L INCENDIE
En un clin d'œil, les hommes de la chambrée furent sur pied.
Ce brusque réveil ne causa aucun tumulte ; ce fut très méthodiquement, sans le moindre désordre, au milieu du plus profond silence, que les pompiers s'habillèrent avec une promptitude merveilleuse.
Ces vaillants avaient l'habitude de pareilles alertes.
Ils ignoraient la gravité du danger qu'ils allaient courir.
Si on les dérangeait à tort, ce qui arrive quelquefois, ils reviendraient tranquillement à la caserne ; si l'incendie était grave, ils le combattraient tant qu'ils pourraient rester debout.
François reparut, tenant la petite fille dans ses bras. (Page 167).
On comprend que dans une ville comme Paris, le clairon des pompiers a souvent l'occasion de donner l'alarme; l'été pourtant, les sinistres sont moins nombreux que l'hiver, les risques du chauffage n'existant pas dans la belle saison.
Il y a bientôt deux siècles que la capitale a organisé son service de pompiers.
Autrefois, le soin d'éteindre les flammes, de secourir les citoyens en danger, de veiller sur les objets provenant des maisons en feu, appartenait aux pères capucins.
Dumourier-Duperrier, qui avait vu les pompiers hollandais et anglais manœuvrer, demanda et obtint de Louis XIV le droit de fabriquer des pompes.
Le roi en acheta douze, sur sa cassette particulière, et les offrit à sa bonne ville de Paris.
Les capucins furent remplacés par les pompiers; mais ce fut sous Louis XV, un an après son avènement au trône, c'est-à-dire le 2.3 février 17i6, que fut constituée la « garde des pompes du roy », qui comptait 160 hommes.
Aujourd'hui les pompiers de Paris, bien qu'ils soient payés en partie par la ville, dépendent du ministère de la guerre; ce sont donc des soldats soumis à une discipline beaucoup plus dure et beaucoup plus spéciale que celle qui règne dans l'armée régulière.
Au temps de François Champagne on faisait encore cinq ans de service; on prétend qu'il en faut quatre pour former un bon pompier.
Il y a en moyenne à Paris, dans une année, 600 incendies et 1100 feux de cheminée.
On comprend l'admirable dévouement de ces hommes qui luttent quotidiennement contre le fléau.
Au premier signal, François et Etienne s'étaient trouvés tout de suite debout.
La chambrée avait été éclairée immédiatement. Les deux camarades se jetèrent un coup d'œil.
Etienne Poulot murmura :
— Satané métier! on ne peut pas dormir paisiblement pendant vingtquatre heures :
François répondit :
— Je ne sais pas pourquoi, mais je m'attendais à ce coup de chien. Vite, les hommes coiffèrent le casque, bouclèrent la ceinture de sauvetage et se munirent des instruments réglementaires.
En bas, une pompe à vapeur était déjà attelée, les harnais des chevaux se trouvant suspendus au-dessus du râtelier et s'ajustant presque auto-
maliquement sur les botes que surveillent les hommes de garde ?i l'écurie.
L'incendie signalé devait rire important, car des échelles suivaient la pompe à vapeur.
— C'est le grand secours ! fit Poulot, déjà assis à côté de Fiançois Champagne.
Les pompiers partirent dans les voitures, au grand trot des chevaux râblés et agiles qui font ce service.
La trompe sonnait sans relâche pour avertir les véhicules qui se trouvaient encore dans les rues à cette heure tardive de se garer.
Minuit venait de sonner.
La voix rauque de la sirène, la lueur des torches se reflétant sur les casques de cuivre des hommes et sur l'armature de la pompe, le bruit spécial causé par ce cortège, le tangage particulier des voitures qui ' filaient avec une rapidité tenant de l'apparition, produisaient leur effet accoutumés sur les Parisiens qui rentraient des théâtres.
Des groupes se formaient sur les trottoirs, sur les refuges, au coin des rues, pour voir passer les pompiers.
On entendait conjecturer :
— C'est du côté de la place Clichy... — Non! ce doit être plus près que cela... — Allons donc! C'est au moins à l'Arc de triomphe.
