‹ Les deux gossesChapitre 43 sur 56 · I.E SUPPLICE D LNE MERE · texte numérisé non relu

I.E SUPPLICE D LNE MERE

Madame de Kerlor eut un éblouissement. Elle relut ces quatre mots, ne «'expliquant pas tout d'abord pourquoi c'était à elle que M. d'Alboize les adressait.

Elle retourna le papier bleu. L'adresse portait bien, en petites capitales

ordinaires : Comtesse de Kerlor, Au Parc des Princes, Bois de Boulogne, Paris.

Le cœur d'Hélène se contracta atrocement.

Alors, c'était vrai! il y avait de petits êtres que leur mère couvrait de caresses etqui souriaient comme des anges ; ils étaient roses, le s yeux pleins de vie, ils grandissaient déjà ; dans le bébé, la maman entrevoyait l'enfant qui allait jouer, courir, lui prodiguer à son tour d'innombrables baisers...

Et voilà que, tout à coup, le souffle de mort passait sur ces chérubins; tout ce printemps, toute cette adorable poésie, tout ce doux espoir se flétrissaient parce qu'il avait plu à l'aveugle faucheuse d'exécuter ici plutôt que là sa sinistre besogne.

Ici, c'était l'enfant choyé, l'objet de soins constants, l'orgueil de .parents qui sacrifieraient tout pour lui ; là, c'était le petit malheureux en haillons, manquant de tout, rudoyé par le père et la mère qui ne voyaient en lui qu'une charge nouvelle ; et cependant, la mort choisissait le premier. Hélène, toute bouleversée, tremblante comme une feuille, se rhabilla à la hâte.

Tout de suite, elle se dirigea vers la chambre de Carmen afin de la prévenir. Elle se représentait l'horrible angoisse de la pauvre femme et se demandait s'il n'y avait pas un moyen d'atténuer sa douleur.

— Mais, balbutia soudain la comtesse de Kerlor, il est tard... Comment Carmen fera-t-elle pour se rendre si loin?

En effet, Hélène était restée longtemps songeuse avant de se mettre au lit ; l'aiguille de la pendule tournait pendant que la mère de Fanfan pensait à la mère de Marcelle.

Madame de Kerlor jeta un coup d'ail vers le pavillon jumeau habité •par Saint-Hyrieix et sa femme; on n'y voyait plus de lumière; tout le monde était couché.

II était impossible à Hélène de révoi.'Ijr Carmen; Firmin demanderait le motif de cette visite insolite.

Non, il fallait attendre au lendemain matin, quelque interminable que la nuit dût paraître à Hélène.

Et pendant cette attente, la petite Marcelle continuerait à souffrir, tendant ses mains instinctivement vers la mère absente qui lui apportait ordinairement toutes les joies.

Marcelle râlait... Marcelle serait morte, sans que Carmen eût reçu le dernier soupir de sa fille.

Hélène, violemment oppressée, ne se rendait plus compte de ses actes.

Il ne se présentait plus à son esprit bouleversé qu'une chose qu'elle n'avait jamais aussi admirablement comprise : la solidarité des mères.

Obéissaul à une suggestion dune puissance inouïe, madame de Keilor voulut voir si Fanfan dormait bien.

Elle se rendit dans la nursery; Jean reposait tranquillement; son souffle était égal; sa petite physionomie respirait le calme et la santé.

La vigilante Annette se dressa sur sa couche, car elle avait le sommeil léger comme une bonne nourrice.

— Qu'y a-t-il donc, madame la comtesse? demanda la Bretonne à voix basse.

— Rien, répondit Hélène en contemplant son tils, dont elle effleurait le front d'un baiser... J'avais cru que Fanfan pleurait.

— Sainte Vierge! dit Annette Kerjean, il n'en a guère envie, et dès qu'il sera réveillé, il chantera.

La mère, rassurée, regagna sa chambre.

Tout de suite, elle eut cette pensée : si Carmen avait pu veiller ainsi sur sa fille, Marcelle ne serait pas en danger de mort.

Quelque dévouée que soit une nourrice, c'est une mercenaire; son dévouement a des limites, celui d'une mère n'en a pas.

