JEANNETTE, GERVAIS
GERVAIS, accourant aussitôt que madame Julien a quitté la scène.
Ah 1 mon Dieu ! ma chère Jeannette, l'ai-je bien entendu, ta tante va chez l' notaire , et c* n'est pas pour cous marier '}
JEANNETTE
Non, mon ami. Ah ! j'ai bien du chagrin, dans deux heures |e serai ù un autre qu'à toi !
GERVAIS
Eàt-il possible que ton oncle?... Ah I c'est bien mal à lui qui était l'ami de mon père, qui m'a vu naître.... JEANNETTE.
Ton état de tonnelier lui fait peur , il dit que tu n'as que des pièces vides.
GERVAIS
N'est-ce que cela qui le fâche? sois tranquille-, j'ai trouvé un bon moyen de l'appaiser : j' viens d'hériter d'un vieux parent , qui faisait 1' même métier que le père Bourdon, et j'ai pris à compte sur ma petite succession trois pièces de bon vin que j'ai envoj'ées ce matin chez ton oncle, sans lui faire dire de quelle part ça venait, mais il l'aura bien deviné.
AIR : Voulant par ses œuvres complètes.
A ce joli cadeau , ma chère ,
Il s'ra sensible, c'est certain ;
Et ces trois feuillettes , j'espère ,
Lui front mettre d' l'eau dans son vin.
JEANNETTE
Oui, ce présent dans sa boutique
Lui sembleia d autant plus doux,
Qu' mou oncle , on peut 1 dire entre nous,
Est bien sa meilleure pratique.
Mais j^e crains malgré tout cela....
GERVAIS
Va , ma petite Jeannette , il ne faut jamais perdre l'espérance. Tâche seulement d'empêcher que ton mariage ne se fasse aujourd'hui , et p't'être ben que d'ici à d'main j'aurons trouvé un moyen.... Il y a quelque chose qui me dit que ce Normandlà n'est pas encore aussi tin que moi.
AIR du Premier pas.
Oui , j' braverons cette chance cruelle , L'amour se rit des méchans et des sots ; Un' fois l'mari de ma Jeaanette si belle, Je promets bien de n'aimer jamais qu'elle.
l'avisé, en dehors.
Fagots, fagots. ( bis. )
JEANNETTE
Même air.
Non , jamais rien n' pourra fair' changer celle Qui chaque jour iTit des serinens nouveaux. Présent je t'aime , absent mon cœur t'appelle : Toujourî,. toujours je te serid fidèle.
( ï7) l'avisé , en dehors.
Fagots, fagots. {bis.)
JEANNETTE
Ah ! mon Dieu ! et ma tante qui m'avait défendu de te parler.
GERVAIS
Elle ne saura pas que je suis venu.
JEANNETTE
Va-t-en bien vite, au moins, car elle peut revenir d'un moment à l'autre.
GERVAIS
Je te quitte, mais je rôderai toujours dans les environs pour être instruit de tout ce qui se passe. {U sort d'un cote, et Jeannette entre chez son oncle. )