Le détachement était déjà loin. Le lieutenant qui le commandait avait indiqué la plaine Monceau au conducteur de la première voiture.
— Eh bien, mon vieux, disait Champagne à Poulot, tu dors encore... Réveille-toi, bon Dieu!
— C'est fait, répliqua Poulot, qui se secoua un peu... c'est embêtant, tout de même... Tu ne sais pas ce que je rêvais?...
A ce moment, un brusque cahot secoua la voiture, il y avait un trou dans la chaussée, et les paveurs n'avaient pas fini de le réparer ; mais l'équipage endiablé franchit quand môme l'obstacle.
— Si ! répondit François, après la secousse; tu rêvais que tu étais à ma noce.
— C'est vrai! déclara Poulot avec ahurissement.
— Tu courtisais la demoiselle d'honneur.
— C'est toujours vrai!... Même qu'elle ne me répondait pas trop défavorablement... Ah ça! François, tu es donc sorcier.
— Il faut croire.
— Pardi! Ce n'est pas étonnant, puisque ta connaissance tire les cartes. Etienne ne remarqua pas que sa réplique assombrissait François, car il
continua :
— Pour lors, mon ami Champagne, ta bourgeoise a dû te prédire que nous aurions un avaro cette nuit.
— Peut-être ! murmura l'amant de Rose.
Les pompiers avaient dépassé la statue du maréchal Moncey.
Déjà, ils apercevaient le ciel rouge dans la direction du nord-ouest.
Les habitants des Batignolles étaient renseignés; le feu était rue de Prony.
Sur le parcours des voitures les fenêtres s'ouvraient ; on voyait apparaître des têtes recouvertes du bonnet de nuit.
En quelques minutes, les pompiers arrivèrent sur le lieu du sinistre.
Les gardiens de la paix du quartier avaient pris les premières mesures d'ordre, contenant la foule qui se pressait dans la rue.
C'était un petit hôtel récemment construit qui flambait.
On redoutait surtout que le feu n'atteignît la boutique d'un épicier, qui occupait tout le rez-de-chaussée de la maison contigué.
Les bonbonnes d'essence, les huiles, les liqueurs auraient fourni un nouvel aliment aux flammes, et tout un pâté d'immeubles était menacé.
Le foyer s'agrandissait d'une façon terrifiante.
La pompe fut mise en batterie rapidement, pendant que deux hommes dévissaient la plaque qui couvrait la bouche d'eau et que les autres installaient le dévidoir.
Les gens du petit hôtel s'étaient sauvés en toute hâte ; ceux de l'immeuble contigu commençaient à déménager.
Le trottoir était jonché d'efl'ets, de linges, d'objets de literie.
La chaleur devenait insupportable et la fumée suffocante.
Les flammèches retombaient en pluie de feu, comme si l'on tirait un feu d'artifice.
Le rayonnement de l'incendie augmentait avec une rapidité efl'rayante.
La pompe commença à fonctionner, projetant des torrents d'eau sur le rez-de-chaussée.
On entendait, mêlé au bruit de la machine, le ronflement caractéristique du feu qui dévore un à un chaque obstacle, pendant que le bois qui se tordait sous sa morsure laissait échapper mille crépitations.
Un mouvement de panique se produisait, gênant les'efl'orts des travailleurs.
Heureusement, des brigades de police arrivèrent au pas de course. ,
Soudain, une voix clama :
— Mais il y a encore du monde dans l'hôtel. On devine l'émotion produite par ces paroles.
L'officier de pompiers courut à l'homme qui les avait prononcées et lui demanda hâtivement des explications.
— Vite ! cria le lieutenant, les échelles ! L'ordre fut exécuté aussitôt que donné.
— Au deuxième, poursuivit le chef, il y a une petite fille. François Champagne et Etienne Poulot crièrent en même temps:
— Nous y allons !
Deux camarades se joignirent à eux pour transporter l'échelle de sauvetage.