Carmen devait-elle être frappée dans son enfant? Ce serait bien injuste; ce serait bien cruel.

Madame de Kerlor était trop chrétienne pour douter plus longtemps de la Providence, ou pour préjuger ses terribles arrêts.

Toute son âme s'était révoltée contre im malheur inique, mais elle retrouva sa sereine confiance en ce Dieu qui ne l'avait pas encore abandonnée.

Elle s'agenouilU et pria avec l'ardente ferveur que nous lui connaissons.

Après avrir prié pour son mari et pour son fils, elle supplia le ciel de prendre Carmen en pitié et de ne pas lui ravir sa petite Marcelle, qui serait peut-être plus tard pour la pécheresse égarée le signe delà rédemption.

Elle n oublia pas non plus la bonne comtesse douairière, qui était là-bas à Kerlor, perdue au milieu des landes, en face de l'Océan rappelant sans ,esse à la créature humaine que les tempêtes se déchaînent sans motif apparent, au moment où l'on croit le ciel au beau fixe, et qu'elles renversent tout sur leur passage.

La prière d Hélène fut plus ivjngue que d'ordinaire, car la jeune mère venait de trembler pour son fils : c'était la première fois (ju'une angoisse aussi affreuse l'avait étreinte à la gorge.

Hélène se disait avec une véritable ^erreur que nul n'était privilégié sur la terre.

Après des épreuves, qui auraient p3''u insurmontables à un caractère moins bien treiupé, un rayon de soleil était revenu percer les ténèbres-^

insensiblement, malgré de nouvelles menaces de l'adversité, la lumière était revenue; elle avait chassé les dernières nuées sinistres; une clarté d'apothéose avait illuminé la chapelle du bourg, à l'h eure où le bon abbé Joël bénissait l'union de Georges et d'Hélène.

C'était le paroxysme du bonheur.

A peine les deux époux l'avaient-ils atteint, une mauvaise nouvelle était venue rappeler à ces deux êtres que leur félicité idéale était un privilège dont le sort pouvait leur réclamer le prix au moment où ils s'y attendraient le moins.

Heureusement, ces irritantes questions d'argent avaient été vite tranchées, et la naissance de Jean avait semblé rendre à l'horizon toute sa parfaite sécurité.

N'était-ce pas une illusion? Ne fallait-il pas s'attendre à subir la loi commune, qui exige les souffrances après les joies?

La faute de Carmen avait bouleversé Hélène; les deux sœurs n'oublieraient jamais les horribles transes éprouvées quand il avait fallu dissimuler la grossesse de madame de Saint-Hyrieix.

Puis, voici que Georges, obéissant à un mobile que sa femme n'avait pu combattre efficacement, s'était expatrié.

Avec son tempérament ardent, sa témérité, son énergie indomptable, n'allait-il pas se jeter dans les plus dangereuses aventures?

Non, décidément, la bénédiction céleste ne s'étendait plus sur Kerlor ; il était temps de faire provision de courage en vue d'un retour de conjonctures hostiles.

La maladie de la petite Marcelle était peut-être l'avant-coureur des plus pénibles événements.

Hélène de Kerlor n'avait pas encore eu le temps de désapprendre la souffrance, malgré le bonheur radieux qui avait récompensé son doux et fier héroïsme.

Eh bien! il s'agissait maintenant de défendre ce bonheur, que de nouveaux périls, mystérieux encore, mais dont elle avait la prescience, allaient sans doute assaillir.

Il fallait recommencer à lutter pour conserver les joies du foyer, l'honneur du nom, le tranquillité des consciences ; Hélène retrouvait toutes ses forces en croyant déjà percevoir les lointains grondements du tonnerre.

— D'abord, je veux sauver cette petite innocente, s'il en est temps encore... Comment faire?. ..

Elle réfléchit.

— Rien ne m'empêche de me rendre à Villiers-sur-Marne sans que

Carmen le sache... Je vais faire atteler la voiture... Je n'ai de comptes à rendre à personne... Quand même Saint-Hyrieix me questionnerait au sujet de cette sortie nocturne, ne suis-je pas libre de lui refuser la moindre explication ?

Hélène hocha la tète avec découragement, comprenant que sa cervelle enfiévrée ne lui suggérait rien de pratique.

