PETIOTE
ROIiVKLLI
*ELIX MOREL,
Le dernier jour à l'hôpital,
C'était au commencement de 1845... Votre serviteur était alors simple élève en chirurgie militaire, et, moitié par goût, moitié par laforce des choses, il accomplissait tant bien que mal le service assez pénible d'interne dans un hôpital militaire d'une des villes de l'Est. Il fallait souvent cumuler les fonctions de
l'infirmier avec celles de l'étudiant, du sousaîde in partions, etc. La raison en était toute simple : j'étais à peu près seul pour aider à mon chef de service dans ses nombreuses occupations, et, à part quelques vieux piliers de salle, dont le congé se passait presque en entier à l'hôpital, et que nous élevions parfois au grade d'infirmiers, nous ne pouvions guère compter que sur nous-mêmes.
Le docteur L*** ne manquait pas de besogne : outre les soins à donner aux malades de la garnison, il avait dans sa clientèle les hospises civils, le couvent et bien d'autres choses encore. C'était un brave homme, plein de cœur et de jeunesse, malgré les onze lustres qui argentaient sa tête. Il ne reculait jamais devant le bien à faire, devant un service à rendre. 11 avait, du reste, les cheveux près du bonnet, et il ne fallait pas lui manquer.
Habile médecin et bon chirurgien, il devait sa réputation à son mérite, ce dont plusieurs de ses confrères enrageaient tout bas, tout en cherchant les occasions de le dénigrer par derrière.
Le monde est ainsi fait.
Il est bon de remarquer en passant, qu'il n'y a pas de race intolérante et envieuse comme celle des gens de science ; s'ils ne se dévorent pas comme des loups affamés, ce n'est pas leur faute et personne ne doit leur en vouloir. Leur teint bilieux et leur figure allongée ne doivent pas toujours être attribués au travail, tous pouvez m'en croire sur parole.
Le docteur L*** n'avait pas les défauts de l'engeance ; il croyait aux bonnes intentions d'autrui, chose rare à notre époque, et il se sentait assez fort pour n'avoir rien à envier à ses confrères.
J'avais pris l'habitude d'une promenade matinale avant la visite journalière, et presque tous les jours, je sortais à pied ou à cheval, dirigeant mes pas tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. Jia promenade durait une ou deux heures, puis, on retournait aux saignées, aux bandes, aux compresses, et à tout l'attirail du métier.
Un matin, je m'en allais les mains derrière le dos, longeant la berge d<i la route de