Il était arrivé d'autres détachements de pompiers; d'abord, ceux du poste de la rue Dautancourt, du boulevard de Neuilly, de la mairie des BatignoUes, de l'Arc-de-Triomphe ; puis ceux des casernes du boulevard de la Villette et de la rue des Réservoirs.
Le lléau, attaqué de toutes parts, ne faisait plus de progrès ; mais les flammes montaient encore à une hauteur prodigieuse.
Dans la foule, les plus sinistres rumeurs circulaient.
Ce n'était pas une personne qui était restée dans le petit hôtel embrasé, mais bien toute une famille.
Des femmes tordaient les mains, se lamentaient, juraient qu'une horrible catastrophe était inévitable.
Les hommes aussi perdaient la tôte.
Seuls, les pompiers restaient intrépides, admirables de sang-froid et de courage.
Ils luttaient d'émulation entre eux, avec le noble orgueil de faire mieux que les camarades. Ces hommes sacrifiaient leur vie pour sauver des gens qui leur étaient totalement inconnus, ou arracher au feu des richesses dont ils n'auraient pas la moindre parcelle.
François Champagne était le plus grand parmi ces obscurs héros.
C'était avec une véritable frénésie qu'il se ruait au danger, courant aux endroits les plus périlleux avec une sorte de volupté, et gardant au milieu du foyer incandescent son sourire de brave et insouciant Bourguignon, qui semblait n'avoir jamais été à pareille fête.
Sa témérité inquiétait ses chefs ; mais il était impossible de le retenir quand il se lançait à corps perdu dans la fournaise pour arracher le moindre objet à la destruction totale.
Le lieutenant avait dit :
— Il y a une petite fille !
On pense si François avait fait un bond.
— Une petite fille ! une gosse ! répétait-il, en pensant à Claudinet qu'il avait embrassé deux heures auparavant et qui aurait pu être menacé du même danger... Une enfant dont la mère se désole en croyant sa gamine à jamais perdue !... Nous allons un peu voir!...
Il grimpa à l'échelle, suivi de Poulot ; celui-ci s'attarda une seconde à regarder en dehors ; rapide, François le devança et sauta sur le balcon du deuxième étage.
La chaleur avait fondu les vitres ; le pompier put ouvrir la fenôtre.
Tous les regards se portaient anxieusement vers ce coin de la maison incendiée, tout à fait à droite.
Une fumée noire et épaisse, au milieu de laquelle passaient de temps en temps de menaçantes langues de feu, enveloppait cette partie de l'hôtel; cependant, il restait encore des pans de mur intacts, tandis qu'à gauche et au centre, tout paraissait s'être effondré, du rez-de-chaussée à la toiture.
Il y eut quelques secondes d'anxiété mortelle, pendant que tous les jets des pompes convergeaient sur ce point.
Etienne Poulot, pâle comme un mort, avait les mains crispées aux montants de l'échelle de sauvetage. Il disait :
— C'était à moi de passer le pre«iier... Je ne vais pas me marier, moi!... Je n'ai pas d'enfant, moi!... Quel malheur que je n'aie pas été assez leste et que je me sois laissé devancer par cet enragé de Champagne!
Tout à coup François reparut, tenant la petite fille dans ses bras.
Un cri d'admiration s'échappa de toutes les poitrines ; la foule acclamait le père de Claudinet, dont le visage animé et rougi par les flammes semblait illuminé d'une beauté surhumaine.
Rien de plus poignant et de plus magnifique que de voir cet homme et cet enfant dans un semblable décor.
François Champagne, après avoir escaladé le balcon, s'était précipité dans une grande pièce oii il avait entrevu confusément des tableaux et des œuvres d'art qui flambaient déjà.
Il avait appelé, de sa voix sonore, qui dominait les terrifiants grondements de l'incendie :
— Hop !... Ya-t-il quelqu'un par ici?
Puis il s'était engagé dans une seconde pièce. Il sentait le sol trembler sous ses pas et des morceaux de plafond lui tombaient sur la tête.
II ne pouvait aller plus loin. Il l'aurait essayé en vain.