Elle ignorait le nom de la nourrice. La comtesse de Kerlor irait-elle, au milieu de la nuit, frapper à chaque porte de la localité pour demander si l'on pouvait lui indiquer la maison oîi elle trouverait la fille adultère de Carmen de Saint-Hyrieix et de Robert d'Alboize?

Hélène avait la tête en feu; l'inaction en un pareil moment lui paraissait criminelle.

Mais encore une fois, que faire ?

Carmen n'aurait donc pas un songe qui lui ferait présagei' la réalité! elle ne se relèverait donc pas pour venir faire part à Hélène de l'étrange avertissement qui avait interrompu son sommeil agité !

La mère de Marcelle était là, à deux pas, ne se doutant pas de Fétat de saillie, peut-être désespéré... Sait-onjamais, quandils'agitd'unfragilehébé!

Et Hélène, impuissante, devait se résigner à passer cette nuit inutile, avant de pouvoir crier à Carmen :

— Si tu veux embrasser ton enfant, cours à Villiers-sur-Marne. Le pauvre chérubin t'attend...

Ah! l'épouvantable veillée!.

Madame de Kerlor regarda la pendule; il n'était que deux heures du malin.

Cette nuit atroce ne s'achèverait donc jamais?

Vaincue par la fatigue et l'émotion, Hélène, qui s'était étendue dans un fauteuil, s'assoupit.

Quand elle rouvrit les yeux, l'aube blafarde commençait à trouer l'obscurité.

Le jour allait venir, enfin!

Deux longues heures s'écoulèrent encore, mortelles.

Hélène, voulant perdre la notion du temps écoulé, regardait sans cesse du côté du pavillon de Saint-Hyrieix.

Les persiennes étaient toujours closes ; aucun bruil ne se faisait entendre dans la maison.

— Mon Dieu! gémit la comtesse, est-il possible que vous nous abandonniez?

Sept heures sonnèrent.

Cette fois, l'hôtel s'éveillait. Hélène n'aurait plus celte sensation de sé})ulcrc. Elle allait pouvoir prévenir Carmen.

PriB !... dit encore flélène en sortant. (Page 749.)

La comtesse sonna sa femme de chambre.

La femme de Georges revint à la notion des faits, ses idées furent moins éparses; elle vit que son lit n'était pas défait.

Elle se hâta de le bouleverser, pour que l'oa ne se demandât pas pourquoi la comtesse de Kerlor avait passé la nuit blanche.

— Habillez-moi, dit-elle à sa camériste, qui s'était levée en toute hâte et qui avait encore les yeux gontlés de sommeil et qui ne put s'empêcher de murmurer ;

— Madame est debout de bien bonne heure aujourd'hui !...

Pendant sa toilette, Hélène jetait toujours les mêmes regards anxieux du côté du pavillon.

Rien ne bougeait encore.

Madame de Kerlor sentit qu'elle devait se montrer extrômemenl prudente.

En envoyant chercher Carmen, des soupçons ne pouvaient naître immédiatement; mais Saint-IIyrieix saurait que sa femme était partie subitement, à la suite d'une conversation avec sa belle-sœur; ce pouvait être un indice.

Dans les circonstances présentes, il suffirait d'un mot pour que tout tût perdu.

Hélène se contraignit et dut répondre aux propos insignifiants de sa femme de chambre.

Et pendantces odieuses minutes, il y avait là-bas une petite fille qui râlait !

Hélène, incapable de se maîtriser plus longtemps, se leva.

Elle allait se rendre chez Carmen.

Sur le seuil de la porte, elle vit le valet de chambre, que Georges avait laissé à Paris ; il tenait un plateau de vermeil sur lequel il y avait quelques lettres.

Hélène regarda avidement ce courrier, cherchantun timbre du Mexique; il semblait à la chère femme que des nouvelles de son mari ne pouvaient arriver plus à propos.

Hélas ! tout cela venait de France et madame de Kerlor croyait reconnaître les écritures.

Cependant, une enveloppe frappa son attention, elle venait de remarquer le cachet de Tours, bien qu'il fût imparfaitement appliqué.

Tours! C'était de cette ville qu'était partie la dépêche de M. d'Alboize.

