans les petites circonstances ordinaires de la vie, et même dans certaines phases de la vie politique, porte très loin le sentiment de la dignité nationale.
Il préférera toujours l'autocratie forte et puissante, sachant faire respecter l'autorité au-dedans, le nom de la France au dehors, à toutes les combinaisons qu'il peut mépriser ou ridiculiser. Qu'il crie contre tous les gou-
vernemcnts possibles, cela est dans sa nature ; c'est l'Athénien des temps modernes, et il voit dans tout gouvernement un maître contre lequel il s'insurge tout haut ou tout bas.
La nation est ainsi faite.
Mais que le gouvernement soit fort ; que le maître soit puissant et ferme, portant haut l'étendard de la France, il sera admiré et craint, respecté et conservé malgré les mécontents ou les gens qui se disent tels. Si, au contraire, le maître est faible et timide, s'il se laisse entraîner par son entourage ou les circonstances à des actes de petitesse, un moment arrive, une occasion se présente où le coursier rétif se cabre et désarçonne l'imprudent cavalier.
La France est vaniteuse autant qu'elle est grande; elle ne veut pas que l'on fasse rire d'elle, à plus forte raison ne veut-elle pas souffrir que l'on ait raison d'en rire, et ne supporte-t-elle pas la cause d'un mépris mérité.
C'est ce que tous les grands hommes d'Etat ont parfaitement senti, et leurs efforts ont
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toujours tendu à ce Lut suprêmement conservateur, de rendre le pays florissant au-
edoutabll au dehors.
m< p seulement que le uyern menl I peut acquérir la stabilité.
Retirés derrière le Rhin, les chefs de la coalition s'occupaient, au milieu des fêtes et des enivrements de ce qu'ils appelaient h ur triomphe, à se faire la part large dans les dépouilles de l'Empereur...
Le congrès de Vienne s'était constilué ! Il faut lire l'histoire, ce grand et sublime roman de l'humanité, pour apprécier à leur juste valeur les hommes et les choses, pour juger sainement des prétentions des uns et des protestations des autres. Les séances de ce congrès ne lurent autre chose que des luttes honteuses entre les gros et les petits, entre tes forts 'A les faibles, au sujet de la part attribuée chacun don., ia rarée. Jaais la rapacité ne poussa aussi loin le cynisme et le mépris Je l'opinion publique, (I pourtant ce pa Inique régla jusqu'à
nos jo ;r> les d • l'Europe.
Tous les caprices, toutes les passions, tous les instincts lurent consultés et mis en œuvre dans celte liquidation des royaux asso • ciés ; une seule chose y fut mise en oubli, l'intérêt des peuples et des nations.
Il était réservé à l'héritier du nom de Napoléon de faire tomber en désuétude et d'abroger par la force des choses ces conventions ridicules ; mais combien de temps devait s'écouler devant une tardive réparation? Combien de larmes de^ aient être versées par les victimes des royautés inintelligentes et passionnées, dont l'égoïsme voyait un ennemi dans chaque progrès? Le temps n'était pas encore venu où les pouvoirs devaient comprendre la sainteté de leur mission et leur véritable intérêt ; ils n'avaient pas encore senti que leur vraie place est à la tête du mouvement vers le bien, que leur a'rme la plus redoutable n'est pas la compression, mais la liberté sous la loi.
Les nations, malgré les leçons donnéûs par la France, étaient encore la chose des rois, et l'on ne prévoyait pas l'époque à laquelle les rois se feraient un noble orgueil
de tenir leur pouvoir de la volonté populaire.
Aussi, et pour n'en citer qu'un seul exemple, la vie de l'Italie n'a-t-elle été qu'un long martyre depuis cette fatale restauration ; les plombs de Venise, les cachots du Spielberg avaient charge de faire taire toute parole qui n'était pas une adulation , de comprimer toute idée généreuse, et de réduire au silence, par la prison et la mort le plus souvent, tous ceux qui avaient l'audace de ne pas être partisans des abus, des crimes et des lâchetés du pouvoir.
La consigne était de dire et même de croire que tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes... Malheur à ceux qui osèrent l'enfreindre !
Et, même en France, on fut assujéti pendant" longtemps à ce régime de l'admiration forcée; mais chez nous ces comédies n'ont qu'un temps assez court, juste la durée qui sépare la stupéfaction et l'étonnement de la surprise et le soulèvement du mépris.
De son regard d'aigle, le grand capitaine suivait toutes les fautes de la dynastie
restaurée ; il contemplait les événements européens avec ce calme des puissantes natures, et, les yeux fixés sur la France, il calculait les chances qui lui étaient offertes par la nullité du nouveau pouvoir.
Contenant avec peine son indignation, lorsqu'il apprenait les bassesses de ceux qui lui devaient tout, il lui arrivait quelquefois de laisser échapper un sourire fugitif qui éclairait sa pâle physionomie, au récit des maladresses sans nombre du vieux Bourbon.
Louis XVIII travaillait pour lui et les siens et préparait son retour en France.
Peut-être la dynastie napoléonienne ne devait-elle plus tard gouverner le premier peuple du monde qu'après les essais infructueux de tous les partis, qu'après que toutes les prétentions auraient usé à l'œuvre leur faiblesse et leur incapacité. Les travaux gigantesques ne sont pas faits pour les mains dos pygmées.
Trois opinions se dessinaient bien nettement autour de Louis XVIII : l'émigration repue et satisfaite formait le parti conservateur, et celui-là était loin d'être favorable à