Heureusement, il vit dans l'encoignure de la chambre quelque chose qui ressemblait à un assemblage d'étoffes ; de la main il écarta un énorme plâtras qui allait s'écrouler sur ce qu'il avait pris tout d'abord pour un paquet.
C'était la petite fille ; à demi asphyxiée, elle avait perdu connaissance.
Rapide comme la pensée, François saisit l'enfant et enjamba les décombres qui s'étaient amoncelés.
Si Champagne avait fait le moindre faux pas, il tombait avec son fardeau pour ne plus se relever.
Il pouvait à peine respirer ; la suffocation n'était pour lui qu'une question de secondes...
Enfin, il était sorti victorieux du combat engagé contre le plus implacable des ennemis.
Quand on aperçut le groupe, les hommes qui. tenaient les lances modifièrent un peu leur projection, afin de ne pas atteindre François el la petite fille.
Etienne tendit les bras pour que son ami lui passât l'enfant ; mais, très obstiné, le sauveteur voulut garder son fardeau.
Il fut bientôt en bas de l'échelle.
— Ah ! nom d'un chien, mon vieux, qu'il fait soif ! dit François à Etienne...
Puis il regarda l'enfant qu'il avait arrachée au bûcher.
C'était une délicieuse petite fille de sept ans ; une blondinette frisée, à la chair satinée et rose.
Elle ouvrit les yeux : l'air frais de la nuit avait rafraîchi le front de cette innocente, et dissipé son évanouissement.
La mignonne eut un geste épouvanté.
— iN'ayez plus peur, lui dit doucement François en la berçant dans ses bras.
— Le feu! le feu ! balbutia l'enfant. .
— On va l'éteindre, ma petite demoiselle... Nous sommes ici pour ça. répliqua Champagne... Tenez ! voilà que les flammes diminuent... Ce nest pas trop tôt, hein?... Mais vous êtes à l'abri dudanger, c'est le principal... "Vous allez me permettre maintenant d'aller rejoindre mes camarades... Vous allez retrouver sans doute les personnes que vous aimez, et qui ne savaient pas que vous étiez restée toute seule là-haut, où il faitsi chaud... On aura cru vous avoir emmenée.
La petite fille fondit en larmes et poussa un gémissement. Elle saisit François par le cou et l'embrassa à deux reprises.
— Monsieur ! monsieur ! gémit-elle... Jacqueline est restée dans la chambre.
— Jacqueline ! fit Champagne en tressautant. C'est votre petite sœur?
— Non, monsieur... Je n'ai pas de famille... Je n'ai plus ni papa ni maman... Je n'ai plus qu'elle au monde !
Et l'enfant sanglotait plus fort.
Instinctivement, François, repris de la fièvre du dévouement, marchait vers l'échelle que l'on se préparait à enlever.
— Laissez-la! commanda-t-il. Elle va resservir... Ses yeux rayonnaient ; il allait s'emballer de nouveau, La fillette continua :
— Je mourrai si Jacqueline est brûlée!
— C'est votre bonne?
— Non, monsieur.
François avait posé l'enfant à terre et son pied gauche était déjà sur le premier échelon
Tu iras prévenir Rose... Ta lui diras que ce u'e?t rien... Daus (luelques jours il n'y paraîtra plus... (Page 171).
Je crois que j'aurais mieux aimé rester dans le feu, dit la blondinette,
si vous ne me rendez pas ma pauvre Jacqueline.
— Mais enfin, qui est-ce, mon enfant, votre Jacqueline? demanda encore le pompier qui continuait son mouvement ascensionnel.
— C'est ma poupée, monsieur! clama la fillette, de sa voix la plus déchirante. Je n'ai plus qu'elle au monde à aimer maintenant... Que dirat-elle en mourant si elle voit que moi, sa petite mère, je l'ai abandonnée pour me sauver !
— Eh bien, saperlotte ! vous l'aurez ou j'y perdrai mon nom, cria
l'fl LES DEUX GOSSES.
notre ami... Il ne sera pas dit que François Champagne, né à Saint-Jeandes-Vignes, matricule 1228, et pèred'unamour d'enfant comme Claudinet, aura laissé pleurer une petite fille aussi gentille que vous.