Il avait écrit après avoir télégraphié ; c'était dans l'ordre des choses.

Il annonçait sans doute à madame de Kerlor qu'il était parti en toute hâte pour voir sa fille.

Hélène devait prendre connaissance de cette lettre avant davertirCarmen. Elle rentra dans sa chambre, après avoir donné à tout hasard l'ordre d'atteler le coupé.

Elle décacheta l'enveloppe. Elle lut :

« Madame,

« Ma fille, la fille de Carmen, se meurt. .\u nom de ce que vous avez de plus sacré au monde, au nom de votre fils, ayez la grandeur d'âme d'oublier tout ce que notre situation a d'anormal dans des circonstances pareilles.

« Je vous ai télégraphié de prévenir Carmen; vous l'avez fait, je n'en doute pas.

« A peine arrivé ici, j'ai trouvé une lettre de la nourrice m'apprenant que Marcelle avait été frappée d'une façon foudroyante.

« Malgré mon affolement, je me suis souvenu que M. de Kerlor étant absent, je ne vous compromettrais pas en vous envoyant une dépêche ; c'était le seul moyen de renseigner Carmen.

« La nourrice ignore le nom de Saint-Hyrieix, vous le devinez bien

« Quant à moi, je suis cloué ici au moins pour quarante-huit heures. Mes chefs sont réunis. Aujourd'hui môme je dois les mettre au courant de mes dernières expériences à Bourges.

« Le général est attendu.

« Mais à quoi bon chercher à vous expliquer tout cela, madame?... Ce n'est pas à votre raison que je fais appel, c'est à votre cœur.

« Carmen m'a dit quelle part vous aviez prise à son salut. Je vous ai bénie comme la plus sainte des femmes.

« Laissez-moi croire qu'en ce moment je ne m'adresse pas à vous en vain, et pardonnez à un malheureux qui donnerait sa vie pour sauver celle de son innocente enfant... »

Hélène n'en lut pas davantage ; elle traversa la galerie couverte qui établissait une communication entre les deux pavillons, et arriva chez Carmen.

Madame de Saint-Hyrieix allait passer dans son cabinet de toilette. Tout de suite, Carmen vit le visage altéré de madame de Kerlor.

— Qu'y a-t-il? demanda vivement la femme du diplomate. Hélène, qui avait pourtant fait provision de courage, se trouva si

bouleversée que les mots expirèrent sur ses lèvres.

Carmen, toute blanche, éprouva une mortelle inquiétude.

— Hélène ! je t'en prie... Parle.

— Eh bien!... ta fille...

— Mon Dieu !

— Marcelle est tombée subitement malade.

— Elle est en danger?

— Elle paraît gravement atteinte.

Carmen fut en proie à un vertige qui dura quelques secondes. Elle entendit vaguement Hélène qui ajoutait :

— C'est M. d'Alboize qui m'a chargée de te prévenir. Carmen s'étreignit le front.

M. de Saint-Hyrieix entra. 11 s'écria :

— Que vous êtes obligeante, ma bonne Hélène !... Vous n'assistez pas à notre garden-party, mais vous voulez surveiller la toilette de votre belle-sœur... C'est bien! très bien !

Carmen et Hélène écliangèrent un regaiil désespérû.

Toutes deux, dans leur bouleversement, avaient oublié que M. de Saint- Hyrieix s'apprêtait à recevoir quelques instants plus tard la diplomatie des deux hémisphères.

; -^ Vous verrez, poursuivit Firmin, que ma femme possède toutes les qualités qu'il faut pour qu'on l'appelle « madame l'ambassadrice »... La fête d'aujourd'hui est une véritable répétition générale.

Carmen entraîna Hélène dans le cabinet de toilette.

Saint-Hyrieix eut pourtant le temps de s'écrier encore :

— Dans une heure, ma chère amie, vous me permettrez de franchir le seuil du gynécée, pour que j'aie le loisir de vous contempler à mon tour.

En quelques mots entrecoupés, madame de Kerlor acheva de renseigner Carmen.

— Je jette une mante sur mes épaules, dit madame de Saint-Hyrieix, et je pars.

— Tu ne le peux pas 1 lit Hélène.

