V.n compt' tant à tous les tendrons
Qu'à leux femm' ils n' peuv'nt plus rien dire,
SIMPLET
Ah I soyez tranquille, marne Julien , j'aurons toujours queuqu' petite chose à dégoiser à ma femme.... Car j' pensons bé qu'avec un minois comme ça , ça doit être une jaseuse. Mais ça m' fait r'ssouvenir qu'elle n' m'a point encore dit une seule petite parole , quoi!
JEANNETTE
Monsieur , je dépends de ma bonne tante , j'ai toujours cru qu'elle ne voulait que mon bonheur , et puisqu'elle exige....
SIMPLET
Elle est douce comme un agneau !
Madame JULIEN.
C'est encore un peu timide , c'est si jeune; mais, débarrassezvous donc de tout ça. ( Elle appelle. ) Chariot !... ( Un garçon entra et emporte la balle.) Vous devez être fatigué?
SIMPLET
Point absolument. J'ons rencontré, voyez- vous , un charretier qui s'en revenait piétonnant avec sa charrette du marché où il n'y avait rien , et tandis qu'il disputait avec un particu- ' lier, j'ons monté d'ssus. ( A part. ) C'est toujours autant d' gagné.
AIR : L'Amour ainsi qu la Nature.
Je m' rappelons bé que mon père , Qu'était un fameux compère , Me disait comm' ça : Gaspard , Du grand gâteau prend ta part j Donne d' ton intelligence Queuqu' preuves par-ci par -là :
Crois-en mon expéricDce , On n'est point pendu pour ça.
3Iême air.
J'croyoDS d'viner que vot' nièce K'a pas pour moi trop d' tendresse ; D'antr's craindraient en l'épousant Certain fâcheux accident ; Mais 3' vois dans bé des ménages Des malheurs comm' celui-là j Et j' dis comm' tous les homm's sages On n'est point pendu pour ça.
( bif. )
Madame Julien.
Quand j'te disais, Jeannette , qu'il ferait un bon mari I mais mon frère ne r'vient pas; au lieu de venir vendre sou vin, il
s'amuîe sans doute à en boire queuqu'part, afin qu'il soit meilleur.
SIMPLET
Ah ! c'est vrai. A propos, c'père Bourdon, il est bé temps que je l' voie.
Madame JULIEN.
Il est allé chez le notaire faire préparer vol' contrat; donnezmoi l'bras, Gaspard, j'allons le retrouver; toi, Jeannette, veille à la maison de ton oncle, je s'rons bientôt de retour.
SIMPLET
AIR du Vaudeville de la garde nationale.
Sans adieu, mainsell' Jeannette , pins tard , quand vous me connaîtrez, J' vous l'ai dit et j' vous l' répèle , Fui de Gaspard , vous m'aimerez.
Madame julien.
Ici , malgré ma défense , Si Gervais portait ses pas , J'tordonn' de fuir sa présence.
( Ici Cervais traverse le théâtre et se cache derrièie un arbre. )
JEANNETTE , qui a aperçu Gervais.
Ma tante, il n'y viendra pas.
- SIMPLET
Sans adieu , mamsell' Jeannette ,
Plus tard , quand vous me connaîtrez ,
J' \ous l'ai dit et j' vous 1 répète ,
loi de Gaspard , vous m'ai-
ENSEMBLE
Madame JULIEN.
bans adieu , ma p'tit' Jeannette ,
plus tard, quand vous vous connaîtrez ,
J' te l'ai dit et j' te le répèle ,
Mon entant , vous vous aimerez.
JEANNETTE
On peut l)ien forc«r Jeannette
De s' marier contre son gré ,
Mais tout bas mon coeur repète :
C'est Gervais seul que j'aimerai.
(^Madame Julien et Gaspard Simplet sortent.)