Les assistants, en revoyant François Champagne sur l'échelle, pensèrent qu'il restait encore quelqu'un à sauver dans la maison.
— .(e vous avais bien dit, fit un boutiquier dans la foule, qu'il y avait plusieurs personnes en péril.
Un autre répondit :
— Cette fois-ci le pompier ne sera peut-être pas aussi heureux.
— Les flammes sont moins hautes.
— On commence à se rendre maître du feu.
— Oui, mais, cela n'empêche pas que si un malheureux est resté là-haut, il doit être étouffé ou grillé.
— On ne sait pas... Quelquefois on voit des gens miraculeusement préservés...
Les commentaires prirent fin. Pour la seconde fois, Champagne sautait sur le balcon; une pierre se détacha de la saillie et vint rouler dans la rue.
Les spectateurs ne respiraient plus, il y avait comme une attente tragique dans l'air.
— Ah ! le voilà ! s'écrièrent mille voix.
En effet, François reparaissait, tenant Jacqueline, la poupée de la fillette.
A un mètre de lui un dernier pan de mur s'abattit avec un grondement lugubre.
Des gerbes de flammes jaillirent de nouveau, éparpillant les étincelles qui retombèrent dans la rue; François semblait une salamandre s'agitant à travers les matériaux en combustion.
Il remit le pied sur le balcon...
Soudain un cri épouvantable, poussé par des milliers de poitrines, retentit...
Le balcon venait de s'effondrer. Le pompier élait tombé du deuxième étage; il avait roulé au milieu des décombres fumants.
Puis un brusque et morne silence se fit ; chacun retenait son souffle.
Le lieutenant et Etienne s'élancèrent les premiers pour ramasser le malheureux.
François, étourdi par la chute, serrait la poupée convulsivement.
Il était tombé sur le dos ; quand il se sentit empoigné par les bras, il fit un effort et parvint à se relever.
Mais un brouillard rouge obscurcissait sa vue et il lui sembla que sa "tête était fendue en quatre.
Il eut un battement de paupières et poussa un soupir prolongé.
— Mon ami, dit l 'officier, où êtes- vous blessé? François soupira encore. II murmura :
— Donnez Jacqueline à la petite fille.
Et il tendit la poupée à l'enfant épouvantée, qui était accourue auprès de lui.
Alors, en voyant, ou plutôt en entendant la fillette le remercier avec la tendre, la naïve efl'usion de son âge, François Champagne, malgré ses souffrances, eut une expression de joie qui éclaira sa physionomie convulsée.
Poulot était accouru. Il s'écria :
— Fraijçois!... mon ami... mon vieux Champagne!... as-tu quelque chose de cassé?
— Ah ! c'est toi, Etienne... articula difficilement le Bourguignon... .le suis content que tu sois là... Tu iras prévenir Rose... Tu lui diras que ce n'est rien... Dans quelques jours il n'y paraîtra plus... Il le faut... puisque nous allons nous marier... Tu embrasseras Claudinet, mon pauvre gosse !... Tu diras encore à Rose que ce qu'elle a vu dans les cartes, c'était...
François Champagne ne put achever; son sourire se figea sur ses lèvres et il perdit connaissance.
Le médecin arriva. Il examina le blessé, pendant qu'Etienne Poulot s'arrachait les cheveux de désespoir.
Il répétait :
— C'est moi qui devrais être à la place de François... je suis un misérable!
— Eh bien? interrogea l'officier en s'adressant au médecin. Celui-ci répondit :
— Il n'y a aucune fracture... Je ne vois pas de blessures apparentes... Il faut attribuer la syncope à la violence 'de la commotion... Faites transporter cet homme à l'hôpital des Récollets.
— Vous en répondez, docteur?
— Oh! parfaitement... à moins...
Il hésita et eut une contraction des sourcils.
— A moins qu'il n'y ait des lésions internes.