— Ah! reprit Carmen avec la plus grande exaltation, je voudrais bien savoir qui me retiendrait...

— Tu vas te trahir !

— Tant pis!

. — Tu vas te perdre !

— Qu'importe, si je sauve ma fille !

Mada^ie de Saint-Hyrieix avait pris un manteau et un chapeau à la hâte Hélène se plaça résolument devant la porte. — r Tu ne sortiras pas, dit-elle.

— Prends garde ! répliqua Carmen, les yeux étiiicelants, tu ne sais pa» de quoi je suis capable...

Elle fit un pas en avant.

— ^^ Je te dis, moi, que tu resteras à ton poste.

~ Non :

— Robert d'Alboize y reste bien, lui.

— Raison de plus pour que je vole auprès de ma (ille... Allons! laismoi place.

Carmen s'avança encore, comme si elle voulait renverser l'obstacle.

— Tu veux donc que tout le monde apprenne ton secret ?

— Je veux sauver Marcelle.

— En te voyant sortir ainsi, chacun lira ta faute sur Ion visage.

— Je la rachèterai si je parviens à arracher mon petit ange à la mort. . Carmen saisit le bras d'Hélène.

— Ainsi, répliqua la comtesse de Kerlor, l'enlanl de M. d'Alboize est tout pour loi?

— Tout.

— Tu n'as plus de mère, plus de frère, plus de sœur? Madame de Saint- Hyrieix fut secouée par un long fre'missement. Hélène poursuivit :

— Tu vas déshonorer le nom de Kerlor. . . C'est celui de Georges. . . Je te le défends.

— Mon Dieu ! prononça Carmen en se tordant les mains, chaque minute de retard augmente l'agonie de ma fille...

— Aussi, c'est toi seule que tu devras accuser si je n'arrive pas à temps.

— Toi!

— Oui, moi...

— Hier, tu ne voulais pas la voir.

— Savais-je qu'elle allait être en danger?...

— Quoi ! tu te dévouerais au point de...

— Je suis mère, Carmen ; toute autre considération disparaît devant •celle-là... Le nom de la nourrice...

— Eugénie Repiquet, prononça l'infortunée, comme si elle obéissait à Aine suggestion hypnotique !

— L'adresse...

— Route de Maneloii, 10.

— Le train?

— • Neuf licures cinquante.

— C'est bien... J'y serai avant que tes premiers invités arrivent.

— • Je ne veux pas... Je ne veux pas... balbutia Carmen, en proie à un nouveau vertige... C'est moi qui dois y aller.

— Je vais l'envoyer ton mari, riposta madame de Kerlor... Si tu as la faiblesse d'avouer ta honte, ou même de la laisser soupçonner, Dieu ne te permettra pas de conserver ton enfant... Dis-toi bien que le sort de Marcelle est entre tes mains.

Carmen lut si vivement impressionnée par ces paroles, prononcées par Hélène d'une voix qui semblait prophétique, que toute sa résistance tomba.

Elle s'affaissa, consternée, anéantie. Un torrent de larmes s'échappa de ses yeux.

— Songe bien ! dit Hélène, que tu dois cacher jusqu'à tes pleurs. Après tout, nous ne savons pas au juste ce qui se passe... Il ne s'agit peut-être que d'une indisposition ordinaire à l'enfance.

— Ah ! murmura madame de Saint-Hyrieix d'un ton déchirant, c'est en vainque tu cherches à me rassurer... Je voudrais être à la place de ma fille... Je voudrais mourir... Que faire?

— Prie!... dit encore Hélène en sortant.

La voiture était attelée. Madame de Kerlor embrassa Fanfan et fit ses recommandations à Annette.

Hélène descendit et dit au coclier en montant dans la voiture :

— Ciiez le docteur Vilfeu, rue Desbordes-\almore.

Tout de suite, madame de Keilor, recouvrant l'admirable sang-froid des créatures vraiment courageuses, avait pensé à un médecin.

Celui à la porte de qui elle allait frapper était le premier praticien de Paris pour les maladies de l'enfance.

Hélène regarda sa montre; il était déjà plus de neuf heures.

Trouverait-elle encore le médecin chez lui? Arriveraient-ils tous deux assez tôt à la gare de l'Est ?

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